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Vers la fin de la Porn Valley ?

Dimitri Largo

Publié

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Avec la loi AB5, la Californie tente de remettre de l’ordre dans son code du travail depuis la prolifération du « gig work ». Traduction : comme les chauffeurs Uber, les acteurs porno sont désormais susceptibles d’être considérés comme des employés et non plus comme des contractants indépendants. Ça change pas mal la donne pour les studios, notamment en matière de fiscalité et certains d’entre eux ont déjà quitté la Porn Valley. Analyse.

 

Il n’y a pas si longtemps, on disait que ce qui arrivait aux Etats-Unis débarquait chez nous 20 ans plus tard. Depuis, le temps s’est accéléré. Comptez deux ans tout au plus, pour le meilleur et pour le pire. Le droit et l’organisation du travail ne font pas exception à la règle et ce qui se trame aux States pourrait bien débouler dans nos contrées. En effet, devant les bouleversements qui ont frappé le marché du travail, sa parcellisation et sa précarisation regroupés sur l’appellation d’uberisation (en résumé : tous patrons, avec les inconvénients sans les avantages), l’Etat de Californie a décidé de légiférer. Il était temps. En vigueur depuis le 1er janvier, la loi dite AB5 requalifie un grand nombre de travailleurs indépendants freelance en employés. Pour les employeurs, cela implique 20 à 30% de coûts supplémentaires par travailleur selon le New York Times car ils doivent désormais s’acquitter d’une batterie de taxes et de cotisations qui accompagnent le versement d’un salaire minimum et non plus le règlement d’une simple facture. Une véritable révolution.

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Destinée à protéger de la précarité les gig workers : chauffeurs Uber, Lyft, Livreurs Just Eat et autres assesseurs web, cette nouvelle règlementation du travail dans le Golden State concerne également les acteurs et les actrices porno, bien qu’à l’origine, elle ne leur était pas destinée. Pas spécialement désireux et surtout incapables de payer 30 % supplémentaires pour tourner une scène, les studios ont commencé à quitter la Porn Valley pour s’installer dans le Nevada et l’Arizona voisins qui n’ont pas voté une telle loi, tandis que deux des plus grosses plateformes de cams, situées quant à elles dans des paradis fiscaux, refusent pour certaines les camgirls installées en Californie. Anticipant la future loi, les stripteaseuses avaient d’ailleurs commencé leur exode dès l’automne dernier. « Nous voyons pas mal de compagnies déserter l’Etat plutôt que d’avoir à composer avec la nouvelle régulation, témoigne Mike Stabile, porte-parole de la Free Speech Coalition, le syndicat du business porn yankee. Nous sommes opposés à cette loi en l’état. Elle ne tient pas compte du fait que les performers et les équipes de tournage sont aussi des petits patrons, qui ont différentes sources de revenus, des clips aux cams en passant par les échanges de contenu et la production ».

En effet, côté performers, c’est aussi la soupe à la grimace car nombre d’entre eux portent une double casquette et n’ont pas envie de voir leurs émoluments rognés par une cotisation à une caisse de retraite et une protection santé type Obamacare. Cette position est sans doute dure à comprendre pour un travailleur français, mais aux States, la tradition veut que l’on ne paye que pour ce que l’on utilise et surtout pas pour les autres. Vous êtes, par exemple, libre de ne pas raquer pour telle ou telle assurance, mais s’il vous arrive une tuile, genre « madame tumeur qui rencontre monsieur cerveau », vous n’aurez même pas de quoi payer la fausse commune…

De la définition d’un artiste de performance…

Entendant les doléances des musiciens, journalistes, écrivains et artistes qui se retrouvaient dans l’incapacité de pérenniser une relation avec un client (dans la première mouture de la loi, un journaliste freelance ne pouvait par exemple écrire que 35 articles par an et par client sauf à devenir son employé), les membres des deux chambres législatives californiennes ont amendé la loi AB5, le 4 septembre. Désormais appelée AB2257, elle soustrait, entre autres, les performance artists à la possibilité d’être requalifiés en tant qu’employés. Mais c’est quoi dans le fond, a performance artist ? En dépit du fait qu’ils s’autoproclament performeurs, personne ne sait, ni à la FSC, ni ailleurs, si les acteurs et actrices porn pourront s’enorgueillir de ce statut aux yeux du nouveau code du travail californien. « La performance pour adulte est si variée, remarque le porte-parole de la FSC. Cela semble s’appliquer aux modèles webcam, mais qu’en est-il des scènes où un réalisateur est impliqué ? Si la scène consiste à avoir deux personnes dans une pièce qui filment leurs ébats, la loi s’applique-t-elle ? L’existence d’un script change-t-il la donne ? Où le gouvernement situe-t-il la ligne quand on parle de deux adultes consentants et de ce qu’ils font de leurs corps ? Les législateurs ne connaissent pas la réalité de l’industrie et n’ont aucune idée de la complexité de ce que nous faisons ».

À ce stade, les plateformes de cam semblent bien s’en sortir, puisque la nouvelle loi considère que leurs seuls employés sont ceux des supports techniques et logistiques. Pour les studios classiques, en revanche, le texte reste très nébuleux. A ce titre, le FSC les invite à la prudence et à consulter leur avocat avant d’enrôler un ou une performeuse. L’avenir du porn à L.A est plus que jamais en danger.

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.

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