Le porno au Maghreb

Chez LVDX, on aime traiter des questions sulfureuses et celle-ci en est assurément une. Prohibé de l’autre coté de la Méditerranée, le porno y est pourtant très populaire et à l’instar de la France, les mateurs l’aiment avec des autochtones. Pas simple à faire quand on risque l’opprobre voire la taule. Enquête.

Le poids des traditions se fait clairement ressentir au Maghreb. Les relations sexuelles hors mariage sont interdites et doivent se dérouler dans un endroit clos. Les notions de famille, d’honneur, de morale et de religion y sont si profondément ancrées qu’exhiber une paire de jambes pour une « locale » lui procure une expérience comparable à celle de Bear Grylls quand il est seul face à la nature. Car ce que les Maghrébins aiment voir quand ils matent du porn, ce sont des filles « arabes », si l’on en croit l’outil de référencement Google Trends.

Des législations disparates

Au Maroc, en Algérie et en Lybie, la consultation et a fortiori la production et la distribution de vidéos porno sont interdites par la loi. La peine plancher, c’est cinq piges, et n’allez pas croire qu’un Occidental s’en sortira mieux s’il ne graisse pas les bonnes pattes.

À moins d’être un peu con, car le jeu n’en vaut pas la chandelle, produire du X dans ces pays est hautement déconseillé.

En Tunisie et en Egypte, l’étau se desserre sensiblement. Des maîtresses dominatrices officient même librement à Tunis et le pays est le plus libéral de la région en dépit de l’influence grandissante des conservateurs. Toutefois, sévèrement censuré sous le régime du dictateur Ben Ali, le porno n’a été que très brièvement libre pendant le printemps tunisien, avant d’être à nouveau interdit en mai 2011. Il ne serait donc pas très malin d’utiliser une plage publique tunisienne pour shooter des nanas à poil.

Mais derrière les murs des palaces, tout est permis. Ce n’est pas pour rien que la station balnéaire de Hammamet est au Maghreb ce que Mykonos est à la Grèce...

Pays le plus peuplé du secteur, l’Egypte est aussi le premier marché porno du monde arabe, malgré des tentatives de mise sous l’éteignoir sous la présidence de l’islamiste Mohamed Morsi.

Pour France 24, Adel Iskandar, prof de com’ à l’Université de Vancouver et expert de l’Egypte explique la situation : « Les sites de journalisme indépendants et engagés comme Mada Masr sont bloqués, mais pas les sites porno. Il y a un intérêt politique à permettre l’expérience de plaisirs virtuels pour libérer un peu de cette frustration sexuelle qui ronge la société égyptienne ».

L’effet cocotte minute

Cette frustration sexuelle est extrêmement présente sur l’ensemble du Maghreb et il faut vraiment se cantonner aux stations balnéaires pour ne pas la voir.

Les exemples de pétages de plombs et d’injustices foisonnent. Le mois dernier, à Sidi Kacem, dans les montagnes de l’Atlas, 15 adolescents, au moins, ont chopé la rage après avoir violé une ânesse.

Toujours au mois d’août, une femme de Tetouan a été appréhendée par la police car une sextape de ses frasques avait été diffusée sur les réseaux sociaux. Son tort ? Le bonhomme sur la vidéo n’était pas son mari, mais son amant.

Au Maroc, les femmes payent l’adultère au prix fort et les jeunes hommes côtoient si peu de femmes que certains désespérés franchissent la barrière des espèces. Au milieu de ce désert, ne reste guère plus que le porno pour faire baisser la pression sexuelle sur une société que la morale a rendu schizophrène.

Le boom des sextapes sous le voile

« Il n’y a pas eu de révolution sexuelle (…) Dans ce contexte, la consommation de films X ne diminuera pas » prophétise Adel Iskandar, toujours interviewé par Ihab Hassan pour France 24. Pour pallier le manque de productions arabes, les Egyptiens se replient sur les sextapes. Des femmes piégées par des hommes alors qu’elles succombent au plaisir. La qualité de ces films est souvent très mauvaise. L’image est floue, à peine audible. Ce qui plaît tant est qu’ils soient « vrais » et filmés sur place. Ces vidéos se monnayent et sont envoyées de téléphone à téléphone et par clé USB. Pour les voir, il faut faire partie des cercles ou attendre qu’elles soient révélées au public. La réputation de la femme est ruinée. Sa vie condamnée ».

Baptisées Nikah, le même nom que l’on donne au contrat de mariage ou à l’acte sexuel, ces vidéos atterrissent aussi sur le site XNXX, très consulté outre Méditerranée. Ironie de l’histoire, un salafiste, membre du parti égyptien Al Nour, s’est fait prendre la main dans le sac quand plusieurs sextapes de lui baisant des femmes différentes sont sorties sur le net, il y a trois ans. Une énième illustration du traditionnel : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ».

Fantasme & transgression

Car dans ces sociétés très religieuses, le fantasme de la transgression tourne à plein tube. Déjà que la voisine d’à côté est plus bandante que la bombasse étrangère, si elle est habillée d’un niqab, le désir pour elle s’en trouve encore décuplé.

Pour éviter la censure et rester discret, surtout en Algérie et au Maroc, le porno « voilé » prend même des noms de code, comme 9a7ba, qu’il suffit d’inscrire dans la barre de recherche d’un navigateur pour être amené vers des vidéos porno (pseudo-)locales.

Sous couvert d’anonymat, un internaute maghrébin témoigne à la journaliste Dorothée Myriam Kellou : « Pour moi, ces vidéos, c’est comme fantasmer sur une sœur religieuse qui a fait vœu de chasteté et que l’on imagine en train de mordre le fruit défendu ». Pour autant, ce dernier n’est pas dupe : « la femme est présentée comme arabe, alors qu’elle est le plus souvent blanche ou indienne ».

Le business jamais bien loin

Car si, dans leur majorité, les Maghrébins préfère le porno de proximité, ils se nourrissent très largement de porno occidental, comme tout le monde.

Mises en scène voilées ou pas, les actrices d’origine maghrébine et arabe tournent en Europe et aux Etats-Unis, à l’image de Mia Khalifa, américaine d’origine libanaise et très populaire dans le monde arabe. Son côté Kim Kardashian avec un hijab a fait craquer nombre de slips sur les tuniques.

En France, le porno a vu défiler un paquet d’actrices d’origine maghrébine, avec une mention spéciale à la Tunisie : Loan Laure, Yasmine, Lou Charmelle ou Anissa Kate ont par exemple des racines au pays de l’ancienne Carthage.

Si le hashtag #beurette est le plus recherché en France pour les vidéos X, elles n’y sont pas pour rien. La forte communauté maghrébine non plus.

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.