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Présidentielle : le porn US s’engage

Dimitri Largo

Publié

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Les élections présidentielles américaines se profilent, le 3 novembre prochain. A l’image de Brazzers qui s’implique dans la campagne, on pourrait penser que le porn est en ordre de bataille pour faire triompher le camp progressiste, celui des démocrates. Sauf que ce n’est pas si simple : nombre de pornocrates sont républicains et pour de bonnes raisons. Et si les méchants ne l’étaient pas autant que l’on croit et les gentils non plus ?

 Il est de bon ton de ce côté-ci de l’Atlantique de considérer Donald Trump comme un fieffé imbécile qui ne gouverne que pour la partie de l’Amérique qui a voté pour lui en 2016. Cette Amérique, ce serait celle des rednecks du Sud et du Midwest, casquette de trucker vissée sur nuque longue, tatouages du 3ème Reich et AR-15 en bandoulière. Toutefois, l’Amérique, la vraie, n’a rien à voir avec celle qui est fantasmée dans les milieux germanopratins, avec d’un côté les gentils Démocrates progressistes et de l’autre les méchants Républicains réactionnaires. Prenez le porno par exemple. On pourrait penser que ses protagonistes ont toutes les raisons de voter massivement pour le ticket démocrate Biden-Harris aux élections présidentielles du 3 novembre prochain. Et bien non. Et comme souvent, le portefeuille a ses raisons que le cœur ignore. 

#StrokeTheVote

Les appels massifs au vote de la part des grandes entreprises et organisations comme Facebook, Google ou la NBA visent à faire gagner le camp démocrate. Le porn ne fait pas bande à part : lorsque Brazzers annonce qu’il fermera son site entre 17 et 20h le jour des élections afin que son audience n’oublie pas de se rendre aux urnes, c’est également pour éviter que ne se reproduise le scénario de la présidentielle précédente, quand les électeurs se sont abstenus d’aller aux urnes, persuadés que Clinton allait gagner. « En 2016, 100 millions d’électeurs n’ont pas été voter et nous avons remarqué que le trafic sur notre site n’avait pas baissé. Le jour de l’élection était un jour comme les autres, remarque Mario Nardstein, Directeur de la production chez Brazzers. On veut être certain qu’un maximum de voix se feront entendre cette année. A notre niveau, nous voulons encourager les Américains à remplir leur devoir civique avec un break de leur écran ». En attendant, c’est bien sur les murs de pixels géants des plus grosses villes du pays, de Time Square au Strip en passant par les boulevards de Phoenix et Chicago, que le studio attrape l’œil des passants avec des slogans suggestifs, mais toujours safe for work (Sorry to interrupt your erection. VOTE… Educate before masturbate. VOTE etc.) avec en sous-titre le hashtag #StrokeTheVote. Les talents sous contrat, d’Abella Danger à Madison Ivy, relaient le mot d’ordre sur les réseaux sociaux et ça fait d’une pierre deux coups : campagne de pub et noble cause (dans l’ordre).

Liberté d’expression contre liberté d’entreprise

Brazzers fait partie de ces boîtes qui redoutent que le porno ne soit censuré au nom des principes moraux des Républicains les plus conservateurs et qu’il ne soit radié du cadre du premier amendement qui garantit son existence légale. En revanche, d’autres pensent que les Républicains sont des partisans du business avant tout et eux, s’inquiètent du carcan législatif que les Démocrates leur imposeraient. Faut avouer que l’œuvre et les projets de ces derniers leur donnent des munitions. Ainsi, le 30 septembre, le sénateur de Virginie, Joe Manchin, a annoncé le dépôt d’une proposition de loi relative à la section 230 du Communication Decency Act de 1996 pour rendre responsable pénalement de leurs contenus, les plateformes de diffusion. Le sujet est un serpent de mer et une épine dans le pied des Pornhub et autre ManyVids qui déplorent un coup de canif au « Premier Amendement du Net », d’autant que la séquence intervient après la controverse sur la loi AB5 votée en 2019 par l’Etat de Californie contre l’uberisation du marché du travail. Une loi qui semble juste sur le papier, mais qui fait grimper le coût du travail de 20 à 30 %. Intenable pour les plus fragiles. Sur le Covid, c’est un peu la même mayo : les studios porno s’inquiètent d’un retour au confinement qui paralyserait les tournages, livrés qu’ils sont dans la course perpétuelle à l’update. Les gouverneurs démocrates ont montré qu’ils ne se refusaient aucune option si la situation l’exigeait, alors que pour les partisans de Trump, ne pas porter de masque demeure un signe de ralliement. Si Joe Biden était élu à la présidence, il pourrait durcir les mesures sanitaires à l’échelon de l’Etat fédéral. Enfin, au nom de la défense des droits des femmes et des minorités, un bon paquet d’élus de la gauche américaine ont les vilains exploiteurs du porn dans leur ligne de mire. Leur position rejoint celle des militants d’extrême droite, anti-tout à part les flingues, dieu et un lopin de terre.

La couleur pourpre

La polarisation politique est accentuée par un activisme communautaire tout ce qu’il y a de plus classique, outre-Atlantique, mais nouveau dans le porno. La séquence Black Lives Matters est passée par là. En effet, certains travailleurs du sexe ont décidé de se regrouper et défendre leurs droits au sein du BIPOC-AIC (The Black, Indigenous and People of Color Adult Industry Collective). Le lobby ne compte pour l’instant aucune tête d’affiche, mais sa fondatrice Sinnamon Love s’est fixée pour mission de « décoloniser le porn et de créer un espace safe pour les LGBTQIA+ ». Autour d’elle, un noyau dur constitué de TDS, actrices alt, transgenres et juristes : King Noire, Mia Little, Phoenix Calida, Kate d’Adamo, Raani Begum et India Thusi. Les blondes aux gros seins n’avaient déjà droit que de se taire. Ce n’est pas avec le BIPOC qu’elles sortiront du mutisme… Incarnation du patriarche blanc capitaliste, Trump représente naturellement tout ce qu’elles détestent, même si sur la question du cul, on a connu présidents plus étroits d’esprit. Le militantisme chevillé au corps, elles multiplient les conférences virtuelles et les communiqués de presse afin d’éviter un second mandat du tycoon. Toutefois, le parti adverse ne trouve pas grande grâce à leurs yeux et si le politburo du BIPOC appelle à voter pour Joe Biden et Kamala Harris le 3 novembre, c’est juste dans l’optique du moins pire. Patience, viendra le temps où le candidat démocrate sera un individu nain latino non genré.

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.

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