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Aubrey Kate : l’empire des trans

Dimitri Largo

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Il faut mettre la main au panier pour soupçonner qu’elle a un jour été autre. À 30 ans dont huit dans le game, Aubrey Kate règne sur le porn transgenre. Et sur la cheminée de sa villa de Vegas, trônent douze AVN Awards dont trois pour celui qui récompense les performeuses de l’année. Il y a un an, pourtant, la reine du non-binaire a failli tout arrêter avant de se raviser.

Évoquer le terme de « transsexuel » est devenu un facteur reléguant au rang de « boomer », de celui qui ne trouvait sa came que dans le fond des sex-shops et dans les pages de catalogue de VPC. Car depuis une quinzaine d’années, tout a changé. Place aux performers non-genrés, non-binaires, trans-identaires, queers, androgynes, X ou autre (cochez la case correspondante). Le basculement n’est pas juste sémantique.

Le transgenre se dilue désormais dans le porn mainstream. Ses starlettes partagent les feat et le haut de l’affiche avec les pornstars hétéros, les suiveurs se comptent par centaines de milliers sur les réseaux sociaux et les studios spécialisés, sous l’impulsion de TS Sensual et surtout Grooby, offrent une vitrine glam haut-de-gamme. La cause transgenre doit aussi beaucoup à certaines figures qui ont été des précurseurs de cette démocratisation : Seymore Butt, Joey Silvera, Rocco, Dana Vespoli ou Nacho Vidal. Des noms qui sont passés par l’écurie Evil Angel. Ce n’est pas un hasard si c’est le studio de John Stagliano qui a offert à Aubrey Kate, le premier contrat d’exclusivité de l’histoire pour une performeuse trans, car c’est véritablement LE studio qui fait le pont entre l’hétéro et la troisième voie, via ses gonzos hardcore. Kate a signé le début de son aventure avec Evil en 2017. Quatre ans.

Le business dure plus longtemps que l’amour. Parce que ses derniers petits amis, elle les a tous largués. « J’étais enfermée dans des relations toxiques confie-t-elle à AVN. Mes ex me disaient que j’étais trop vieille pour le X, que mon temps était passé. C’était un vrai lavage de cerveau. Je me sentais rabaissée ». Il ne manquait plus que la masculinité toxique pour faire d’Aubrey Kate un totem pour toutes les problématiques dans l’air du temps.

Côté carrière, 2020 est également une année mouvementée. Dans la foulée des AVN Awards où elle est éclipsée par sa rivale Natalie Mars, Aubrey Kate envisage de tout plaquer. Un premier coup dur pour elle qui est sur le rythme de sénatrice depuis ses débuts chez Grooby en 2013, avec une quarantaine de scènes annuelles. « Je n’avais rien gagné. J’ai pensé que les gens m’avaient oubliée. Ce n’est pas seulement savoir qui est la meilleure pornstar, mais qui est la plus belle ou est-ce qu’elle a fait assez de chirurgie pour avoir l’air féminine ? Vous pensez que vous avez amis et lorsque vous gagnez, ils vous détestent tous. J’ai appris beaucoup de tout ça ». Dans le porn comme ailleurs, « c’est avec des hochets que l’on mène les hommes », dit un jour de 1802 Bonaparte…

Alors que l’Empereur allait murir ses réflexions à la Malmaison, Aubrey Kate préfère les faire murir au soleil. Elle met donc le cap sur Tulum, une station balnéaire mexicaine. Sur place, elle fait du jet-ski et élargit le cercle de ses amis (attention : double-sens). Elle rencontre en effet des New-Yorkais qui ont de solides arguments… Ils la convainquent de déménager de Los Angeles à Big Apple. Au moment où la ville qui ne dort jamais se vide de ses activités et de ses habitants les plus fortunés, Aubrey Kate fait le chemin inverse et expérimente le New York coronaviré. Pour quelqu’un d’Orange County qui n’a jamais rien fait à pieds, le kiffe est total. « Je parcourais la ville vide depuis mon appartement de l’Upper East Side avec Thor et Apollo, mes deux chihuahuas. J’étais là où j’avais toujours rêvé d’être ». Paradoxalement requinquée par le confinement, Aubrey Kate en profite pour bosser à son compte et au développement de sa marque. « Je ne pense pas que je puisse encore tourner 20 à 25 scènes par mois, mais je n’ai pas envie de me contenter que de filmer, et puis je ne suis pas le type de performeuse qui arrive à se mettre trois bites dans le cul, glisse-t-elle malicieusement, mais peut-être deux… ».

Preuve que le transgenre rapporte, elle investit dans un penthouse à Las Vegas en juillet dernier tout en conservant son appartement de Manhattan. Un pied de chaque côté du continent, elle enchaîne et c’est logiquement qu’elle est récompensée par trois nouveaux « hochets » en janvier dernier. Celui dont elle est le plus fière, c’est celui qu’elle partage avec Khloé Kay pour sa scène dans TS Life 2. Kay, elle la considère comme sa petite sœur dans le business : « Je suis fière d’elle et de la manière dont elle a grandi. Beaucoup de filles arrivent et repartent au bout d’un an ou deux car elles pensaient que ce serait facile. Ce ne l’est pas ». En retour, cette dernière n’a que du bien à en dire : « Aubrey a de l’expérience et elle aime la partager aux nouvelles filles. Elle les conduit dans la bonne direction. Je l’ai rencontrée deux semaines après avoir débuté et nous sommes devenues amies. Gagner mon premier trophée pour ma première scène avec une amie, c’est quelque chose de spécial pour moi ».

L’année prochaine, ce sera sa pire ennemie. Ainsi va la vie.

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.

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