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INDUSTRIE DU X : Dans Pornocratie, Ovidie lance l’alerte

Elise

Publié

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« On n’a jamais autant regardé de porno, pourtant l’industrie du X est à l’agonie ». Dans le documentaire Pornocratie, diffusé le 18 janvier dernier sur Canal+, la réalisatrice Ovidie dresse un constat désastreux du milieu dans lequel elle a elle-même travaillé pendant des années. En menant une enquête approfondie, elle décrypte le nouveau système dans lequel le porno s’est vautré. Ainsi, de Budapest à New York en passant par Berlin, elle est allée à la rencontre des acteurs de ce système. Au cœur d’une organisation devenue « semi-mafieuse », elle tente d’expliquer le paradoxe entre une consommation importante de contenus pour adultes et l’écroulement de l’industrie.

À la rencontre des actrices : se droguer plus pour travailler plus

L’univers du porno est touché, comme les autres milieux, par un capitalisme toujours plus préoccupant. Pour prendre la mesure de cette situation, le documentaire commence d’abord à Budapest. Dans « la capitale européenne du porno », Ovidie va au contact des principales victimes de ce système : les actrices. Elles décrivent une profession devenue de plus en plus brutale. Dès leurs premières scènes, il n’est pas rare que des jeunes femmes « vierges anal » doivent accomplir des doubles pénétrations – des doubles anales – ou bien plus encore. Pour accomplir de telles positions, elles doivent se « doper » : faire des injections et prendre des médicaments. Il en est de même pour les acteurs, qui doivent aller jusqu’à se piquer le pénis. Personne n’échappe donc aux anesthésiants et autres drogues. Au cours de leurs témoignages, on apprend que les rémunérations étaient autrefois plus élevées, la pression moins intense, et les tournages plus amicaux. Avec la récente mutation de l’industrie, « tout s’est effondré ». En plus de pratiques plus rudes pour les actrices, de nombreuses maisons de production ont dû fermer.

LVDX - DECRYPTAGE - Pornocratie - Ovidie lance l'alerte - Visuel (1)Cela est lié à l’émergence des « tubes », ces immenses plateformes de streaming qui ont rendu le porno totalement accessible. Les conséquences sont perverses, les producteurs et les sites vont de plus en plus en loin, et l’esprit est désormais qualifié de « tordu ».

Crise financière : la toile a tué le DVD

Le réalisateur français Pierre Woodman est également touché par la transformation du porno. Il doit aujourd’hui serrer son budget. Ses économies passent notamment par l’utilisation de sa propre caméra, et la nécessité d’avoir recours à ses propres investissements. Entre 2006 et 2008, Woodman indique que le marché du DVD s’est écroulé. Cela, combiné à la crise financière mondiale, a entraîné des conséquences dévastatrices pour le business. La « piraterie d’internet » est née, et elle a assassiné la production. Dans le même temps, les actrices actuelles ont grandi et ont été influencées par le porno. Elles acceptent donc de faire les pratiques précédemment évoquées, alors qu’il y a quelques années, ces pratiques n’auraient même pas été envisagées. Ovidie connaît elle-même ce problème. Durant ses 17 années de carrière dans le milieu, elle aussi s’est fait voler son contenu. Il s’est retrouvé sur le net, sans son consentement.

LVDX - DECRYPTAGE - Pornocratie - Ovidie lance l'alerte - Visuel (4) - Stoya

À qui profite le crime ?

La réalisatrice poursuit son enquête au salon de Berlin. « La misère y est palpable », explique-t-elle. Certains réalisateurs et producteurs avouent que « le business est fini ». Après avoir constaté les impacts destructeurs de la crise du porno, des questions restent en suspens. À qui profite le « crime » ? Si tout est gratuit, d’où provient la grande masse d’argent qui existe et où va-t-elle ? Pour trouver des réponses, elle va ensuite à Cannes, où elle a pu s’entretenir avec Grégory Dorcel, directeur général du célèbre groupe X. Il évalue à 95 % la part de la consommation de porno liée au piratage. Ce qui ne laisse qu’une toute petite part à l’industrie légale. Selon lui, seulement 3 ou 4 entreprises ont réussi à se développer de façon exponentielle ces dernières années dans le X, atteignant des chiffres d’affaires record. À l’inverse, celles qui suivent les règles ont été contraintes de mettre la clé sous la porte. Des réponses quant au modèle économique du système sont aussi évoquées.

L’objectif des « tubes » est de générer de l’audience. Pour ce faire, ils vont donc chercher, trouver puis mettre en ligne un contenu qui ne leur appartient pas. De cette manière, leur audience est très forte ; elle est mondiale, avec des millions de visiteurs uniques par jour. Cette même audience va être redirigée vers des formules qui, elles, proposent du contenu payant. Bien sûr, tout ce « montage » s’accompagne d’une « optimisation » fiscale. Toutes les compagnies sont donc situées dans des paradis fiscaux, échappant ainsi à toute taxe.

LVDX - DECRYPTAGE - Pornocratie - Ovidie lance l'alerte - Visuel (3) - Fabian ThylmannLe fabuleux destin de Fabian Thylmann

Direction Prague, où le système semble trouver ses origines. Pour les comprendre, il faut remonter en 2006, année de la création de YouPorn. Le premier tube à proposer une offre gratuite et quasi-illimitée de contenus X. Son succès est fulgurant. Rapidement, il passe d’un trafic réduit au 26ème site internet le plus visité dans le monde. Trois ans après avoir créé YouPorn, « J-T » revend ses parts à un jeune informaticien allemand, Fabian Thylmann. Ce dernier rachète peu à peu les plus gros studios et sites de l’industrie du porn. En trois ans, l’homme le plus puissant du milieu fonde la première multinationale de l’histoire du X : Manwin.

Plus de 35 entreprises à son actif… et un siège social vide

La majorité du porno passe par ses plateformes. Les seuls à s’intéresser à lui sont les journalistes du quotidien allemand Die Welt. Ils le décrivent comme un geek, un technicien, a priori, pas destiné à travailler dans le porno qu’il ne voyait pas comme un moyen d’arriver à ses fins. En 1999, Fabian débute simplement comme programmeur, et s’intéresse rapidement aux sites qui génèrent le plus de trafic. Il comprend vite que ces sites, ce sont les tubes pornos. Le jeune Allemand achète d’abord quelques compagnies en Europe, mais réalise son premier gros coup au Canada. Très vite, il comptabilise 35 entreprises différentes à son actif. Le siège social du groupe Manwin, qui détient ces compagnies, se trouve au Luxembourg. Cependant, après vérification des journalistes, les bureaux sont vides… Cela ressemblerait donc fortement à une forme d’évasion fiscale. L’enquête devient peu à peu, de plus en plus accablante. Puisqu’il a fait fortune sur le continent américain, Ovidie embarque maintenant pour New York. L’actrice Stoya témoigne, et apporte ainsi un éclairage sur le monopole appartenant à Thylmann. Entre 2007 et 2013, la pornstar travaillait pour Digital Playground. La société fut rachetée par Manwin fin 2011. Stoya raconte que les nouveaux propriétaires étaient assez irrespectueux. Pire encore, ils imposaient des cadences de travail intenables, elle évoque même « des journées de 20h de travail ».

LVDX - DECRYPTAGE - Pornocratie - Ovidie lance l'alerte - Visuel (5) - CamgirlLe X s’est définitivement enlisé dans une machine capitaliste où les préoccupations humaines ne sont plus prises en compte. La nouvelle direction procède notamment à des licenciements massifs.

Le trafic : un produit impossible à inventorier

Cependant, la success story de l’Allemand prend fin. En effet, en décembre 2012, Fabian Thylmann est arrêté à son domicile, à Bruxelles. Il est mis en examen pour évasion fiscale. Après avoir revendu ses parts, Manwin devient Mindgeek. Ovidie se dirige au QG de ce qui est donc désormais appelé Mindgeek, à Montréal au Canada. Elle est confrontée à une véritable « pieuvre », à la gestion très floue. Fabian Thylmann était le visage de la société, mais n’était-il pas qu’un pantin ? Après qu’il soit hors du jeu, les interrogations sont d’autant plus nombreuses, notamment parce l’identité exacte des dirigeants restent inconnue. L’enquête d’Ovidie lance l’alerte. Les différents intervenants qui se succèdent décrivent plus un « cartel mafieux » qu’un véritable modèle économique. La principale activité de Mindgeek ne semble d’ailleurs pas être le porno, mais le déplacement d’argent de pays en pays. La société vend du trafic, or, cette « valeur » ne peut pas être tracée. Il n’y a pas d’inventaire de trafic, ils peuvent donc en créer, gratuitement, et quasiment à volonté. La « pieuvre » et les bénéficiaires du nouveau système du X sont presque intouchables. Toutes les actions en justice sont vite balayées, puis enterrées.

Entre capitalisme sauvage et mépris des travailleurs en bout de chaîne, le documentaire expose une situation alarmante. En France, cette pression est toutefois à nuancer. Il n’existe pas une telle cadence et les conditions de travail restent généralement respectueuses. Les actrices tournant pour Marc Dorcel ou Jacquie & Michel, par exemple, ne sont pas des « proies », à l’inverse des nombreuses jeunes femmes présentées dans le film.

Étudiante en lettres modernes et libertine assumée. Mes deux passions: la littérature et le sexe. Que je peux enfin concilier sur ce blog, où je vous raconterai mes aventures sexuelles et autres coups de cœur et coups de gueule en rapport avec la sexualité. Bisous à tous (et à toutes, j'aime bien les filles aussi !).

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