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[La chronique de Charlie] #1 : Faut-il parler du porno à ses enfants ?

Charlie F.

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Loi AVIA en France, Loi SESTA et FOSTA aux USA, oubli volontaire des TDS (travailleurs du sexe) pendant la crise du covid-19, shadow ban, censure interne des réseaux sociaux et autres délices, le porno n’a pas bonne presse en ce moment, mais l’a-t-il jamais eu ? Avant une hypothétique rentrée des classes et vu la flambée de la consommation de porno dans les foyers, peut-être est-il temps de se poser enfin la question : faut-il parler du porno à ses enfant ? Et si oui, comment en parler ?

Faut-il interdire la pornographie ?

A l’heure actuelle, les écrans sont partout, qui dit écran dit internet et donc accès au porno et à toutes les « perversions » de notre société. Que ce soit volontairement ou via une pop-up, une recherche google ou un(e) copain/copine à l’école, votre enfant verra du porno. La question ce n’est pas « s’il voit du porno » mais plutôt « quand il verra du porno ».

Selon différentes sources, les enfants découvrent le porno aux alentours de 14 ans. Mais plusieurs sondages et études ont montré que les enfants se retrouvent confrontés à des contenus pornographiques dès l’âge de 10 ans. On peut le juger, le regretter, trouver ça odieux, il n’empêche que c’est comme ça et qu’une fois que le problème est là, il vaut mieux s’occuper de trouver une solution plutôt que polémiquer 100 ans et essayer, encore une fois, de placer des barrières morales.

La prohibition, que ce soit sur le porno, la prostitution, l’alcool ou autres, n’a jamais marché dans l’histoire, alors pourquoi ça marcherait mieux maintenant ?! D’ailleurs, bien avant internet, les adolescents de 12 ou 15 ans trouvaient déjà des solutions pour assouvir leurs pulsions hormonales. Bien avant internet et l’accès facile au porno, il y avait des viols, des tournantes et autres comportements délinquants !

Prendre le porno comme bouc émissaire, c’est très facile tellement il regorge de clichés mais très médiocre intellectuellement parlant.

Hurler que « Nos chères têtes blondes sont confrontées bien trop tôt à des images pornographiques », c’est oublier que nous les menons nous-mêmes voir des meurtres, des génocides et des stéréotypes des rôles masculin/féminin. Vous n’y croyez pas ? Regardez simplement le moindre Marvel ou DC comics… De même, lorsqu’on reproche au porno d’uniformiser les corps et les pratiques, c’est oublier les clichés physiques et sociétaux qui déferlent dans les magazines, sur youtube, netflix et les films tout public.

Là où Hollywood a le droit, apparemment le porno, lui, ne l’a pas… Peut-être qu’au-delà de critiquer la pornographie, il serait bon de refonder l’ensemble des contenus visuels actuels, non ?

Comment parler du porno à ses enfants ?

Même si les défenseurs-censeurs des corps et de la morale ne veulent pas l’entendre, une majorité de nos concitoyens a déjà vu ou regarde du porno régulièrement. Donc le contenu pornographique, en soi, n’est pas LE souci majeur. Le problème, c’est qu’il n’y a aucun accompagnement, aucune éducation autour du porno. L’éducation sexuelle en France (et ailleurs) se contente, hélas, de parler des maladies mais fort rarement elle évoque les notions de consentement, de communication, termes pourtant essentiels dans une RELATION sexuelle. Alors comment vous dire que parler du porno et déconstruire les images qu’il montre, on en est encore très très loin ! 

D’ailleurs on ne le fait pas sur les films mainstream classiques ou sur les reportages « journalistiques » non plus !

Pour un enfant, un ado ou certains publics « fragiles », voir un porno sans explication, sans accompagnement, peut créer une confusion quant à ce que doit ou peut être la sexualité. Le cerveau est un peu con, il croit ce qu’il voit. Pour lui, voir à la télé ou voir en vrai, c’est la même chose. Qui plus est, il est mimétique donc il va toujours essayer d’imiter ce qu’il croit être “normal”. A moins que… A moins qu’on fasse un effort de rationnalisation ! Mais pour ça, faut-il encore avoir les outils et les notions de base !

Alors je ne vois pas l’éducation nationale prendre les devants pour parler de la pornographie à nos enfants. J’imagine déjà la bronca sur les réseaux sociaux et le déchaînement des ligues de vertu, avec Mme Schiappa en tête de liste. Du coup c’est aux parents de prendre ça en charge et d’assumer la responsabilité d’éduquer et de former leurs enfants au monde qui existe. 

Eduquer ses enfants semble être une base mais quand on parle de sexualité et de pornographie, ça devient très très complexe dans la pratique.

Erika Lust est là pour vous aider

Erika Lust est décidément une femme intelligente ! Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, Erika Lust est une réalisatrice de films porno qui propose des productions X sortant du porn mainstream. Elle filme avant tout des relations. Elle propose un porno dit féministe, éthique et relativement intelligent.

Mais Erika Lust est aussi maman de deux enfants, et elle s’est évidemment posé la question du porno par rapport à eux. C’est comme ça qu’est né son projet The Porn Conversation et son site (en anglais), qui propose des outils concrets et pragmatiques pour accompagner les parents dans cette fameuse Porn Conversation, ou comment parler du porno à ses enfants.

Dans une famille moyenne, il y a plusieurs passages difficiles dans la communication. Après avoir répondu au fameux « comment naissent les bébés », vient ensuite le moment où il va falloir, si si, parler protection et contraception.

En général il est conseillé de parler des règles et donc de pilule, préservatifs et autres AVANT de retrouver sa fille au planning familial ou son fils avec un joli herpès ou pire… Pourquoi à ce moment-là, vers 11 ou 12 ans, ne pas en profiter pour parler de la pornographie ? Pourquoi ne pas saisir la perche que nous tend la vie pour éduquer notre enfant en lui donnant les bases du comportement respectueux, que ce soit dans sa sexualité ou ailleurs ? 

Erika Lust met l’accent sur ce point : c’est de la responsabilité des parents d’aborder les questions autour du sexe et donc du porno. C’est aux parents de donner des clés de compréhension du monde à leurs enfants.

A travers des fiches pratiques et très bien faites, elle adapte le discours en fonction des âges et des situations. Depuis comment parler du porno à un enfant de 6 ans jusqu’à parler de pornographie et de sexualité à un ado de 16 ans !

Elle en profite pour démonter les archétypes du porno mainstream et en montrer le côté caricatural. Au même titre qu’expliquer à son enfant de 10 ans que mettre un slip rouge sur son jean ne fera pas de lui superman mais plutôt super mal fringué !

 

Alors faut-il parler du porno à ses enfants ?

On aura beau sécuriser autant qu’on veut les accès à internet, il y a de grandes chances que votre enfant tombe nez à nez avec un film porno sans avoir rien demandé à personne. Alors on censure internet de tout ce qu’on juge être mauvais pour nos têtes blondes ou on assume notre société et on prend les devants ? 

Si nous acceptons de parler du porno et donc de la sexualité à nos enfants, nous sommes aussi obligés de faire un examen de notre propre sexualité, nos propres fantasmes, désirs et regrets. Peut-être que c’est là que le bât blesse. Car le but, c’est de donner des clés de compréhension à nos enfants, pas de leur rajouter des couches de jugement et de morale. Il va donc falloir nous-mêmes nous mettre au clair sur nos jugements et notre morale.

Alors posons-nous la question : sommes-nous prêts à affronter notre fausse pudeur, notre gêne et les tabous moraux pour donner les clefs de base permettant une sexualité enfin un peu plus libre et ludique ? Ou voulons-nous laisser nos enfants vivre dans un monde sans leur expliquer comment y vivre, ni comment décoder quelques-uns de ses pièges et mirages ? Mais peut-être préférons-nous la solution de facilité : Censurer, verrouiller et perdre du temps et de l’énergie pour interdire ce que même les dictatures les plus radicales n’ont pas réussi à stopper…

A ce sujet, saviez-vous que le Pakistan, malgré sa morale anti-pornographie, a régulièrement dominé les palmarès des recherches porno illicites ? C’est aussi, avec l’Ouganda, le Kenya et les états du sud des USA, les premiers pays à chercher du porno gay alors que l’homosexualité, comme la pornographie, y sont très sévèrement punis par la loi… Comme quoi, la censure…

Blogueuse sexo, testeuse de sextoys, camgirl, modèle photo, créatrice de podcasts,... Charlie multiplie les casquettes. Gourmande et curieuse, cette touche-à-tout se lance désormais dans l'écriture d'articles de blog.

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