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Cicciolina : sulfureuse icône des seventies

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Une blondeur aux reflets « tchernobyliens », une plastique généreuse et une désinhibition naturelle assumée jusqu’à la provocation : Ilona Staller avait tous les atouts en main pour réussir une carrière dans une industrie pour adultes alors en pleine explosion. À l’heure où la génération OnlyFans cherche ses pionnières, son parcours mérite d’être relu avec un regard neuf.

 

Malgré un pseudonyme à consonance résolument italienne, Ilona Staller voit le jour le 26 novembre 1951 à Budapest. Elle entame sa carrière dans le monde de la mode au cours des années soixante avant de quitter la Hongrie pour l’Italie, à la faveur d’un mariage. C’est là qu’elle fait la connaissance de Riccardo Schicchi, célèbre photographe et figure incontournable du milieu du spectacle transalpin. Celui-ci prend en main sa carrière, lui ouvre les portes de la radio et lui confie l’une des émissions les plus audacieuses de l’époque : « Voulez-vous coucher avec moi ? » sur Radio Luna, où elle aborde pour la première fois en Italie la question de la sexualité en dehors de tout cadre médical ou moralisateur. Un acte fondateur, dans un pays encore corseté par des décennies de conservatisme.

Dès 1973, son pygmalion lui fait adopter le pseudonyme de Cicciolina et lui conseille de se lancer dans une carrière d’actrice au sein du cinéma pour adultes. En très peu de temps, la jeune blonde se fait remarquer par une présence physique et une énergie à l’écran qui en feront fantasmer bien au-delà des frontières italiennes.

Une carrière fulgurante, une notoriété planétaire

En quelques années à peine, et une petite dizaine de films seulement, parmi lesquels Porno Poker (1984), Cicciolina Number One (1986) ou encore Rise of the Roman Empress (1987), elle s’impose comme l’une des grandes figures du cinéma pour adultes mondial, dotée d’une notoriété comparable à celle de son compatriote Rocco Siffredi. Ce qui la distingue de la plupart de ses contemporaines, c’est une capacité rare à occuper simultanément plusieurs espaces culturels : la scène, la chanson, avec trois albums à son actif (Ilona Staller en 1979, Muscolo Rosso en 1987 et un retour éponyme en 2000), et surtout, la politique.

De l’écran au Parlement

Car c’est sans doute dans sa trajectoire politique que réside l’un des chapitres les plus fascinants et les plus méconnus de la vie de Cicciolina. Engagée dès le milieu des années quatre-vingt, elle parvient à faire son entrée au Parlement italien en tant que députée, exploitant sa notoriété pour défendre des causes alors marginales : l’écologie, la lutte contre le nucléaire, la prévention du VIH, l’éducation sexuelle auprès des adolescents. Dans une Italie ultra-conservatrice, ses interventions à la tribune et ses apparitions dans des émissions grand public où elle assume pleinement son image lui valent plusieurs procès et condamnations pour outrage à la pudeur. Elle n’en continue pas moins, avec une constance qui force le respect rétrospectif.

Son geste le plus spectaculaire reste sans doute sa proposition publique adressée à Saddam Hussein, au moment de la Guerre du Golfe : elle offrait de s’unir à lui en échange de la paix. Un happening politique aussi absurde qu’audacieux, qui fit le tour du monde et illustra mieux que n’importe quel discours sa conception du corps comme outil de résistance et de négociation.

Quand Cicciolina attaque Google

Son nom revient également dans les annales judiciaires du numérique pour une affaire qui, à bien des égards, préfigure les batailles juridiques que livrent aujourd’hui d’innombrables créatrices de contenu pour adultes contre les géants du web. Ilona Staller a en effet poursuivi Google en justice en Italie, reprochant au moteur de recherche d’associer automatiquement son nom à des images explicites issues de sa carrière d’actrice, sans son consentement et sans possibilité de contrôle de sa part. Un tribunal italien lui a donné raison, reconnaissant que le droit à l’image primait sur la logique algorithmique de l’indexation automatique, et condamnant Google à des dommages et intérêts. L’affaire, qui a fait peu de bruit à l’époque, résonne aujourd’hui d’une actualité saisissante. Elle posait en effet, bien avant que le débat ne devienne grand public, la question centrale du droit à la maîtrise de son image numérique pour les performeuses du cinéma pour adultes, un droit que des plateformes comme Google, Meta ou X continuent de traiter avec une désinvolture que les législateurs européens s’efforcent, depuis le RGPD, de corriger. Cicciolina, une fois encore, avait une longueur d’avance.

  

Après sa retraite du cinéma pour adultes en 1989, Cicciolina continue d’occuper l’espace public à sa manière, participant à des émissions de téléréalité au Royaume-Uni et en Argentine, et se présentant sans succès aux élections municipales de Monza en 2011, puis de Rome en 2013, à la tête du DNA, le parti politique qu’elle avait elle-même fondé, acronyme de Démocratie, Nature, Amour. Sa vie personnelle aura également retenu l’attention : son mariage avec le sculpteur américain Jeff Koons, dont l’œuvre a depuis atteint des sommets vertigineux sur le marché de l’art contemporain, lui a donné un fils prénommé Ludwig. Elle est en couple depuis 2008 avec l’avocat italien Luca di Carlo.

En 2026, l’héritage de Cicciolina mérite d’être regardé sans condescendance. À l’heure où la génération des créatrices de contenu pour adultes revendique son autonomie et sa liberté d’expression face aux plateformes et aux législateurs, la trajectoire d’Ilona Staller apparaît comme un précédent remarquable : une femme qui a utilisé sa sexualité assumée non comme une limite mais comme un tremplin, vers la notoriété, vers l’art, vers la politique. Pionnière méconnue des débats qui agitent aujourd’hui toute l’industrie, elle incarne à sa manière la démonstration que l’émancipation par le corps a une longue et complexe histoire, bien antérieure à l’avènement des réseaux sociaux.

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