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DIRTY TALK GAY : « T’aimes ça, hein ? »

Thomas Fap

Publié

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Se parler pendant le sexe, tout le monde y a un jour pensé ou a essayé. Le porno a-t-il une influence sur notre façon de nous exprimer au lit ? Les gays osent-ils plus se lâcher dans ce domaine que les hétéros ? C’est le moment de discuter…

Entre mecs, on se lâche VRAIMENT

Se chauffer avec les mots pendant qu’on se touche ou fusionne, on appelle tout bêtement ça le « dirty talk » (traduction « parler sale »). Pour les hétéros, c’est souvent un véritable dilemme : les mecs ont envie de le faire mais ils redoutent la réaction de leur copine ou inversement. Il y a encore entre les garçons et les filles une certaine pudeur, une crainte de choquer. Entre mâles, on ose être plus direct. Peut-être trop d’ailleurs. Quand on voit qu’en moins de 2 minutes sur les applis certains profils envoient une photo de leur bite, on se dit franchement qu’il y a un véritable monde entre Grindr et Tinder. Alors quand vient le moment de se parler cru, on ne passe pas par 4 chemins.

dirtytalk2Des rôles sexuels très assumés

Le porno n’y est sans doute pas étranger : en tant que gay, on a plus facilement tendance à se fondre dans un rôle. Celui de l’actif dominateur ou de la lope soumise. Dès lors, le fait d’agrémenter les ébats de commentaires et autres insultes se fait quasi naturellement. Pas besoin de prendre de gants avec le profil « grosse lope du 75 » : on se doute que si on le traite de « bâtard » ou de « salope », il va aimer ça et en redemander. Inversement, on peut mettre notre main à couper que « Bourrin domi now » ne sera pas mal à l’aise si on lui balance quand on le voit « démonte-moi ».

Loin de la pression sociale et des pseudos codes de virilité, en tant qu’homo on assume davantage notre part masculine et féminine, le fait de pouvoir prendre et être pris, d’être un étalon ou une proie docile.

Il avait les mots

David, 24 ans, est particulièrement friand de ce qu’il appelle des « plans bavards ». Il nous explique : « Le dirty talk n’est pas vraiment une pratique sexuelle en soi. C’est un plus qui fait toute la différence et qui s’ajoute au reste ». Comment savoir alors que l’on pourra se lâcher côté parole avec son partenaire ? David a sa méthode : « Quand tu échanges avec un plan cul potentiel, il y a toujours ce moment où l’on te demande si tu as des trips particuliers. Moi je saute sur l’occasion pour préciser que j’aime bien parler pendant, que je suis très excité par les insultes ». Pour ce jeune gay vivant à Toulouse, le dirty talk est même quasiment devenu une obligation : « Un mec qui reste silencieux, ça me bloque complètement ! J’ai besoin de sentir que mon partenaire est à fond, quitte à ce qu’il en fasse un peu trop. C’est fou comme le fait d’ajouter des mots peut décupler l’excitation. Il y a là-dedans un plaisir cérébral ».

dirtytalk3Plan cérébral

Il n’est en effet pas rare de voir des profils de mecs disant affectionner les « plans cérébraux ». Ces derniers font la part belle aux échanges verbeux pendant l’acte mais pas que. Ce sont des sortes de plans scénarisés, des mises en situation. Dans 90 % des cas, il s’agit de plans tournant autour de la domination-soumission.

Raphaël, la trentaine, est un adepte de ce type de plans : « Le plaisir cérébral, c’est lié pour moi, qui suis soumis, à l’obéissance. Je peux passer des heures à sucer un mec ou à lui lécher les pieds en étant guidé par sa voix. C’est comme si je devenais une machine que l’on commande avec des indications. Certains mecs n’ont même pas besoin de sexe, juste sentir qu’un mec leur tient tête en leur donnant des ordres constitue un plaisir érotique suffisant. C’est pour ça qu’on parle de plan cérébral : même pas besoin de jouir, c’est une expérience à part où les mots et les attitudes remplacent les gestes et les rapports sexuels classiques ».

 » T’es vraiment une bonne petite pute, toi !  »

On ne vous apprendra rien en vous disant que, forcément, le porn joue au moins un petit rôle dans notre goût pour le sexe verbal. David admet : « Plus un mec me parle comme dans un porno, plus ça me chauffe ! Quand tu regardes un film de cul, forcément ils en font des caisses pour que tu ne t’ennuies pas. Et pourquoi ce ne serait pas la même chose en vrai ? Moi j’ai pas honte de dire que j’aime qu’on me traite de pute, de chienne, de salope. C’est une mise en situation, une façon de se donner, c’est ludique. Un mec peut te défoncer et te traiter de tous les noms, ça n’empêchera pas qu’après avoir joui il sera cool et respectueux. C’est juste que sur le moment, quand on te soumet, te rabaisse, tu t’oublies vraiment. C’est super bestial et bandant. »

David s’amuse par ailleurs de l’utilisation souvent féminine des insultes : « Ca joue avec le traumatisme d’homophobie. A ce moment où on te traitait de fillette ou de tapette, en mode péjoratif. On culpabilise souvent les gays en leur disant qu’ils sont des femmelettes. C’est super macho, misogyne. Quitte à choquer, je trouve que cette façon de féminiser décuple la sensation d’excitation et d’humiliation. Moi je ne prends pas ça au premier degré. C’est un jeu. Ca me plait d’avoir un mec ultra actif et qui me renvoie à ce fantasme de la brute hétéro beauf. Je me laisse avec plaisir désigner comme une chienne ou une grosse pute. Il y a un caractère violent, c’est une forme de masochisme de ma part peut-être. Sauf que les mots ne blessent pas, c’est une façon paradoxalement douce de goûter à la soumission ».

Raphaël reconnaît être très influencé par les vidéos pornos en terme de dirty talk « Je regarde beaucoup de porno et ça m’amuse de voir que des mecs se mettent à réutiliser des expressions constamment reprises sur des sites type Citebeur ou Sketboy. Ils imitent clairement les acteurs. Ca peut paraître ridicule quand on n’est pas dans un état d’excitation mais il faut bien admettre qu’au lit ça marche ! Je pense qu’on aime tous se sentir à un moment comme un acteur porno. Le sexe est un moyen de décompresser, de sortir de ses habitudes, de se dévergonder et oser montrer un autre visage. Le dirty talk permet de s’exprimer, de devenir un autre le temps d’un plan cul et je trouve ça chouette ! »

No limit ?

N’y a-t-il aucune limite aux insultes ? David hésite et nous répond : « Sincèrement peu d’insultes me choquent. Après il faut être sur la même longueur d’ondes. Il y a pas mal de mecs qui aiment parler de sperme. Ca peut être excitant mais si t’es safe tu peux virer parano si un gars te lâche qu’il va te biberonner ou te doser. Il faut faire gaffe et bien poser les limites avant. Si j’ai vraiment aucun soucis avec les insultes, en revanche je n’aime pas les attaques méchantes sur le physique. Quand un mec se moque d’une partie de mon corps ou cherche à être cruel plutôt que ludique, ça me bloque».

Raphaël admet pour sa part avoir connu « quelques moments gênants ». Il précise : « Parfois certains se lâchent tellement que ça devient trop. Une fois je suis tombé sur un mec qui est parti dans un délire incestueux. Le gros cliché du « appelle-moi papa ». Il en démordait pas et voulait que je joue le rôle son fils. Ca m’a gêné, je n’étais pas du tout dans le délire. Grosse panne ».

Raphaël poursuit : « Il me semble nécessaire de poser tout de même un cadre, de définir jusqu’où ça peut aller. Quand on est en mode plan cul, on peut vraiment bien organiser la chose en expliquant tout avant le rendez-vous. C’est peut-être un peu plus délicat pour les couples. Pour avoir déjà expérimenté, je sais que certains mecs ont du mal à prendre leur distance avec les insultes entre amoureux. Ce qui est idiot au fond : n’est-ce pas la meilleure chose d’avoir un copain qu’on aime et qu’on peut aussi traiter comme sa salope ? »

Thomas s'abreuve de porno depuis ses 15 ans. Après les premiers émois des VHS hétéros, il développe une passion débordante pour le x gay alors qu'Internet fait son apparition. Pornophage et curieux, tous les genres et fétiches attisent sa curiosité. Il partage ses fantasmes et addictions sur son propre blog, Gaypornocreme, et régulièrement pour le magazine gay Qweek.

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