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Loi anti-prostitution : quel est le bilan, 2 ans après ?

Vincent Lacrosse

Publié

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Deux ans après son entrée en vigueur, quel est l’impact de la pénalisation de la clientèle ? Qu’en est-il de son application et surtout, quelles conséquences pour les travailleuses du sexe ?

Toutes les associations de défense des prostituées et les professionnelles elles-mêmes avaient, à l’époque, tiré le signal d’alarme. Aujourd’hui, pour Médecins du Monde, le Strass, le Mouvement du Nid et bien d’autres de ses détracteurs, cette loi a des conséquences catastrophiques pour les travailleuses du sexe, qui sont entre trente et quarante mille [dont 80 % d’origine étrangère] en France.

Mais revenons d’abord sur le contenu du texte, voté le 6 avril 2016 et, en premier lieu, sur le volet pénal. À l’issue de houleux débats, tant à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, la condamnation des clients est entérinée et tout achat d’acte sexuel est désormais passible d’une amende de 1500 euros, celle-ci pouvant s’élever à 3750 euros en cas de récidive. Nonobstant, le délit de racolage qui condamnait auparavant les professionnelles est abandonné.

Tarifs à la baisse et risques en hausse

Depuis, « un peu plus de deux mille [clients] ont été sanctionnés » [Source : Le Monde, 12 avril 2018]. Mais là n’est pas le problème majeur car les premières victimes de cette loi, plus que controversée, sont les prostituées. Avec la pénalisation de la clientèle est arrivée sa raréfaction. Moins de clients ont non seulement engendré une baisse sans commune mesure des tarifs pratiqués mais également une recrudescence des prises de risques. Les clients disparus des rues, les prostitués n’ont, souvent, pas d’autre solution que d’en rechercher de nouveaux sur Internet, avec tous les risques que cela comporte : communication de numéros de téléphone, voire d’adresses, les jetant, quelque part, dans « la gueule du loup », puisqu’elles ne peuvent jamais être sûres des « bonnes intentions » des clients.

Jouant sur cette diminution de la demande, et sur le fait qu’elle considère supporter désormais tous les risques, la clientèle négocie, à la baisse, le tarif des passes. Nombre de prostituées interrogées font ressortir que la plupart des actes tarifés ont vu leur prix divisé par deux. Mais en plus de l’aspect pécuniaire, les clients négocient également les relations sans préservatif, au risque de redonner un coup d’accélérateur supplémentaire à l’épidémie de VIH. De plus, certaines professionnelles ont été obligées d’accepter à nouveau certains clients qu’ils avaient pourtant blacklistés pour faits de violence.

Pour les associations, le combat ne fait que commencer

Votée sous le quinquennat de François Hollande, la loi avait prévu d’accompagner celles qui souhaiteraient sortir du milieu par des aides financières, une assistance pour trouver un logement en HLM mais également une régularisation pour les professionnelles d’origines étrangères, souvent en situation illégale. Aujourd’hui, deux ans après son vote et selon les informations collectées par Le Parisien auprès des différentes associations, seul une cinquantaine de cas avaient été traités, de manière positive, sur les dizaines de milliers encore en attente. Le budget 2018 du gouvernement Macron ayant fait des coupes franches dans le financement des aides promises.

Sous couvert d’une « belle idée » qui se targuait d’aider des femmes (et des hommes) à sortir d’un milieu souvent violent, et malgré les alertes émises, à l’époque, par le Défenseur des droits et la Commission nationale consultative des droits de l’homme [CNCDH], la loi de 2016 n’a fait qu’engendrer plus de violence et plus de pauvreté dans la prostitution. Au vu de ce constat plus que négatif, le combat des associations, pour son abrogation, a encore, malheureusement, de beaux jours devant lui.

Pigiste globe-trotter, essentiellement pour la presse américaine.

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