Pornstars : pourquoi tant de décès ?

Il règne un climat morbide sur le porno américain. Des actrices meurent. Certes, pas toutes pour les mêmes raisons, mais dans un laps de temps trop court pour effacer le soupçon que quelque chose cloche dans la porn valley. Enquête.

Suicide Squad ?

August Ames, Olivia Nova, Yurizan Beltran. En à peine plus de deux mois, trois pornstars sont décédées de morts non naturelles. Ces morts viennent se rajouter à celle de Shyla Stylez en novembre. C’est trop pour n’être qu’une simple coïncidence, d’autant que les circonstances de chaque décès sont nébuleuses. Un beau matin, Stylez ne s’est jamais réveillée, August Ames s’est pendue, Yurizan Beltran a fait une overdose, alors que pour Olivia Nova, les conclusions de l’expertise médico-légale ne sont pas encore connues, bien qu’un de ses amis ait confié au Daily Mirror qu’elle était alcoolique.

Des accidents du travail ?

Le porno est un métier. Il ne faudrait pas l’oublier. Et qui dit métier, dit médecine du travail. Comme les policiers, les postiers ou les employés de chez Orange, les pornstars devraient avoir droit à un suivi médical adapté. Aux Etats-Unis, il existait l’Adult Industry Medical Associates P.C jusqu’en 2011, mais son action portait uniquement sur les questions relatives aux IST, pour lesquelles elle centralisait les informations sur chaque performeur. Pour tout ce qui relève des problèmes psychologiques, il n’y a jamais eu le moindre organisme pour s’enquérir des conditions de travail et de la santé mentale des acteurs.

Au passage, si la situation aux Etats-Unis n’est pas fameuse, elle est idyllique en comparaison de l’Hexagone. Ici, même pas le début d’un embryon d’association. On est loin du sentiment américain de faire partie d’une industrie. Aux yeux des pouvoirs publics, porno égale « pute ». Si un acteur ou une actrice a un problème d’hémorroïdes ou une tendance autodestructrice, il y a le généraliste, les urgences ou le strass, le syndicat des travailleurs du sexe, qui propose depuis l’été dernier une véritable révolution : la couverture mutuelle.

Like or Die

Dans un business en bouleversement depuis dix ans, les réseaux sociaux ont pris une part prépondérante. Les fans s’adressent directement au pornstars qui font leur business en direct via des systèmes comme Manyvids ou Onlyfans. Elles rament pour aller chercher des followers et en retour, se retrouvent avec d’un côté les haters, de l’autre les likers et au milieu, les stalkers, une poignée de timbrés qui vont les harceler. Pouces verts, tu vis, pouces rouges, tu meurs. La plèbe est devenue César et ci-gît August Ames, condamnée à la mort par son audience virtuelle. Enfin c’est ce qui se dit. Personne ne sait, dans le fond, mais le mal est fait : il paraît qu’elle s’est donnée la mort à cause des réseaux sociaux. Parce qu’elle aurait refusé de tourner avec un acteur qui tourne aussi dans des films gays. Parce que des fans de ce type l’auraient trollée jusqu’à lui faire péter les plombs. Parce que des voix émanant de sa propre corporation condamnaient son refus. Devant l’émoi suscité par sa mort, Stephanie Princivil, Responsable de la communication du site Manyvids, a annoncé l’embauche d’une personne chargée du soutien des travailleurs : « Avec le décès d’August et d’autres belles et talentueuses performeuses, nous avons senti qu’il y avait un besoin de la part des créateurs de contenus qu’on leur fournisse un soutien, quelqu’un pour eux ». Dans ce métier plus qu’un autre, l’enfer, c’est les autres.

Rivalités dans le microcosme

Sur le circuit depuis 2013, la Canadienne August Ames, 23 ans, était en conflit juridique avec Axel Braun et le studio Wicked Pictures. Dans un long message posthume sur le blog de l’actrice, son compagnon, le réalisateur Kevin Moore, y voit une cause indirecte de sa mort et charge ainsi Jessica Drake et son mari Brad Armstrong, tous deux salariés chez Wicked. Il les accuse d’avoir alimenté la campagne de harcèlement qu’elle a subie sur Twitter et d’avoir blacklisté l’actrice de la plupart des plateaux, suite au contentieux qui l’opposait à leur puissant employeur. Que cette querelle ait participé à pousser August Ames à commettre l’irréparable est révélateur de la pression subie par les actrices pour trouver du taf. Parmi les premières à réagir à ces tragédies, la performeuse Odette Delacroix a révélé une partie de l’envers du décor : « C’est un milieu tellement compétitif que l’on n’ose pas parler de nos problèmes entre nous, de peur que ce soit utilisé au profit d’une autre. Il y a constamment des actrices plus jeunes qui arrivent et qui peuvent vous remplacer. Si je dis aux studios que je suis en dépression, il ont juste à en appeler une autre ».

Narcos XXX

Autre point commun notable que l’on peut retenir entre ces histoires tragiques, c’est la prise de stups. On en parle très peu en France, mais les Etats-Unis font face à une explosion du nombre de camés, plus grave que celle des années 70. Les antidouleurs y sont distribués comme des Dragibus. La dépendance aux opioïdes est une véritable épidémie que Trump a érigée au rang de cause nationale en septembre dernier. Chaque jour, plus de cent Américains décèdent d’overdose médicamenteuse. Dans ces statistiques, on trouve le nom de Yurizan Beltran dont le corps inanimé a été retrouvé à côté d’une boîte de pilules. En Californie, dans la porn valley, les hardeuses les plus jeunes s’explosent la tête à la pipe à eau avec des beuh ultra concentrées qu’elles peuvent désormais pécho en vente libre à des fins récréatives et plus seulement thérapeutiques. Les hashtags #porn et #0420 sont à ce titre révélateurs. Immaturité, excessivité, fragilité, trois traits de caractère dont pouvait se prévaloir Olivia Nova, qui était récemment de passage à Paris pour tourner, trois mois seulement après ses débuts. Pas épargnée par la vie, elle s’est d’abord crashée violemment au volant d’un scooter des neiges en 2014, alors qu’elle était ivre. En avril 2017, elle voit son petit ami mourir d’une overdose d’héro. En octobre, les médecins lui promettent une mort à terme si elle ne réussit pas à se sevrer de l’alcool qui lui empoisonne les veines. Après un ultime Noël en solitaire, elle entreprend le long voyage la nuit du 7 au 8 janvier 2018, à 20 ans. Un âge où officiellement, elle ne peut acheter la moindre goutte d’alcool…

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.