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Petite Fée/Clémentine, l’interview portrait : « Je suis artisane du c*l »

Clint B

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Mon pseudonyme, c’est « Petite Fée ». Parce que j’ai toujours été très manuelle. J’ai toujours adoré faire mes petits bricolages à droite, à gauche. Et aussi créer ma lingerie. Clémentine, c’est juste mon prénom d’actrice, on va dire. 

À l’ère des réseaux sociaux, heureux qui, comme Thésée, saura suivre le fil de son Ariane virtuelle, de plateformes en sites de webcam, entre noms de scène, pseudonymes numériques et intitulés de profils. Heureusement, les alias de la délicieuse Clémentine, Petite Fée débordante d’astuce, cachent une malicieuse charade à l’usage des égarés du charme, un m(n)émo un brin technique dont le kink est la clé. Touche-à-tout, la belle est en outre douée de ses mains, s’adonnant à la couture en autodidacte, un loisir en vogue, pour customiser ses atours.

Par exemple, je vais transformer un body en un haut et un bas, en ajoutant un milieu du genre lanières, un peu de dentelle…

Débrouillarde et indépendante, son rapport au charme, à l’exhibition, relève de la même démarche initiatique entre improvisation et appropriation.

Je me suis pas mal inspirée de mes collègues quand j’ai commencé. J’étais toute seule. Je ne trouvais pas beaucoup de choses sur les réseaux, ce n’était pas en vogue comme maintenant. Peu de gens en parlaient. Et à l’époque, c’était très compliqué aussi de se lier d’amitié avec une TDS comme moi. Donc, j’ai littéralement tout appris toute seule. Et putain, c’est dur ! J’étais à l’école du cul de chez moi.

C’est 5 ans plus tôt qu’elle débute, à l’origine, sans la moindre ambition professionnelle : l’exhibition pour l’exhibition.

C’est une drôle d’histoire. À la base, je m’exhibais sur des sites gratuits. Et je faisais ça uniquement pour le plaisir. Et un jour, j’ai rencontré un mec qui m’a dit que c’était un métier. Donc je me suis renseignée à droite, à gauche. J’ai commencé à m’inscrire sur quelques plateformes, pour tenter. Et j’ai kiffé. Ce qui me plaisait, à l’origine, c’était de reprendre confiance en moi. Ça m’a énormément aidée à accepter mes formes. Parce que c’est vrai que dans ce milieu, on n’est pas nombreuses à être un peu dodues, on va dire. 

J’ai vécu pas mal de temps avec des hommes qui m’ont beaucoup rabaissée, beaucoup humiliée par rapport à mon poids. Et c’était aussi une façon de dire non, tu vois ? « Tu as beau me dénigrer, moi, je plais à beaucoup d’hommes ! » Oui, c’était un peu une revanche : le fait de pouvoir faire ce que je veux de mon corps et d’arrêter d’écouter tout ce qu’on peut dire sur les femmes.

Si les « dodues » sont certes invisibilisées par les injonctions à la minceur que promeut notre société, imaginer que les lignes voluptueuses de Petite Fée puissent se trouver à la marge des fantasmes confine à l’absurde, quand bien même elle aurait, dit-elle, « perdu une petite quinzaine de kilos » depuis ses débuts. Les diktats ont la vie dure. Aussi, Clémentine gère ses complexes de front à travers, entre autres, le tatouage.

Ça rentre dans la démarche d’acceptation de soi-même, et puis c’est un peu art, le tatouage, ça raconte beaucoup de choses. Ils ont tous à peu près la même signification : la revanche sur moi-même, sur la vie. Ma passion pour la vie, que j’avais perdue. Tout mon cheminement de vie, toutes les étapes difficiles que j’ai dû traverser. Et mon tout préféré, je dirais que c’est le tout premier, un portrait que j’ai sur la cuisse.

Petit à petit, tout prend sens dans la démarche de Petite Fée, la vocation prenant tranquillement le pas sur la thérapie.

« Je suis une psychologue, en quelque sorte, sauf que je travaille à poil… »

J’y ai pris goût avec le temps. Et maintenant, je sais que je veux faire ça, que c’est dans ce métier-là que je m’épanouis, tout simplement. Au début, c’était plus par besoin, et c’est devenu plutôt du plaisir, si on peut dire ça comme ça.

Non sans aléas, car il n’est pas forcément aisé, du point de vue relationnel, d’embrasser la carrière de modèle de charme, aka travailleuse du sexe.

Déjà, trouver quelqu’un avec le métier qu’on fait, ce n’est pas forcément très simple. Avoir des relations familiales et amicales, ce n’est pas non plus facile, parce que tout le monde ne l’accepte pas. J’ai dû faire énormément de tri dans ma vie. J’ai perdu beaucoup de monde, mais c’était pour la bonne cause. 

La bonne cause, en l’occurrence, c’est la proximité avec ses fans, un sacerdoce auquel elle s’astreint religieusement, « quitte à passer des heures ou des nuits entières à parler avec eux, pour les aider. » Car ses fidèles connaissent souvent des tourments bien plus profonds et intimes qu’une bête surcharge libidinale. Mère Teresa, vous dites ?

Ça peut être des problèmes sexuels, comme des problèmes d’érection dans un couple, des problèmes d’envie envers l’un ou l’autre. Il peut aussi y avoir un client qui a cassé sa voiture, qui vient d’avoir un accident, qui ne va pas bien et qui a besoin de parler. C’est tout bête, mais c’est surtout ça que je fais dans mon travail. Je suis une psychologue, en quelque sorte, sauf que je travaille à poil

À l’entendre, on comprend alors rapidement que les contingences du porno de studio lui paraissent lointaines, tant la relation avec les fans y est distendue. Non qu’elle n’ait été elle-même consommatrice, de lesbien « un peu BDSM, un peu trash quand même », pendant de longues années, mais l’indépendance, le fait de pouvoir choisir le quand, le où, le qui, achève de la convaincre à l’autonomie. Car l’auto-production, c’est aussi le luxe de choisir ses pratiques et ses partenaires.

« La fessée, c’est un kink ? »

Dans mes vidéos à moi, je ne fais pas du tout de BDSM. Ou alors vraiment très très doux. Je ne fais pas non plus d’uro ou de scat. Et je ne fais pas non plus d’anal.

Et avant que vous ne demandiez…

Ah, le plug ? Non, ça ne compte pas. Je ne fais pas de pénétration anale, mis à part de tout petits, tout petits trucs. On va dire que je débute tout juste dans l’anal. J’y vais en douceur, ma clientèle est habituée. Pour eux, c’est juste un plus, on va dire. Donc, j’y vais doucement.

Idem du côté des séquences en binôme, seulement avec parcimonie. Et bien que son chéri soit photographe à la ville, il n’intervient que de façon très limitée dans les affaires de la modèle, sinon dans le cadre d’une assistance ponctuelle : un petit coup de main pour une séance photos, voire un petit coup de rein pour une séquence porno, tout au plus. Les fans de la belle sont d’ailleurs particulièrement attentifs aux interférences de monsieur dans le travail de madame, par jalousie, un peu, par souci éthique, surtout, sensibilisés qu’ils sont aux conditions d’exercice de leurs favorites.

J’ai beaucoup de clients qui m’écrivent pour me demander : « Mais Clem’, tu es sûre que ton mec ne te fait pas de mal ? » Parce qu’effectivement, on parle de plus en plus de ça, aujourd’hui. Mais sinon, ils le prennent bien, en vrai. Bon, ils préfèrent quand je suis toute seule. Il y en a qui aiment un petit peu moins quand on le voit sur des vidéos ou des photos, ce qui reste quand même assez rare. Mais s’ils ne le tolèrent pas trop, ce n’est pas grave. Ils swipent et deux jours après, il n’y aura que moi.

Elle n’a, au demeurant, pas franchement besoin d’aide, tant ses images témoignent d’un sens aiguisé de la composition photographique. Nimbée des volutes d’une fumée de cigarette, perlée d’une pluie d’été, exhibée par l’envers d’un miroir, l’art pornographique de Petite Fée est empli de reflets, de textures et de reliefs défiant les platitudes organiques. La polyvalence de son profil Swame lui permet en outre de laisser libre cours à sa créativité, qu’il s’agisse de photos ou de vidéos, de séquences live ou de pastilles exclusives réservées uniquement à ses abonnés.

Il n’y a pas photo, c’est hyper-pratique. Tout est bien pensé. Ça fonctionne très bien. Qu’il y ait le moindre problème, et ils sont là direct, en fait. Contrairement à beaucoup d’autres plateformes, ils sont très réactifs. Ça ne peut que se passer comme sur des roulettes.

Ses talents de modèle, dont le regard clair, tantôt glacial, tantôt vulnérable, dispute le fantasme à ses lignes enjôleuses, complètent un tableau érotique qui ne laisse pas les fétichismes de côté.

Je pense que j’ai toujours eu une attirance pour les pieds féminins. J’imagine que c’est un kink, mais un peu refoulé. J’aime qu’on complimente mes pieds, me les faire masser, prendre mes petons en photo. J’adore ! C’est le fétichisme que je pratique le plus.

Et la fessée, c’est un kink ? Bah, la fessée, aussi, alors. Reçue clairement. Et plutôt forte, la grosse fessée, qui pourrait limite me faire saigner. Du coup, je t’ai juste donné « Petite Fée », comme pseudo, mais mon vrai pseudo, c’est « Une Petite Fée.C », le C pour Clémentine, mais quand tu le lis… Une petite fessée…

Au-delà de ses fantasmes personnels, la ravissante Clémentine trouve aussi l’inspiration parmi le flux d’image qui berce en permanence la génération 2.0, à l’instar du trend TikTok qui lui a soufflé sa dernière scène : une séquence de fellation hypnotique en ombre chinoise, sur fond de fractale multicolore. Mais loin de la débauche de FX, la profession est profondément marquée par un amour du DIY. Une vidéo Youtube psychédélique diffusée sur la télé grand écran, une caméra placée à contre-jour, un partenaire roide et coopératif (Qui ne le serait pas ?) et le tour est joué.

« Avoir de la créativité tout le temps, ça, c’est extrêmement dur ! »

Cette créativité bouillonnante, sans ciller, la Petite Fée l’emprunte à ses deux modèles : l’incontournable Mint Julep et l’irréductible Vera Flynn.

Des références, j’en ai une en particulier. Je pense qu’elle ne le sait pas. C’est Mint Julep. Elle m’a beaucoup inspirée. Je la suivais de très loin. Et quand je voyais ses lives… Waow ! Elle m’en mettait plein les yeux. C’est une nana qui se donne à fond dans tout ce qu’elle fait. Et c’est une grosse tête. Une grande figure du travail du sexe, des camgirls en tout cas. Elle est impressionnante. Toujours pleine de ressources, de créativité.

Puis il y a aussi Vera Flynn. Elle m’a beaucoup inspirée du fait qu’elle est une femme ronde qui s’assume à 1000 %. C’est impressionnant. Elle a une grande force. Elle est très militante aussi. Et elle se bat tous les jours pour qu’on ait des droits, qu’on soit vues, entendues. Elle aussi est super-impressionnante.

Et quand, en désespoir de cause, les muses ne chantent plus aux oreilles de Clem, c’est la nature qui prend le relai.

Quand l’inspiration n’est pas là, généralement, je pars en forêt. Je m’isole pendant 24, 48, des fois 72 heures, puis je réfléchis à ce qui m’entoure. Je me coupe de tout. Je reste juste dans ma petite bulle, toute seule, et je me remets en question. C’est un truc qu’on est nombreuses à faire. Je vis une remise en question perpétuelle, limite, tous les jours. Donc je lâche un peu la bride pour pouvoir me dire : « Ok, Clem. Tu as fait ci, tu as fait ça. Maintenant, qu’est-ce que tu fais ? » Et je prends des jours pour y réfléchir, en dehors de tous les réseaux. C’est la seule façon pour moi de me retrouver avec ce que j’aime faire dans mon travail, et non pas ce que les clients pourraient avoir envie de voir

Cette pression permanente, c’est le lot des travailleuses du sexe numériques, constamment tiraillées par le désir, le besoin de se renouveler, en plus de faire tourner une petite entreprise pas toujours facile à organiser. Aussi, ne lui dites pas que c’est un métier facile, qu’il suffit de montrer ses fesses.

La seule chose que je réponds, c’est de venir passer 24 heures sous mon toit, mon téléphone, mon pc en main, à faire mon travail. C’est tout. C’est un travail difficile ; on le dit toutes et on ne le répétera pas assez. Il y a tellement de choses derrière que le client ne voit pas. C’est vrai que si je me mets à la place d’un client. Je vais sur mon profil sur Swame, je défile et je me dis : « C’est simple ! Moi aussi, je le fais. » Mais quand on voit tout ce qu’il y a derrière, tous les ratés. Tout le temps qu’on prend à répondre aux clients, faire la comptabilité, gérer l’entreprise, c’est hyper-long. Puis surtout, avoir de la créativité tout le temps, ça, c’est extrêmement dur ! Parce que quand tu commences, tu te dis : « Une vidéo de fellation, je ne l’ai pas fait ? Je vais le faire. » Une fois qu’elle est faite, c’est réglé. Je ne veux pas faire 50 fois le même contenu, même si c’est 50 fois le même contenu dans une pièce différente. Je veux que mon contenu soit toujours nouveau, être toujours plus créative, que mon travail soit toujours plus qualitatif.

Au porno à la chaîne que déversent nombre de productions gonzo, à la facilité de la niche souvent exploitée jusqu’à la corde, la Petite Fée C. répond par le fait-main, un ouvrage remis sur le métier quotidiennement, accouchant de pièces uniques. Un artisanat, en quelque sorte ?

Complètement, artisanat du cul. C’est comme ça que je vais me désigner maintenant, grâce à toi. Je suis artisane du cul.

De là à encourager la vocation auprès des intriguées, des ambitieuses, des indécises, il n’y a qu’un pas que Clem’ hésite toutefois à franchir.

J’allais dire aux filles qui hésitent : « Allez-y ! » Mais, en ce moment, c’est une activité qui est très mal vue. Donc bon… Je ne sais pas trop. À toutes celles qui font ce travail-là : continuez ! C’est hyper-dur. On le sait toutes. On a toutes des passages à vide, des moments de doutes, des mois qui sont compliqués. Que ce soient les périodes hivernales ou d’été, on passe toutes par des étapes difficiles, mais on remonte. Donc il ne faut pas abandonner. Et à tous les clients : un like, un retweet, ça aide toujours. Pas besoin de sortir la carte bancaire et de casquer des mille et des cents. Il y a toujours des façons de nous aider. Et surtout, de nous respecter. 

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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