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La fin d’une érotique époque

Vincent Lacrosse

Publié

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C’était l’un des pionniers emblématiques des sexshops en Allemagne depuis 1962. Aujourd’hui, Beate Uhse a dû s’incliner face à la nébuleuse Internet qui regorge d’e-commerce en ligne. Faute d’avoir su s’adapter aux nouvelles technologies, l’entreprise historique a dû déposer son bilan…

L’annonce a été faite vendredi dernier, l’Allemand Beate Uhse, à la tête d’un très grand nombre de sexshops, dépose le bilan. Un coup dur de plus pour cette entreprise qui tentait de sortir la tête de l’eau. Elle avait été fondée en 1962, malgré le conservatisme de l’époque, par Beate Uhse, connue aujourd’hui comme « la First Lady du sexe allemand ». La firme de Flensburg, dans le nord de l’Allemagne, a annoncé dans un communiqué avoir demandé sa mise en insolvabilité afin d’« assurer de façon durable le redressement de l’ensemble du groupe » qui n’a jamais vraiment su s’adapter au commerce en ligne des produits érotiques et pornographiques.

Magazines, sextoys et autres vidéos faisaient la réputation de la marque.

En 1946, Beate Uhse, première et seule pilote cascadeuse des années 30, championne d’aviation et ex-pilote de la Luftwaffe [armée de l’air allemande] au cours la Seconde Guerre Mondiale, se lance dans le commerce du sexe, via la revue de conseils sexo et de produits de plaisir Schrift X. En 1947, 32 000 exemplaires sont écoulés et l’entreprise fait figure de pionnière. Souhaitant se diversifier, elle ouvre, en 1962, le tout premier sexshop au monde, à Flensburg. Concession au conservatisme de l’époque, le magasin était baptisé pudiquement : « Commerce spécialisé dans l’hygiène maritale. » On y trouvait sous-vêtements affriolants, revues coquines, godemichés et autres moyens de contraception.

Parallèlement, son entreprise poursuit sa croissance, portée notamment par le vent de libération des mœurs qui souffle à partir de 1968. Beate Uhse se lance ensuite dans la production de films pornographiques, essentiellement vendus par correspondance. Le succès lui permettra, en 1972, de réaliser un vieux rêve et de s’offrir son propre avion, un Cessna 172. Combative, elle vaincra d’ailleurs un cancer de l’estomac en 1983.

Pas peu fière de ses collections, la « mamie du sexe ».

Âge d’Or et cheveux blancs

En 1989, le Mur de Berlin tombe. Flairant un nouveau marché, elle prend la tête d’un convoi de douze bus, en direction de l’ex-RDA, pour distribuer quelque 600 000 catalogues. Pour faciliter le voyage, des petits cadeaux coquins ont été offerts aux gardes de la frontière. L’industrie des plaisirs pour adultes n’existant pas en Allemagne de l’Est, elle y enregistrera des milliers de commandes.

En 1996, elle avait ouvert au cœur de Berlin, le Beate-Uhse-Erotikmuseum, un musée dédié à l’art érotique. En 1999, l’entreprise, qui a essaimé dans plusieurs pays et arrose l’Europe de ses produits coquins (poupées gonflables, vibromasseurs, etc.), est introduite en bourse, à Francfort, une première mondiale pour une société de l’industrie du X. La même année, elle est nommée citoyenne d’honneur de la ville de Flensburg. En 2000, à Mandelieu près de Cannes [sud-est de la France], un dernier honneur avait été rendu à la « mamie du sexe » âgée de 81 ans. Au milieu de stars du X, la vieille dame recevait un « Hot d’Or d’honneur » au cours de la 9e cérémonie [les Oscars de l’industrie pour adultes] pour l’ensemble de sa carrière. Mais deux ans plus tard, en 2001, sa fondatrice alors âgée de 81 ans, atteinte d’une pneumonie aggravée, s’éteint signant la fin d’une époque qui subira de plein fouet l’explosion de la concurrence en ligne.

Championne d’aviation, pilote de guerre, elle passera son brevet de plongée sous-marine, en 1984, à l’âge de 65 ans.

La procédure ne concerne que la holding Beate Uhse AG, mais non « ses filiales situées en Allemagne et aux Pays-Bas [qui] vont maintenir, sans réserve, leurs activités », précise le communiqué. Confronté à un besoin « urgent » de liquidités, le spécialiste du sexe, qui emploie encore 345 personnes et est présent dans plusieurs pays d’Europe, dont la France, avait contracté un prêt à hauteur de 30 millions d’euros qui arrivera à échéance en 2019. Il va falloir en vendre, des boules de geisha et autre stimulateurs clitoridiens, pour redresser le manche.

Pigiste globe-trotter, essentiellement pour la presse américaine.

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