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Kenzie : les mouchoirs de sortie

Dimitri Largo

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Kenzie Reeves n’a pas le passé de Cosette, mais ce n’est pas celui de la Duchesse de Kent non plus. Star reconnue, la bombinette de 23 ans est enfin heureuse grâce au porn. Ce n’était pas gagné à l’époque de la ferme mormone familiale, encore moins pendant ses séjours en institut psychiatrique. Après quatre ans dans le X, c’est autant pour guérir que pour aider les jeunes femmes dans son cas qu’elle lève le voile sur son parcours. Instructif.

« Pourquoi personne ne m’aime ? »

Souvent Kenzie s’est posé cette question. La réponse était simple. Elle ne tenait pas dans sa différence. Elle avait juste « l’air » différente. Mais parce que l’humain essentialise, Kenzie était seule et devait donc en payer le prix. 

Si son physique de guêpe fait son actuel bonheur et celui de ceux qui la matent, il a été son fardeau. Sur la balance, il est léger mais sur le moral, il a pesé comme de la fonte. Au-delà du fait qu’il en faisait une cible pour tous les gros cons de la cour de récré, il a longtemps été recouvert par des fringues sorties d’un autre temps, du cou jusqu’aux mollets. Kenzi a en effet été élevée dans une ferme mormone près de Concord, New Hampshire. « Je ressemblais à un plongeur. Je me disais : je suis une femme, pourquoi dois-je me couvrir de la sorte ? On me disait que montrer de la peau n’était pas convenable pour une femme. Je ne comprenais pas, je ne blessais pourtant personne ».

Plutôt que de baisser la tête, elle se rebelle. « Je suis devenue le mouton noir de la famille ». Cherchant à capter à l’école l’attention qu’elle n’a pas chez elle, la future Kenzie Reeves n’arrive pas à s’adapter aux codes des autres gamins et subit les affres du harcèlement scolaire. « Je voulais être aimée par les autres, mais je ne voulais pas me conformer. Je ne comprenais pas qu’on puisse vouloir du Abercrombie et de l’Aéropostale, alors que moi je mettais du blush plein les joues et des tutus. Sur Facebook, je ne recevais que des messages haineux. Personne ne voulait travailler avec moi. Le midi, j’allais manger à l’infirmerie pour ne pas qu’on m’embête ou simplement pour éviter d’être seule ».

Pendant le collège, elle change quatre fois d’établissement, de région et de foyer d’accueil. De Boston à Macon, Géorgie, rien n’y fait. Les spécialistes qui se succèdent la classent autodestructrice et sociopathe. Pourtant, dans le Sud, c’est elle qui se fait tabasser par des gamines de la même couleur, juste pour avoir trop sympathisé avec des jeunes afro-américains. « J’ai encore la cicatrice que m’a faite la bague quand elle m’a ouvert la lèvre », détaille-t-elle en montrant la trace.

Au sortir de cette agression, Kenzie repart dans le New Hampshire et intègre une école spécialisée. L’histoire aurait pu s’arrêter là, en même temps que la croissance de la donzelle qui ne dépassera jamais 1m47 (pour 41 kilos), mais sa résilience va entrer en action. « C’est cruel, mais je pense que j’ai appris à surmonter les obstacles plus vite. D’avoir été malmenée comme ça partout m’a amené à mieux encaisser les coups. Je suis devenue plus solide ».

De retour sur ses terres, à 17 ans, elle devient une joueuse de foot talentueuse et fait partager son expérience aux plus jeunes de son institut. En parallèle, elle attrape un petit boulot chez Taco Bell. En moins d’un an, elle passe de la fille au bord de la folie au statut d’Employée du Mois. « J’ai toujours été déférente et serviable, je suis comme ça. Peu importe si je me faisais 250 $ tous les quinze jours, je donnais le meilleur de moi-même ».

Du passé, elle garde quand même des réminiscences : lorsque son patron lui refuse la soirée pour fêter son 18ème anniversaire, elle rend direct son tablier. Dans la foulée, elle devient stripteaseuse avec une de ses copines pour l’organisation VIP Strippers et écume les enterrements de vie de garçon, de Boston à New York. A 19 ans, elle passe à l’étape supérieure et quitte la côte nord-est pour le soleil floridien. Elle y tournera sa première scène. « Ça me travaillait depuis mes débuts dans le strip. Je regardais du porno tout le temps et j’avais envie d’explorer ma sexualité. Je me sentais à l’aise avec mon corps, je savais bien squirter, j’avais de gros besoins et je commençais à m’ennuyer avec mon mec. Après ma première scène, je savais quelle était ma destinée. J’ai appelé ma grand-mère et je lui ai dit : prends tout ce que tu veux dans mon appartement. Je ne vais pas rentrer à la maison ». Bien lui en a pris. Moins d’un mois plus tard, elle s’envole pour Los Angeles.

Les prods se sont passées le mot : il y a une nouvelle actrice qu’il faut absolument tester. « Elle est juste extraordinaire, elle fait partie de l’élite des actrices, constate le réalisateur Chris Streams. Elle est toute petite, mais en fait plus qu’une fille qui fait trois fois sa taille ! Elle est capable de gober Steve Holmes jusqu’au boules ! » En chiffres, cela se traduit par une année rookie où elle tourne 70 scènes. Désormais, elle en est à plus de 500. Chaque fois qu’elle le peut, elle aide les nouvelles arrivantes. « Si tu commences à t’inquiéter du fait que ton agent a recruté une nouvelle fille blonde, tu ne seras jamais heureuse. Je m’aime suffisamment pour venir en aide aux autres, nous sommes toutes dans le même bateau. Nous devrions être une famille ». En parlant de famille, les femmes de la sienne ne l’ont pas lâché en dépit de ses choix de vie et des blessures du passé. Sa mère et sa grand-mère sont même venues la voir à L.A. « L’amour des membres d’une famille est inconditionnel. Je suis heureuse de les voir, elles qui sont très religieuses, accepter mes choix ». Ainsi soit-il.

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.

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