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Hétéros à négocier : être «straight» et faire du porno gay

Thomas Fap

Publié

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Johnny Rapid, l’un des modèles les plus connus du porno gay, s’est fait gangbanger des dizaines de fois devant des caméras… ce qui ne l’empêche pas de crier haut et fort qu’il est hétéro. Ce genre de situation pouvait encore faire bondir les gays il y a 10 ans mais aujourd’hui, ça ne choque plus personne à part quelques mauvaises langues qui raillent encore et toujours ceux qu’on a surnommé les « gay for pay ». Les hétéros qui font du porno gay sont devenus tellement nombreux qu’ils n’ont presque plus rien d’exceptionnel…

Cet éternel fantasme de l’hétéro

La particularité des « gay for pay », c’est qu’ils ne se cachent pas. Au contraire, ils n’ont de cesse de répéter dans leurs interviews ou sur les réseaux sociaux que le sexe entre mecs, pour eux, ce n’est que devant la caméra. Ils sont des bêtes de sexe qui bandent sur commande (ou grâce au Viagra ou aux injections) et un trou est un trou ! Ils pourraient avoir honte de « tricher », de faire fantasmer le public avec des pratiques qui ne les excitent pas. Cela pourrait même nuire à leur scène s’ils ne savaient pas si bien simuler. Mais non : ils assument et ils font bien, car dans le fond un hétéro qui couche avec un autre mec, c’est toujours plus excitant que 2 gays ensemble.

johnny rapid

Ce n’est une nouveauté pour personne : beaucoup de gays fantasment et continuent à fantasmer sur la figure de l’hétéro. « Détourner » un mec straight, c’est trop bandant ! Et si Johnny Rapid est un cas particulier car ce sont surtout ses scènes en tant que passif qui l’ont fait connaitre, une superstar comme le viril et très actif Paddy O’Brian représente bien ce stéréotype du mâle qui aime la chatte, mais qui pour une belle somme devient un super étalon viril qui chevauche des passifs. Le rapport de force, presque depuis toujours au cœur des fantasmes homos, est d’autant plus stimulant quand ce sont un hétéro et un gay qui bataillent à grands coups de rein.

Pourquoi quand on est un modèle hétéro on décide d’aller dans le porno gay ? Car il est plus facile de s’y distinguer. A l’heure où il est de plus en plus difficile de devenir une porn star, de tourner beaucoup et d’avoir de bons cachets, le porno gay apparait comme un business toujours plus juteux. Dans le X hétéro, un mec ne sera qu’une bite, qu’une vague figure dans laquelle le consommateur se devra de s’imaginer ou de se fantasmer. Les mecs qui se branlent sur ses scènes n’iront jamais le suivre sur Twitter (à moins de s’appeler James Deen et de savoir jouer au bon copain avec son public), ils préfèreront follower les actrices. Dans le porno gay, même si on est hétéro, on peut se créer un personnage, avoir rapidement des fans (et on connait le grand besoin de reconnaissance de beaucoup d’acteurs pornos), être en première ligne, se distinguer. Quand on n’a pas de notoriété, il est plus facile de s’y faire un nom et de gagner rapidement de l’argent.

Le grand détournement

bait bus

Si dans les productions mainstream les Paddy O’ Brian et autres Johnny Rapid se mélangent aux autres, dans le porn amateur, l’hétéro anonyme qui succombe une seule fois a la cote. Au point que cela suffise à faire le concept de tout un label. C’est le cas par exemple de « marques » comme Bait Bus où des hétéros beaufs acceptent de se faire bander les yeux et sucer par une fille avant que cette dernière ne s’éclipse pour être remplacée par un mec. Quand l’hétéro gémit, ôte son bandeau et découvre que la super pipe qu’il vient de se faire tailler a été réalisée par un mec, il exprime au mieux de la surprise, au pire du dégoût. La suite est toujours la même (car on se doute bien que ces mâles anonymes ne sont pas si hétéros que ça au fond) : le macho man finit par se laisser tenter et réalise sa première expérience gay. Il y a là-dedans un doux parfum de perversion, le plaisir de détourner l’hétéro de son chemin tout tracé pour l’amener à baiser comme une bête dans un van.

Si ce type de vidéo a tant cartonné et continue de faire recette, c’est sans doute parce qu’elles ont le goût du one shot, du secret. C’est un piège, un moment d’égarement durant lequel l’hétéro se perd, se lâche et jouit coupablement sur des passifs gays ravis d’être parvenus à le convertir. C’est quelque chose qui n’arriverait jamais dans la réalité et ça fait tout le sel de la fiction.

Fantasmes et bad boys

citebeur

Autre cas de figure : Citebeur. Au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, on fantasme sur les turcs ou les latinos. Chez nous, c’est les rebeus. Ils représentent le fantasme de « la racaille », du mec de cité qui fait un peu peur et excite en même temps. Ils ont un goût d’inconnu, une démarche de bad boy, une attitude d’hétéro macho. Certains baisseraient la tête en les croisant dans la rue et beaucoup n’attendent que de rentrer chez eux pour s’astiquer en les imaginant dominateurs, bestiaux. Citebeur recycle à merveille et non sans humour la caricature du jeune arabe glandeur et dominant. Soudain, les caves et sous-sols de quartiers chauds se transforment en temple de la baise pour des plans furieux. Face aux rebeus machos et bourrins, majoritairement des jeunes gays, un peu féminins en général, ou très, très passifs. Le public de Citebeur se projette, s’imagine « abusé des trous » par un lascar. Outre « l’exotisme » qu’apportent avec eux ces beaux gars, le studio joue habilement sur le climat de tension sociale. A visage découvert ou cagoulé, les actifs rebeus hétéros représentent une menace ultra bandante. Les textes des vidéos jouent sur l’opposition, la thématique de l’abus. L’hétéro est toujours actif, un héros, une mitraillette et le passif une petite chienne fragile qui ne demande au fond qu’à se faire prendre en main et casser en deux en couinant. Dans la vie il y a des contrastes, dans le porno les caricatures sont à leur place et ça rassure et excite.

Le prix à payer

CzechHunter

Il n’y a pas que le porn hétéro qui use et abuse des charmes de l’Est. Preuve en est le redoutable label Czech Hunter et son concept vicieux à souhait. Un réalisateur pervers accoste dans la rue un garçon, en général jeune, mignon et hétéro. Ils parlent, le réalisateur, gay, se met à proposer de l’argent pour se faire sucer et filmer. L’hétéro hésite mais alors que les billets s’allongent il renonce à ses principes, à ses idées dérisoires de virilité ou d’identité sexuelle et se retrouve à genoux à faire une gâterie pour de la thune. En visionnant ça on a l’impression de voir des jeunes paumés qui se laissent embobiner, qui abandonnent leur fierté, se laissent marchander comme un bout de viande, se soumettent pour de l’argent. Un pacte avec le diable transgressif, humiliant et qui ne manque pas de faire triquer. Le délire s’arrête rarement à une pipe : l’homme gay allonge des sommes toujours plus grandes pour pousser sa cible à aller plus loin. Ca se termine la plupart du temps par une sodo sans capote. Pourquoi les gays bandent-ils si fort face à un hétéro quasi contraint d’avaler de la tige avec une mine un poil dégoûtée ? Est-ce là simplement de la perversion ou bien une sorte de sadisme, un plaisir à « prendre le pouvoir » sur la figure hétéro qui peut constituer la norme, qui impose souvent ses codes et qui d’un coup se retrouve renverser ? Du fantasme de l’hétéro qui domine les gays on est passé à celui qui se fait dominer, contraindre.

Un genre en soi ?

el paso wrecking corpOserait-on dire que les « gay for pay » constituent une mode ? Ce serait faux : le terme est présent partout depuis déjà une décennie et ce n’est pas fini. Ce n’est d’ailleurs dans le fond pas une mode : déjà dès les premiers pornos gays « mainstream » dans les années 1970, l’hétéro était partie intégrante des productions. On pense aux routiers libérés de Joe Gage dans sa trilogie culte (si vous n’avez jamais vu El Paso Wrecking Corp on ne saurait trop vous conseiller de vous y plonger !), à tous ces films tournés dans des toilettes publiques, dans des prisons ou des camps militaires. C’est comme si depuis toujours le gay qui se caresse avait eu envie de jouer avec ses potes hétéros. A coup sûr, on n’a pas fini d’en entendre parler, d’en voir et d’en prendre…

Thomas s'abreuve de porno depuis ses 15 ans. Après les premiers émois des VHS hétéros, il développe une passion débordante pour le x gay alors qu'Internet fait son apparition. Pornophage et curieux, tous les genres et fétiches attisent sa curiosité. Il partage ses fantasmes et addictions sur son propre blog, Gaypornocreme, et régulièrement pour le magazine gay Qweek.

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