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Clitopatra : “Je veux saisir le plaisir de celles et ceux que je filme, de la façon la plus authentique possible”

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Depuis maintenant deux ans, la réalisatrice se taille une réputation sur mesure au carrefour du X feminin et du porno alternatif. À la faveur d’un regard tendre et charnel sur ses modèles, d’une esthétique glamour teintée d’inspirations picturales, d’un look « tailleur et coupe au carré » que ne renierait pas Anna Wintour et d’un nez à faire jaser Pascal, la grande Clitopatra s’impose aujourd’hui comme la nouvelle référence de la production indépendante de divertissement pour adultes en France. 

Affiche de Clitopatra en style vintage

Rencontre avec Clitopatra

Qui est Clitopatra ?

« Je voulais un nom qui me ressemble (Cléopâtre), et clairement lié à l’intimité et au féminin : “Clito”, tout est gardant un aspect pas trop sérieux. Je suis réalisatrice, photographe et artiste. Et je me lance petit à petit dans la production, et j’espère pouvoir en faire mon métier premier. Dans mon travail, j’accorde une très grande place à la bienveillance et à la compréhension humaine des gens avec qui je travaille, jusqu’aux gens qui vont regarder mon travail. » En témoigne la maîtrise manifeste de la lumière et du cadre dans ses œuvres, qui flattent la rétine autant que le bas-ventre, à 44 ans, Clitopatra n’a rien d’une novice en matière de composition graphique. Issue d’un cursus scientifique, elle bifurque très tôt vers des horizons bien plus propices à ses aspirations artistiques. « Professionnellement, je viens du monde du design et de l’art. J’ai fait quelques écoles, mais je suis rapidement partie travailler directement dans la mode grâce à une opportunité. Pour tout le reste, je suis autodidacte. Et étant entourée d’artistes, je suis bien épaulée. Ça fait plus de 20 ans que je suis designer de mode et d’intérieur, plus de 10 ans que je suis photographe. Je suis aussi consultante en branding et illustratrice à mes temps perdus, ce dont je ne dispose presque plus, hahaha ! »

Clitopatra en tailleur et coupe au carré

Une réalisatrice aux multiples casquettes

A la frontière entre X alternatif et mainstream

Avec une carrière toute tracée dans le domaine chic et feutré du dessin et de la couture, quelle drôle d’idée alors que de faire le pont avec l’univers, stigmatisé s’il en est, de la production pornographique.  “C’est un monde qui m’a toujours attirée (depuis l’âge adulte) et je pense que j’y ai pas mal de choses à raconter, aussi positives et légères, qu’éducatives. Je trouve le stigma extrêmement hypocrite : tout le monde a une sexualité. Une grande partie des gens consomme du porno. Celui-ci a un véritable impact sur une partie de la société, donc c’est bien de proposer du porno à l’influence positive. Je viens de l’époque où le porno ne pouvait pas se voir gratuitement (ce qui était beaucoup mieux, je pense). Donc je devais trouver quelqu’un avec un abonnement Canal + pour pouvoir en regarder. J’étais jeune et je n’arrivais pas à m’identifier à ce que je voyais. J’aurais aimé trouver des films qui me correspondent. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de choix. Et beaucoup trop de possibilités d’en voir gratuitement. Personnellement, je préfère le porno à la frontière entre le X dit alternatif, pour son approche humaine, et le mainstream. Certains aspects du « male gaze » me plaisent aussi, notamment lorsqu’il est conçu par une femme. Je suis beaucoup moins consommatrice maintenant que je travaille dedans en revanche, hahaha.”

Ses débuts dans la réalisation

Faute de trouver les films qui lui correspondent, Clitopatra s’est donc convaincue de les réaliser elle-même : Aya Benetti & Ruby Miller, Malia Lenoir & Ava Queen, Zadza & Alice Berry, ou encore Déjà Vu avec Venus Rey et Martin Grey. Ce faisant, elle fricote avec la fine fleur du charme indépendant, qu’elle met en scène dans des métrages à l’atmosphère sensuelle et onirique, célébrant la découverte mutuelle. Car avant tout, Clitopatra filme des rencontres, qui font la part belle aux initiations érotiques et au lâcher-prise. “Je ne filme pas mes fantasmes à moi, mais en fonction du plaisir des acteurs et des actrices. C’est ça que j’aime filmer : le moment où ils oublient que je suis là et s’abandonnent. L’instant où le plaisir devient réel. L’enjeu est de faire en sorte que tout le monde se sente bien. Je veux saisir le plaisir de celles et ceux que je filme, de la façon la plus authentique possible. Et j’y arrive souvent, même si pas tout le temps. C’est comme ça aussi dans la sexualité en général, ça n’est pas toujours parfait et c’est ce qui la rend si intéressante aussi.  J’y pose mon “œil d’artiste”, car j’aime la beauté visuelle. Quelle que soit la pratique, ce que je trouve réellement érotique, c’est cette beauté visuelle d’un acte instinctif, animal.”

Affiche d'un film érotique Déjà Vu

Une réalisation marquante

Saisir le plaisir

À travers un regard inclusif et féminin sur la sexualité et une approche naturaliste de ses aléas, ces “films à regarder avec son date”, comme Clitopatra se plaît à les décrire, mettent un point d’honneur à transcrire ces rencontres érotiques auprès des spectateurs et spectatrices. “La stimulation à travers un porn adapté aux deux personnes d’un couple peut être une bonne façon de sortir de ses habitudes, éventuellement d’être inspiré, parfois d’ouvrir des discussions, notamment autour des kinks et des fétichismes de chacun. Le préalable ESSENTIEL est avant tout une bonne communication entre partenaires, une vraie écoute, avec respect des limites de l’autre. Je pense de toutes façons qu’il ne faut pas partager n’importe quel type de pornographie. Elle a très longtemps été créée uniquement pour le regard d’une clientèle masculine. Pour être “couple friendly”, elle doit aujourd’hui répondre au regard féminin et sortir des dynamiques hétéronormées pour les autres types de couples. Il doit aussi être plus réaliste sur les actes, les réactions, les moments imparfaits, les orgasmes, ou bien la difficulté à en avoir. Dans ce cas-là, partager ses kinks via des films (positifs) sur ces pratiques (même hard core), peut être une bonne façon d’initier l’autre et de se faire comprendre, entre partenaires consentants, bien entendu.”

Affiche du film Chambre 203

Un film à couper le souffle

Une artiste qui a su s’inspirer des autres

À choisir, quitte à intégrer l’autre à son petit monde de fantasmes, préférer les belles images aux grosses performances. Et pour le coup, l’art de Clitopatra peut se prévaloir d’une culture esthétique foisonnante. Qu’il s’agisse de photographie, de peinture ou de musique, la créatrice irrigue son œuvre de références aussi pertinentes qu’éclectiques. “Les artistes qui m’inspirent sont très variés et touchent différentes parties de mes métiers créatifs. Chez les photographes, le premier depuis des décennies est Peter Lindberg. Ces portraits me touchent particulièrement, il arrivait à créer des liens humains avec ses modèles et à capturer de vraies expressions. Pour l’érotisme et la mode, il y a bien sûr Helmut Newton, dont j’adore le style, mais moins la face cachée un peu trop « objectivante » pour les femmes. J’aime beaucoup aussi l’univers décalé de Guy Bourdin, et les portraits modernes de Haris Nukem. En peinture et sculpture : Van Gogh me coupe le souffle, Camille Claudel, les coulisses des Danseuses de Degas, et les coulisses des maisons closes de Toulouse-Lautrec. Sur Instagram, je suis de plus petits artistes que j’aime beaucoup, comme Petite Luxures ; pas mal de photographes avec qui j’échange et dont le travail et la conversation m’inspirent énormément. Je peux aussi m’étendre sur les films qui me touchent dans leurs visuels (et leurs émotions) ou la musique, mais la liste deviendrait très longue.” D’ailleurs, même pour la musique, Clitopatra ne laisse rien au hasard, délégant le score à son ami Salvo Nucci “qui compose, joue les instruments et chante” ainsi qu’à Ave Prima pour les compositions numériques.

L'affiche du film Bliss avec deux femmes léchant une glace

Des inspirations que l’on retrouve dans les films de Clitopatra

En sélection officielle

Et l’avenir dans tout ça ? Dans un secteur bouleversé par l’économie des plateformes privées et les législations abolitionnistes, Clitopatra fait son petit bonhomme de chemin envers et contre tout. Sélectionnée pour deux films au Porn Film Festival de Berlin, et tout récemment adoubée par Erika Lust, la chantresse du porn feministe européen, elle tutoie déjà les hautes sphères, tout en travaillant à établir un business-model pérenne dans cette industrie. “Pour l’instant, je travaille à perte. Les plateformes comme OF ou Mym sont adaptées aux actrices.eurs, mais pas aux réalisatrices.eurs car les abonnés préfèrent voir les vidéos ou films sur les profils des modèles (ce que je comprends). Donc il me faut donc monter une production. Hélas, c’est un milieu bien plus petit qu’on ne le pense pour cette catégorie, et il est difficile de trouver des budgets ou des commandes. Je croise les doigts, et travaille ardemment pour y arriver cette année. Sinon je suis ravie de voir la gentillesse et le respect que je reçois sur les réseaux, en tout cas pour l’instant. J’ai participé à mon premier festival en 2025 à Berlin, avec 2 de mes films qui étaient en sélection officielle. Je ne cherche pas à gagner de prix donc je n’y pense pas. Mais ces événements sont intéressants pour rencontrer du monde du milieu et aussi très intéressants pour les conférences. J’aime particulièrement les événements où la bienveillance humaine se ressent.

Affiche du film Lux

La bienveillance est omniprésente dans « Lux »

Un avenir chargé

Je suis en train de monter les films que j’ai tournés en 2025, j’ai pris du retard. Je travaille seule pour tout le montage, donc c’est long. Je suis ravie de travailler avec deux super compositeurs pour la bande son de mes films, qui leur donnent une dimension bien plus intéressante. Et cette année, je veux continuer de créer des films et vidéos qui représentent encore plus de pratiques et d’orientations différentes. J’ai beaucoup de projets en tête, mais pas encore la capacité de tout faire, donc je vais devoir choisir. J’aimerais aussi continuer à proposer des événements artistiques, des projections, etc., ce que j’ai déjà entamé l’année dernière avec succès.”

Affiche du film Sweet Paradise

Le succès est au rendez-vous !

Pour conclure, si, forte de ses expériences, elle avait un conseil à donner à ses consœurs et confrères qui se filment à leur propre compte, ce serait le suivant : “Rien n’est plus important que la lumière. Donc s’il y a bien une chose qu’il faut apprendre, c’est comment la gérer et comprendre celle qui est flatteuse. Ensuite, faire attention aux angles de prise de vue, au naturel on n’y pense pas, mais pour un film, il faut se mettre en position pour que certaines choses soient visibles.”

Merci Clitopatra.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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