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Qu’avalait la Goulue ?

Vincent Lacrosse

Publié

le

En 2016 ce sont les 150 ans de La Goulue, la plus célèbre danseuse de cabaret de tous les temps.

La Goulue, de son vrai nom Louise Weber, doit son nom à sa façon de vider les verres des clients pendant son service. Louise avale les shots comme la vie, avec mordant. Elle naît en 1866 d’une famille pauvre. Son père mutilé la confie à son oncle et elle vit à Montmartre, où elle fréquente très vite les milieux d’artistes, pose pour les peintres, et se fait remarquer pour son corps qui répond aux attentes de l’époque.

Entrées dans les moulins

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C’est au Moulin de la Galette que Louise entre ainsi comme danseuse, et elle s’impose vite comme personnage, pas uniquement en renvoyant des verres vides en coulisses. A l’ouverture du bal du Moulin Rouge elle est débauchée par les propriétaires, et lance avec eux les numéros de french cancan qui feront sa renommée par-delà les frontières. La Goulue séduit tous les cercles de son temps. Ses amants sont des princes ou des russes, parfois les deux, et elle incarne à elle seule la frénésie de sexe, de bijoux et de femmes du milieu cabarettiste parisien de cette fin de siècle.

« Brutalité radieuse »

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C’est l’époque où Toulouse Lautrec peint assidûment les prostituées et les cabarets, allant jusqu’à vivre dans un hôtel de passe, au milieu de ses sujets de peinture favoris. Octave Mirbeau, alors écrivain à la mode et ami de Toulouse Lautrec décrit ainsi La Goulue, qui devient vite la muse du peintre : « La Goulue, il faut lui rendre cette justice, est une assez belle grosse fille, épaisse, colorée qui exerce son sacerdoce avec une tranquillité remarquable. Elle plane imperturbable au-dessus de la foule maladive de ses fanatiques. Elle sait ce qu’elle est, ce qu’elle vaut, ce qu’ils valent et, sereine répand autour d’elle l’ordure à pleine bouche quand elle ne mange pas. Quand elle mange, le mot ordurier qui sort alterne avec la bouchée qui entre. C’est cette brutalité radieuse qui est son seul esprit

« C’est ta mère qui invite ? »

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Un jour, elle croise le futur roi d’Angleterre, prince de Galles : «  Hé, Galles ! Tu paies l’champagne ! C’est toi qui régales, ou c’est ta mère qui invite ? »

Le prince lui répondra qu’elle a « les plus belles jambes de Paris » et on les a vus, le soir même, dînant ensemble, en solitaires.

Dompteuse de lions

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Des princes, la Goulue en a connu d’autres.  Elle a un enfant, né d’un père inconnu dont elle dit qu’il en était lui aussi un. A la fin de sa carrière toutefois, la sauce ne prend plus avec son public, passé à autre chose. Riche et célèbre en 1895, elle doit vite se reconvertir pour regagner l’argent qu’elle perd, envolé dans les flûtes et les nuits dispensieuses. Elle veut alors, avec son mari, faire dompteuse de lions. Mais elle ne maîtrise pas les lions aussi bien que les hommes et se fait gravement attaquer par plusieurs fauves. L’accident la fait renoncer au spectacle et elle vit désormais de ses économies. Elle sombre dans l’alcoolisme et hante Montmartre en compagnie des chats qu’elle recueille. Elle mourra d’apoplexie, en 1929. En 1992, Jacques Chirac, maire de Paris, fait transférer ses restes de Pantin à Montmartre et elle connaît ainsi un flamboyant succès dans sa nouvelle tombe, auprès des nombreux mélancoliques de cet âge d’or, de la fête, des robes et des plumes.

Pigiste globe-trotter, essentiellement pour la presse américaine.

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