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Actrices

Les travailleurs du sexe en détresse

Dimitri Largo

Publié

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Les TDS ne sont plus tendus du slip. La ficelle a carrément pété. S’ils ne forment pas la corporation la plus médiatisée, les travailleurs du sexe sont parmi les plus durement touchés par la crise économique engendrée par le Covid-19. Pour achever le tableau, tout le monde s’en fout ou presque, à commencer par les pouvoirs publics.

A des degrés différents, les actrices, acteurs et producteurs de X sont des travailleurs du sexe. A ce titre, ils viennent rejoindre les assistantes sexuelles, les escorts et si on ne s’embarrasse pas d’un euphémisme : les prostitué.es au sens large. C’est peu dire qu’en ce moment, c’est la crise pour les TDS. Avec les mesures de confinement et de distanciation sociale visant à enrayer la progression du coronavirus, ils se retrouvent sans source de revenus. Comme dans tant d’autres secteurs d’activités, c’est la double peine qui leur est infligée : à l’urgence sanitaire vient s’ajouter la détresse économique.

De la zone grise à la zone noire

France, Italie, Espagne, Etats-Unis… inutile d’égrainer tous les pays. C’est la planète entière qui est concernée par la pandémie. La paralysie qui s’est emparée du monde a mis les travailleurs du sexe dans une situation de grande précarité. Certes, les TDS ne sont pas considérés comme des professions vitales pour la survie des nations et on ne cherchera pas à démontrer le contraire (n’est-ce pas les cavistes ?), d’autant que ce type de job implique par essence un contact intime entre acteurs, actrices, client.e.s et professionnel.le.s. Pour autant, la crise exceptionnelle que nous vivons vient souligner à quel point ils sont en marge de la société. Même dans les pays où le sexe tarifé est censé être légal comme en Allemagne et à Singapour, les TDS sont tout juste tolérés, dans des maisons et du moment qu’ils ne font pas de bruit, qu’ils restent dans leur coin et payent leurs impôts. En France, quand les escorts gagnent le droit de pouvoir cotiser pour leur retraite, c’est pour mieux tarir leur source en rendant les clients délictueux. Lorsque tout s’arrête comme maintenant, elles n’ont rien : ni revenu, ni protection, ni indemnité ou quelconque filet de sécurité. Le message sous-jacent de la part des pouvoirs publics, ici ou ailleurs, pourrait se résumer à un truc de cet acabit : « C’est déjà bien qu’on les laisse vendre leur cul ». Et à l’abri des regards s’il vous plaît. Sur la question du Covid et des TDS, il n’y a guère eu que John Haggie, ministre de la santé des provinces de Terre Neuve et du Labrador (hauts-lieux de débauche…) pour s’exprimer dans le Guardian : « Le constat est que toutes ces personnes sont dans une position très particulière dans le sens où les services qu’elles offrent ne sont pas illégaux, mais les clients, la publicité et le reste, si. Ce n’est pas une industrie reconnue, de même qu’il n’est pas simple d’identifier les gens qui voudraient bénéficier de soutien financier ». Sous couvert d’anonymat, une TDS canadienne enfonce le clou : « j’aimerais que les gens comprennent que même si les lois sont contre nous, le travail du sexe est un travail et que nous avons perdu nos revenus comme beaucoup d’entre eux. On ne sait pas comment on va payer les factures, la nourriture et faire face au mois qui arrive. Nous sommes criminalisés et ça rend la vie bien, bien plus difficile ». Aux Etats-Unis, les sex workers ne sont pas mieux lotis puisqu’ils ont été exclus du « Disaster Loan Assistance », l’aide d’urgence débloquée par l’administration Trump pour palier au choc économique engendré par la pandémie.

28 mars 2020, dans une rue de Nice

28 mars 2020, dans une rue de Nice

Frigo vide ou covid ?

Cette saloperie de virus précarise une large part des auto-entrepreneurs : petites mains au service d’Uber et ses succédanés dans la livraison de bouffe, franchisés, commerçants, paysans… Et lorsqu’on est une femme, TDS et indépendante, ce sont les portes de l’enfer qui s’ouvrent car celles qui ont un bas de laine sont rares. Certains argueront qu’il leur fallait être prévoyantes. « Y avait qu’à… Fallait que… » Mais allez exercer une profession basée sur l’échange de cash et payée au cul du camion et vous verrez que l’argent file facilement entre les doigts… Dans ce contexte, les clients les plus retors en profitent et pressent pour avoir des prestations à prix cassé et sans capote. Aux abois, nul doute que certaines craquent et jouent à la roulette russe. Un cauchemar résumé par une TDS dans un blog pour le Huffpost.

La solution virtuelle

Dans tout ce merdier, il y a quand même une mince planche de salut : faire de la webcam pour celles qui ont un ordinateur (ou aller travailler aux champs comme l’a suggéré un membre du gouvernement). Sur les plateformes, on les retrouve toutes : camgirls qui font ça à plein temps, actrices X, escorts, les trois à la fois. C’est la seule manière pour les TDS d’exercer encore tout en respectant le confinement. Toutefois, l’argent ne dégringole ni directement, ni rapidement sur leur compte. Celles qui se sont mises à la cam au début de confinement devront atteindre un seuil pour pouvoir être payées et attendre que leur blé ait transité par les circuits de paiement comme Payoneer et autres. La conséquence est un retour à la case départ : comment bouffer dans les jours à venir ?

Et le porno dans tout ça ? De Tokyo à Los Angeles en passant par Paris, les tournages sont évidemment suspendus, mais sur Twitter, des brebis galeuses proposent quand même aux actrices de tourner sous le manteau en dépit du confinement. Espérons que cette triste période permettra au moins de faire un grand ménage dans l’amat parmi les Hassas : en Yiddish, des porcs qui ne volent pas droit.

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.

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