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Désir masculin et désir féminin : quelles différences ?

Pierre Des Esseintes

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On dit souvent que le désir masculin fonctionne simplement : les hommes seraient d’abord excités par ce qu’ils voient, ce qui explique le succès du porno. Le désir féminin dépendrait davantage d’un contexte. Clichés ? Non, car des études scientifiques confirment que le désir féminin est bien plus complexe que celui des hommes !

Tu les aimes, mes fesses ?

Souvent, par coquetterie, les femmes préfèrent faire l’amour dans la pénombre, ou dans une ambiance tamisée… Il faut dire qu’elles attachent beaucoup (trop) d’importance à leurs petits défauts. Que voulez-vous, elles n’ont pas envie que leurs amants remarquent leurs cuisses un peu fortes, leur petit ventre ou encore leur cellulite. Le problème, c’est que l’homme, lui, veut voir sa compagne sous toutes les coutures, mêmes les plus imparfaites… Cette exigence ne devrait pas contrarier les femmes, bien au contraire, car elle révèle des particularités de la sexualité masculine : d’abord, et c’est plutôt une bonne nouvelle pour elles, leurs amants se foutent (en général) pas mal de leurs défauts ! Il a besoin de les regarder, et pas n’importe où. Le mâle humain va chercher son excitation sexuelle – et donc le maintien de son érection – à travers la vision de ce qui lui plaît le plus chez elles : leurs fesses et leurs seins… Cela paraît un peu simpliste et réducteur, mais pour une fois, ce qui ressemble à une idée reçue correspond bien à une réalité scientifique. Qu’est-ce que cette réalité nous apprend sur les différences hommes/femmes ?

Programmes d’attirance

La sexualité masculine présente un certain nombre de caractéristiques, d’origine génétique. Attention, ces caractéristiques ne forgent pas un destin. Il ne s’agit que de tendances, mais celles-ci constituent néanmoins une base, à partir de laquelle les échanges érotiques avec le sexe opposé vont se développer.

L’homme éprouve une attirance particulière à l’égard de certains critères physiques féminins. Sans parler de déterminisme, on peut affirmer qu’il existe chez l’homme des « programmes d’attirance ». Ainsi, des études ont montré que le rapport taille/hanches chez la femme est pour l’homme un critère de beauté intemporel et transculturel. En effet, un tel rapport compris entre 0,6 et 0,7 (c’est-à-dire si le tour de taille se situe entre 60 % et 70% de la circonférence des hanches) constituerait une promesse de fécondité. Quant aux seins, leur principale fonction chez les humains est d’attirer le regard des mâles. Chez nos proches cousins primates, la poitrine n’augmente que pendant l’allaitement.

Bien sûr, dans la sexualité, l’histoire personnelle et les facteurs culturels entrent en jeu, mais on ne peut ignorer que les critères visuels d’attirance sont, avant tout, des signes de fécondité et de santé. Tout se passe comme si un programme génétique déterminait l’excitation des hommes par la vision des formes féminines !

Les hommes ont donc naturellement tendance à porter leur attention visuelle sur des parties isolées du corps féminin. C’est ce qu’on appelle, en psychologie, l’attachement à des objets partiels. Cela explique pourquoi un homme peut être excité par un film porno montrant des gros plans, ou par la photo d’un sexe féminin. L’imagerie sexuelle stimule le cerveau masculin, davantage que celui des femmes qui, elles, sont rarement excitées à la vue d’un sexe d’homme « coupé » de son propriétaire (hé les gars, laissez tomber les dick pics, ça n’excite que vous !)

Chez les femmes, le contexte est plus important que ce qu’elles voient

« Il a été confirmé expérimentalement que le cerveau masculin est plus stimulé par  »l’imagerie sexuelle » que le cerveau féminin », avance le psychiatre et sexologue Jean-Roger Dintrans. L’attirance qu’un homme peut éprouver pour une femme naît à partir de perceptions visuelles, en dehors de tout contexte relationnel : d’abord, ton physique me plaît, ensuite, on fait connaissance ! La femme, elle, est plus sensible au contexte, à la relation de sens avec son environnement. Meredith Chivers, professeure de psychologie à l’université Queens, en Ontario, a mené dans les années 2000 une série d’expériences consistant à projeter des films pornos à des cobayes des deux sexes et de diverses orientations sexuelles. Les films pornos présentaient des ébats homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, et même… des accouplements de bonobos !

Les participantes étaient « branchées » à une sonde (un pléthysmographe, pour être exact !) de cinq centimètres placée dans leur vagin, évaluant leur degré d’excitation objective, par la mesure de l’afflux sanguin vaginal, lequel détermine le degré de lubrification. Les hommes étaient équipés d’un dispositif mesurant les changements de circonférence du pénis.

Meredith Chivers a demandé aux participants d’évaluer eux-mêmes leur degré d’excitation « subjective », en lui attribuant une note. Si l’étude n’a révélé aucune surprise du côté des hommes, tant objectivement que subjectivement (les hétéros étaient excités par des scènes hétéros, les gays par des scènes gays, etc.), les femmes, elles, ont significativement creusé l’écart entre l’objectif et le subjectif ! Même si elles se défendaient de toute excitation devant certains films, leur vagin, lui, ne mentait pas : quelle que soit leur orientation sexuelle, ces femmes se sont montrées excitées indifféremment par toutes les scènes : gays, lesbiennes, hétéros, ou… bonobos !

Que peut-on en conclure ? Que le stimulus visuel est moins important chez la femme que le contexte dans lequel elle se trouve. Si la vision est déterminante dans l’excitation masculine, elle est, chez la femme, secondaire. Et l’on peut en conclure également que, concernant le choix d’une scène porno, les femmes sont bien moins compliquées que les hommes !

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.

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