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Les minets gays : l’obsession du porno français

Thomas Fap

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Lisses, gueules d’amour, corps secs et imberbes. Des airs innocents qui s’estompent alors qu’à l’écran le vice se propage, excitant par la même occasion le spectateur. Les minets gays ne sont pas une mode, constituent bien plus qu’un fétiche. Ils font et sont le porno gay, en particulier en France. Si l’on devait se risquer à quelques spéculations, on oserait dire qu’à eux seuls ils représentent 70 % de la production X homo nationale. Indispensables et indémodables, pourquoi les « twinks » obsèdent-ils tant et comment ont-ils évolué ? Exploration en 4 labels phares du fantasme du minet made in France.

Le culte Cadinot : au cœur du fantasme

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Impossible quand on associe porno gay français et minets de ne pas citer le label Cadinot. En plus d’avoir été parmi les premiers pornographes français populaires, Jean-Daniel Cadinot a laissé derrière lui une filmographie extrêmement dense,  tour à tour photographie de la sexualité gay des années 1980 et 1990 ou fantasme total et délicieusement subversif. Ses VHS se vendaient à prix d’or, ses DVD continuent de circuler dans les boutiques en ligne et sex-shops gays du monde entier, on projette ses films sur grand écran dans des festivals LGBT, pour le fun ou en les intellectualisant. Un héritage porno énorme qui a posé les bases du fantasme minet.

Le garçon type Cadinot est toujours mince et imberbe, souvent de petite taille. Il est parfois provincial, parfois parisien, généralement issu d’une famille aisée. Il peut être timide et vulnérable ou étonnamment pervers. La grande majorité des œuvres du label misent sur la transgression. Comme c’était également le cas aux Etats-Unis dans les années 1980, on joue sur l’apparence très jeune des modèles, qui sont majeurs mais font moins que leur âge, on les fait passer pour des adolescents qui se font brutalement initier par des hommes plus matures ou des camarades vicieux de leur âge, on les met en scène dans des situations qui flirtent de façon décomplexée avec l’inceste. Le premier film Cadinot s’appelle Tendres adolescents et on trouve dans sa filmo tout un tas de projets aux titres évocateurs : Âge tendre, Classe de neige, Gamins de Paris

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Les situations font la part belle à des dépucelages sauvages, des initiations, des détournements. Le basculement est primordial dans ce porno scénarisé. Et les jeunes garçons sages en apparence de se retrouver pervertis par des bad boys, des professeurs, des curés, des militaires et tout un tas de variantes et caricatures de l’autorité, du monde adulte. Le minet gay c’est la perte de l’innocence, la découverte excitante de l’univers du sexe, bestial et addictif. La pudeur s’envole et laisse place à la gourmandise. Initiateur et initié, dominant et dominé, maître et disciple : le rapport de force hante et le rituel de passage est omniprésent. Émanent de la pellicule un parfum de jeunesse éternelle, un goût de première fois. A travers le porno on peut alors revivre ses premiers émois, avoir l’illusion de ressentir à nouveau l’ivresse de la découverte, la peur, la douleur et le plaisir des tous premiers rapports. Des rapports qui peuvent être joueurs ou contraints, les scènes d’abus,  d’agressions, ne manquant pas.

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Si Cadinot a tant marqué, c’est non seulement pour sa liberté de ton, sa folie, que pour sa perversité qui aujourd’hui encore fait des ravages. Jean-Daniel Cadinot savait mieux que personne jouer de l’érotisme, faire monter la tension. Ses « garçons » avaient ce je-ne-sais-quoi de terriblement naturel, d’authentique, qui permettaient aux scènes de sexe de sonner toujours justes, d’être profondément hot malgré des situations souvent improbables ou loufoques. Comme l’impression de violer l’intimité de son petit voisin à peine majeur. S’il est la référence en terme de minets gays, c’est aussi parce que le studio en a exploré presque toutes les facettes. Des camarades qui s’initient entre eux, des introvertis désinhibés par des mâles puissants, sauvages ou expérimentés, des petits bourgeois cathos qui fuient leur famille pour goûter aux bas-fonds, au danger, au plaisir. Expert du contraste, Cadinot se plaisait aussi à jeter ses minous dans les bras d’étrangers sexy. En opposition à l’air angélique et la candeur des petits français, le mystère, la sensualité et la bestialité fantasmée de beaux mecs africains, marocains, tunisiens, aux sexes énormes et à l’attitude délicieusement « hétéro », virile. Le minet a cette force qu’il se marie bien avec tous les types de partenaires, peu importe l’origine, le statut ou l’âge. Un fantasme malléable, laissant le champ libre à tout un tas d’histoires.

Crunchboy : au plus près du réel ?

 

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A la VHS succède le DVD puis Internet. Cadinot voit la fin de son âge d’or et d’autres labels prennent petit à petit la relève.  En plein dans « la révolution porno Internet », Crunchboy a joué à fond la carte de la multiplicité. Production de scènes à la chaine, à un rythme ahurissant, amateurisme assumé et revendiqué. Son réalisateur, Jess Royan,  n’est pas là pour faire du cinéma. Il tranche avec l’esprit Cadinot et trace sa route avec sa petite caméra. Ce qui semble l’obséder, c’est la rencontre. Presque toutes les vidéos disposent d’introductions où les modèles se présentent en essayant d’être le plus « vrai » possible. Sous influence reportage / télé-réalité, Crunchboy filme des plans culs « comme en vrai », proposant ainsi une alternative un brin plus léchée à ce que l’on peut trouver sur les tubes.

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Jess Royan saisit mine de rien l’air du temps, dresse tout un tas de portraits, très différents. Crunchboy s’éloigne du fantasme, de la figure de minet mis sur un piédestal. Ici les garçons sont pour la plupart ordinaires, semblent savoir ce qu’ils font, se revendiquent comme des accros du sexe, sont surexcités à l’idée de forniquer devant une caméra. Certains sont attachants et plutôt malins, d’autres complètement idiots. La caméra saisit leur jeunesse, de façon brute, et Jess Royan favorise l’immersion. Lui-même ancien modèle, il se met volontiers en scène, fait des commentaires pendant que les petits mâles s’enfilent. Et Crunchboy de jouer du fantasme du voyeurisme et nous proposer d’épier la sexualité des garçons ayant la petite vingtaine.

Menoboy : minets intemporels et d’aujourd’hui

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Amateur à ses débuts,  Menoboy a pour sa part progressivement essayé de se rapprocher d’un porno plus esthétique à la Cadinot. Ludovic Peltier, le boss du label, est incontestablement le plus digne héritier de « JDC ». Réalisation de qualité, belles images, casting au top : à travers ces productions, le minet retrouve son caractère sacré. Le réalisateur sait trouver des garçons qui ont de la gueule, qui ont ce truc rare qui donne l’impression qu’ils sont à la fois accessibles et relèvent du pur fantasme. S’il a été l’un des premiers à lancer des télé-réalités pornos (La maison des ptites frappes, Zhoom, Vis ma coloc), Peltier est aussi le dernier a avoir pris d’énormes risques en mettant en chantier des productions onéreuses n’ayant rien à envier aux géants américains (Incarcération, Indic, Les grimpeurs).

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On peut dire que le label a un fonctionnement à trois vitesses. A travers les programmes real tv, il capte les échanges des jeunes gays lubriques d’aujourd’hui qui finissent tous par se sauter dessus en huis clos. Un portrait hot et sans fard d’une génération désinhibée. A travers ses films « classiques », il recycle les bonnes recettes Cadinot (titres de films dans le même ton, le long-métrage Le riad qui fait penser aux échappées orientales de JDC, goût de l’uniforme avec des films de pompiers, de docteurs, d’étudiants ou de taulards…). Et à travers les superproductions une échappée porno loin du réel, léchée, avec des garçons sublimés. Menoboy semble ainsi, à l’instar de Cadinot, absorbé par l’érotisme et le mystère du minet, sa pluralité. Un retour au caractère intemporel de la jeunesse tout en essayant de rester en phase avec l’air du temps.

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Frenchtwinks : gare aux minets 2.0 !

Bienvenue dans les années 2010, là où les ventes de DVD sont devenues dérisoires, où la scène à l’unité s’est imposée comme le standard et où les web séries remplacent les films. L’ambitieux label Frenchtwinks marque une rupture nette dans le porno gay français en s’alignant directement sur les Etats-Unis. Son créateur, Antoine Lebel, a parfaitement assimilé les codes de l’industrie. Mot d’ordre : être efficace et faire le buzz. Les minets reviennent à la case fétiche, se métamorphosent en une toile blanche sur laquelle projeter tout un tas de mots clés.

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Redoutable communicant, Antoine Lebel ne se contente pas de filmer les petits jeunes d’aujourd’hui : il s’imprègne de leurs codes. Présence solide sur les réseaux sociaux, tournages de films retransmis en direct sur le net, photos promotionnelles soft léchées pour flirter avec le mainstream, une façon intelligente de se placer dans les médias. Réalisateur mais aussi et surtout entrepreneur, Lebel profite des failles en matière de communication de la concurrence pour grandir de jour en jour. Son site est pro, avec des textes explicites et soignés, des bandes-annonces et photos haute-définition en libre accès, un système d’affiliation avantageux. La France n’est visiblement qu’une étape : comme le titre du label l’indique, Frenchtwinks capitalise sur le fantasme du minet français pour faire bander les étrangers et en particulier les américains.

Le minet est désormais devenu un produit et force est de constater que tout cela est bien en phase avec une époque où chacun s’objetise, se vend à coups de tags et de photos filtrées sur les applis de drague. Le minet gay Frenchtwinks affiche une sexualité débridée, exhib et un rêve de notoriété. La production s’est notamment fait connaître via une télé-réalité porno intitulée « Apprentis Pornstars ». L’innocence des boys de Cadinot est bien loin : place aux minous lopes revendiquées qui cherchent leur quart d’heure de gloire warholien.

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Outre le fait qu’elle renvoie à un désir perpétuel de fraîcheur, à la recherche d’une innocence perdue et à la nostalgie des premiers ébats, la figure du minet dans le porno gay français a permis de suivre l’évolution d’un pan de la sexualité gay. Hier Cadinot excitait en montrant des garçons au cœur de rapports souvent clandestins, d’initiations secrètes et de situations subversives, aujourd’hui les minets s’exposent en mode pornstars, s’exhibent et se consomment de façon libre, désinhibée et frénétique. Alors, est-ce que c’était mieux avant ?

Thomas s'abreuve de porno depuis ses 15 ans. Après les premiers émois des VHS hétéros, il développe une passion débordante pour le x gay alors qu'Internet fait son apparition. Pornophage et curieux, tous les genres et fétiches attisent sa curiosité. Il partage ses fantasmes et addictions sur son propre blog, Gaypornocreme, et régulièrement pour le magazine gay Qweek.

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