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L’étui pénien : le chibre sur son 31

Clint B

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Existe-t-il dilemme plus cornélien, dans la vie de l’homme, que de déterminer l’accessoire idéal à arborer lors d’une soirée de gala, pour tirer son épingle du grand jeu de l’élégance mondaine ? Colliers, boucles d’oreilles, broches, tiares, diadèmes… Si les dames ont l’embarras du choix, entre la cravate de comptable ou le nœud pap’ de pingouin, les messieurs, quant à eux, n’ont guère que le choix de l’embarras. Un peu d’ouverture d’esprit que diable ! Il reste pourtant une option alternative aussi traditionnelle que cérémoniale qui, par la petite touche d’exotisme viril qu’elle apporte, fera immanquablement de son propriétaire l’attraction incontournable de la sauterie. Il s’agit bien évidemment de l’étui pénien, symbole de prestige s’il en est chez les mystérieuses tribus insulaires du Pacifique et d’ailleurs…

Loin d’être un épiphénomène limité à quelques peuplades lointaines, le concept d’étui pénien semble universel au regard de sa répartition sur le globe. De l’Afrique à l’Himalaya, en passant par l’Amérique du Nord et du Sud, le Japon ou les terres inuites, le port du fourreau a été de toutes les civilisations, de toutes les cultures tribales, si bien qu’il est extrêmement complexe de lui attribuer une fonction bien précise. Mais au fait, c’est quoi au juste, un étui pénien ? Eh bien, il s’agit tout simplement d’une parure de zob, dans lequel on introduit son éminence, et seulement son éminence -le scrotum reste donc découvert, et dont l’usage, la forme et le matériau varient en fonction des lieux, des époques, des cultures. Il peut tout aussi bien être fait de feuilles, de cuir, de coquillage, d’ivoire ou de métal, selon son origine historique ou géographique. Le koteka, particulièrement documenté et porté encore aujourd’hui par un certain nombre de tribus d’Indonésie et de Papouasie-Nouvelle-Guinée, offre à lui seul une perpective saisissante du mystère qui entoure cet ambigu cache-sexe.

À Vanuatu, on les nomme "nambas"

Au Vanuatu, on les nomme « nambas »

Conçu au moyen d’une calebasse, ou gourde (la citrouille locale), d’où son nom de « gourde à pénis » en indonésien, le koteka est arboré par les mâles des différents clans de l’archipel. Il se porte noué autour scrotum et attaché autour du ventre pour le maintenir pointé vers le ciel. Il est parfois considéré comme l’unique artifice vestimentaire convenable pour un homme, chez les Danis, les Yalis, les Tioms par exemple. Cette pratique est si commune et naturelle qu’en 1971, le gouvernement indonésien, qui administre la partie occidentale de l’île, lancera l’Operasi Koteka, « Opération Koteka » en VF, pour démocratiser le port du slip chez les populations autochtones. Un échec. Non seulement une grande part des tribus refuse l’occidentalisation vestimentaire, mais en plus des émeutes éclatent, un nudisme militant voit le jour et des villages entiers déménagent pour éviter la persécution. Encore de nos jours, seules l’école et une poignée d’administrations sont parvenues à imposer le futal

C’est que l’étui pénien papou correspond à des coutumes diverses et ésotériques que les ethnologues eux-mêmes peinent à définir et à distinguer, au sein des populations locales. Ainsi, les jeunes Papous peuvent investir leur premier fourreau dès l’âge de 3 ans ou à la puberté, à la faveur d’un rituel initiatique. Les formes et les ornements varient selon les ethnies, la taille étant généralement moins représentative du statut social que tributaire d’un usage, petit pour les travaux quotidiens, grand pour les cérémonies. Enfin, certaines traditions en font l’apanage des anciens, vraisemblablement symbole de sagesse, quand d’autres associent le koteka à la compétition sexuelle et en débarrassent les seniors. Un drôle de sac de nœuds…

En bref, l’étui pénien est imperméable aux analyses universalistes. Chaussé aux quatre coins de la planète pour des raisons aussi différentes que les ethnies qui en usent, il est au fond un fait culturel, une norme sociale pas moins incongrue la jupe ou les chaussures à talons sous nos latitudes, dont l’usage a aussi passablement évoluer au cours des siècles. A fortiori, réduire la parure génitale à un gri-gri de sauvage relève autant d’un ethnocentrisme rétrograde que d’une inculture historique. C’est que, du haut de notre occident « civilisé », nous ne nous sommes pas privés, nous non plus, de magnifier le zgueg par la sape. Il faut dire qu’on s’avait y faire, en matière de sape, au XVIème siècle.

La Renaissance, c’est l’époque des Beaux-Arts, des tableaux de maîtres et des châteaux de la Loire, mais c’est aussi, et surtout, la grande époque de la braguette. Loin de l’impitoyable coupe-bourse que l’on connaît aujourd’hui (avis optimistes de la zipette), la braguette d’alors est un atour d’apparat plébiscité par une noblesse masculine très prompte à faire étalage de sa virilité. Pièce de tissu rembourré cousue à l’entrejambe des pantalons de ces messieurs, elle valorise leur petit paquet en suggérant un appareil reproducteur aux proportions formidables. Le concept est si tendance qu’on le déclinera jusqu’aux pièces d’armure ; émoi garanti lors des combats de quéquettes ! Les rois eux-mêmes, d’Henri II à Charles V, de François 1er à Henri VIII, iront jusqu’à se faire tirer le portrait ainsi pourvus, au grand déplaisir de Montaigne qui condamne dans ses Essais « cette vaine et inutile pièce moulant un membre que nous ne pouvons pas seulement nommer honnêtement, dont toutefois nous faisons ostentation et parade en public. » Comme quoi, l’Europe n’a jamais concourut à la palme de la modestie phallique.

Henri VIII, roi d’Angleterre, en costume d’apparat

Et le sexe, dans tout ça, hein ? Parce que c’est bien joli de se palucher sur l’iconographie des protubérances royales mais qu’en est-il des applications copulatoires de ce genre de joyeusetés ? Figurez-vous que, de nos jours, pour une poignée de billets, chacun peut acquérir son propre étui de silicone, pour y fourrer sa guiche tel un seigneur féodal ou guerrier papou. Point de tradition ancestrale toutefois, le seul intérêt est alors d’amplifier le diamètre et d’édulcorer la forme, dans la perspective de gratifier joyeusement son prochain d’un estoc insolite et original ; qui un tentacule, qui un sexe de cheval, qui un rabbit vibrant multi-fonction… En définitive, emballé son sexe dans une citrouille pour signifier sa maturité n’est sans doute pas ce que l’humanité a conçu de plus improbable.

La customisation n’a plus de limites…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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