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Pornographie en ligne : l’Arcom passe à l’offensive contre 31 nouveaux sites
Le gendarme du numérique français hausse encore le ton. Le 29 juillet, l’Arcom a annoncé engager des mesures contre 31 sites pornographiques supplémentaires qui laissent entrer les mineurs sans le moindre garde-fou. L’autorité présente cette salve comme sa plus large intervention à ce jour dans le domaine de la protection de la jeunesse face à la pornographie sur internet.
Le motif est toujours le même : l’absence de dispositif fiable pour contrôler l’âge des internautes. Depuis janvier 2025, la loi française impose aux éditeurs de contenus pour adultes de vérifier que leurs visiteurs sont majeurs — y compris ceux qui ne créent pas de compte —, une exigence que renforcent la loi SREN de 2024 et le règlement européen sur les services numériques (le DSA). Les 31 services épinglés ne s’y plient toujours pas.
La plupart des grandes plateformes ont fini par rentrer dans le rang, parfois à reculons comme Xvideos, quand d’autres ont préféré fermer leurs pages françaises. Pornhub, par exemple, a d’abord tiré le rideau avant de revenir sous une forme expurgée de tout contenu sexuellement explicite. Mais dans le sillage de ces poids lourds, une multitude de nouveaux sites ont surgi sans se soucier de la règle, certains grimpant même en tête des moteurs de recherche. C’est cette nébuleuse que l’Arcom cherche aujourd’hui à rattraper.
Trois régimes de sanction pour un même objectif
Derrière ce chiffre de 31 se cachent en réalité trois situations distinctes, qui éclairent la mécanique employée par le régulateur.
Une première liste de treize sites — parmi lesquels youjizz.com, pornoplus.com, amateurporn.com ou hentaicity.com — va être purement et simplement coupée ou déréférencée. Fournisseurs d’accès à internet, opérateurs de résolution de noms de domaine et moteurs de recherche disposent de 48 heures pour appliquer la mesure. Ces plateformes n’avaient pas répondu, ou pas de manière satisfaisante, à un premier courrier leur réclamant la mise en place d’une vérification d’âge.
Treize autres services échappent à la juridiction directe de l’Arcom, faute d’être exploités depuis le territoire national. C’est le cas de balancetanude.fr, lebon.porn, tube8 ou xhlive.net. Pour ceux-là, l’autorité mise sur la solidarité entre régulateurs européens : elle a écrit à ses homologues du continent pour qu’ils déclenchent à leur tour blocages ou mesures de contrainte.
Enfin, cinq sites — dont borntobefuck, pornoone.com et xfrenchies, ce dernier étant installé en France — viennent de recevoir une « lettre d’observation ». Il s’agit de la première marche d’une procédure contradictoire, qui ouvre le dialogue avant toute sanction. Les intéressés ont quinze jours pour justifier l’absence de vérification d’âge. À défaut, ils s’exposent à une mise en demeure, puis à un blocage.
Un an et demi de pression qui commence à payer
Cette nouvelle offensive s’inscrit dans le prolongement d’une campagne lancée en février 2025. Depuis, 35 des sites les plus fréquentés par les mineurs en France ont soit adopté une solution de contrôle de l’âge, soit renoncé à diffuser du contenu pornographique dans l’Hexagone, soit été bloqués sur demande de l’Arcom.
Les effets se lisent dans les chiffres. D’après les données d’audience de Médiamétrie Netratings, le temps passé par les mineurs sur ce type de sites a reculé de près d’un tiers par rapport au niveau observé avant l’intervention du régulateur. Une trajectoire que l’autorité assume pleinement. « Entre le risque de contrarier un public adulte et celui d’assurer la protection des mineurs, notre choix est clair », résumait au printemps Pauline Combredet-Blassel, directrice adjointe de l’Arcom.
Pour bâtir ses listes, l’Arcom explique s’appuyer sur plusieurs canaux : le travail de ses propres agents, la coordination avec les autres autorités européennes et les signalements, notamment ceux d’associations engagées dans la protection des mineurs en ligne.
L’échelon européen comme prochaine bataille
Le régulateur ne se fait toutefois pas d’illusions : la partie est loin d’être gagnée. Il suffit de s’aventurer sur des plateformes plus confidentielles que les 35 déjà régularisées pour constater que la mise en conformité reste très inégale. Plusieurs des services visés font par ailleurs l’objet, en tant que très grandes plateformes en ligne, d’une enquête ouverte par la Commission européenne afin de protéger les mineurs dans l’ensemble de l’Union.
L’enjeu, désormais, est d’éviter un simple déplacement du trafic vers des sites échappant aux premières mesures. C’est pourquoi l’Arcom annonce vouloir poursuivre son travail sur le sol national tout en réclamant une action bien plus vigoureuse à l’échelle européenne. Adopté en 2024 pour sécuriser et réguler l’espace numérique, le cadre de la loi SREN lui donne les moyens d’exiger des comptes ; reste à faire en sorte que ces règles ne s’arrêtent pas aux frontières françaises.
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