Hot Girls Wanted : cachez ce prénom que je ne saurais voir

Deux ans après la diffusion de Hot Girls Wanted, un documentaire controversé sur le porno semi-amateur de Floride, produit notamment par l'actrice traditionnelle Rashida Jones, Netflix révèle une suite sous forme de série, qui n'aura pas attendu un mois avant de défrayer la chronique. Promise à un succès public, de par son sujet et son canal de diffusion,  intitulée sobrement Hot Girls Wanted : Turned On, la série a l'ambition de montrer les coulisses de la pornographie, sous toutes ses formes, à l'ère des réseaux. Elle a finalement pour conséquence d' « outer » des actrices.

À l'origine, l'outing consiste en la révélation de l'homosexualité d'une personne sans son consentement, voire contre sa volonté (source : Wikipédia). Par extension, il s'agit de compromettre quelqu'un en associant publiquement son nom à des pratiques sexuelles jugées déviantes dans notre société conservatrice et hétéronormée, ce qui concerne bien évidemment la communauté LGBT, ainsi que les prostitués et les hardeurs. Il va sans dire que ces derniers, comme les deux autres catégories, sont particulièrement sujets au harcèlement, notamment à l'heure des réseaux sociaux. Il suffit d'ailleurs de passer quelques minutes sur la section commentaire du compte Instagram de n'importe quelle actrice X pour perdre foi en l'humanité. Lorsqu'une série entend dénoncer les dérives de la pornographie sur Internet, la moindre des choses serait qu'elle protège ses sources. Eh bien, non.

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En effet, le site Vocativ révèle que l'actrice Gia Paige s'est aperçue que le montage de l'un des épisodes incluait un plan de son profil Facebook, prénom inclus. C'est furtif, subliminal, diront certains, mais c'est là, et le mal est fait. Et c'est nier la capacité de nuisance d'un spectateur mal intentionné que de prendre cela à la légère. Les faits sont d'autant plus graves que, d'un commun accord avec la production, il était convenu que les scènes qu'elle avait tournées ne devaient plus figurer dans le montage final, l'actrice se sentant beaucoup trop mal à l'aise pour s'exprimer publiquement à propos de sa famille.

On pourrait arguer à l'erreur naïve, involontaire, si la production n'avait pas fait preuve, en amont, d'un cynisme indécent en faisant signer aux actrices un contrat stipulant la libre utilisation de leur image, leur voix, de leur apparence, de leur biographie et enfin de leur noms fictifs ou réels, pour se laver les mains, à l'avance, des plaintes qu'elle rencontrerait.

Hot Girls WantedC'est d'ailleurs avec le même cynisme qu'elle répond aux demandes d'explications des camgirls Effy Elizabeth et Autumn Kayy, qui ont découvert que la série utilisait, sans les en avoir informées, des extraits d'un de leurs shows disponibles sur Périscope, car bien que public, ces clips n'avaient pas vocations à rencontrer une audience aussi colossale que celle de Netflix, comprenant potentiellement les familles et les proches des deux intéressées.

Leur inquiétude s'est heurtée à l'interprétation pour le moins décomplexée du Fair use (sorte de droit à la citation aux États-Unis). La différence entre la légalité et l'éthique, en quelque sorte.

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Non content de bafouer son propos - l'exposition médiatique délétère des acteurs porno - en mettant en danger les performeurs qu'elle interroge dans leur quotidien le plus intime, le show de Netflix abuse de subterfuges légaux pour se dédouaner de toute responsabilité. Comme c'est souvent le cas lorsque des médias mainstream viennent, avec leurs gros sabots, faire des leçons de morale au porno, sous le vernis contestataire et humaniste, on trouve une grosse machine racoleuse et inhumaine qui reproduit et exploite ce qu'elle dénonce.

Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.