Calme blanc pour le carré blanc

Une année est passée depuis son élection et, peu ou prou, le monde du X a été épargné. Nombreux étaient ceux qui redoutaient l’accession au pouvoir de Donald Trump. Un an plus tard, si tout semble calme, les craintes, pour l’avenir de l’industrie pour adultes, demeurent outre-Atlantique.

Censure, fin de la neutralité d’Internet dans plusieurs pays, l’arrivée au pouvoir de l’ancienne star de la téléréalité a de quoi filer des sueurs froides aux principaux « acteurs » du porno américain. La cérémonie des AVN Awards, l’an passé, fut secouée par la retransmission de son investiture en tant que 45e Président des USA. Comment celui qui avait déclaré au Washington Post : « Vous savez, je suis irrésistiblement attiré par les belles femmes. Je commence par les embrasser tout de suite, comme un aimant. Je les embrasse, je n’attends même pas. Quand tu es une star, elles te laissent faire. Tu peux tout faire. Les attraper par la chatte, tout faire. » avait-il pu atteindre les sommets du pouvoir et s’installer, pour les quatre ans à venir, aux commandes de la Maison Blanche. Ce fut, en tout cas, un coup de massue qui figea l’assistance.  « […] Quand Trump est entré en fonction, c’était lors de ma toute première scène virtuelle à Las Vegas. On a été sous le choc, on avait l’impression de vivre un cauchemar. Plus personne n’arrivait à se concentrer sur son travail. » [Alex Harper]

L’actrice Alex Harper a été, comme toute l’industrie du X, abasourdie par l’élection de Donald Trump.

Jessica Drake, égérie de Wicked et à la source du hashtag #notmypresident eut maille à partir avec le nouvel homme fort de l’Amérique. En 2008, elle le rencontra lors d’un tournoi de golf et, en compagnie de deux autres femmes, dut subir les étreintes et les baisers « non consentis» de celui qui allait devenir le futur candidat du Parti républicain. Il lui proposa par ailleurs la somme de 10 000 $ et l’utilisation de son jet privé en échange d’une soirée en sa compagnie, ce que la belle Milf refusa. Si beaucoup se rallient derrière la bannière de l’actrice, les rangs du X sont désormais divisés entre partisans démocrates et républicains.

Jessica Drake, l’une des égéries du site Wicked Pictures, a, en 2016, refusé 10 000 $ offerts par Donald Trump pour une soirée « privée » en sa compagnie.

Un désordre moral

Deux mois s’étaient juste écoulés, depuis l’élection de Donald Trump, que les Russes ouvraient le feu sur le porno en bloquant l’accès au populaire site Brazzers qui, selon le Roskomnadzor [agence gouvernementale de supervision de l’information et des médias, dont les pouvoirs de censure ont été « légalement » entérinés par la Douma en 2012], produisent des contenus « ayant un profond et négatif impact sur la psychologie humaine. » Dans la foulée, le Parti républicain surenchérissait en considérant la pornographie « comme une menace pour la santé publique. »

Au vu de l’admiration portée à Vladimir Poutine par le président, nouvellement élu, et à la réaction de son parti, la panique n’a pas tardé en envahir toute l’industrie pour adultes. Les USA emboîteraient-ils le pas à la Russie pour instaurer une censure sur la toile ? Car, dans ce cas, comment les industriels du X pourraient faire face à l’interdiction de diffuser des contenus sur le Net, ne pouvant se rabattre, désormais, sur les bénéfices des ventes de DVD.

Le dernier conflit qui ait opposé le monde du porno au pouvoir américain, remonte à 2008, sous la présidence de Georges W. Bush. Le site Evil Angel avait, à l’époque, été confronté à une accusation de l’administration pour obscénité puis acquitté. Son responsable de l’époque, John Stagliano, dénonçait alors une cabale anti-porno. « Ce sont tous des pervers à Washington. Qui sont-ils pour me dire que j’outrage les bonnes mœurs, alors qu’ils n’ont pas une once de morale ? » Aujourd’hui, son remplaçant, Adam Grayson, a annoncé que la nouvelle présidence n’avait eu aucune incidence sur le marché. Mais est-ce le calme qui précède la tempête ?

L’amer du sarcasme

Si les bénéfices sont, pour l’heure, toujours au rendez-vous, le moral des stars est, lui, profondément affecté. Sous l’administration Obama, les actrices ressentaient une sécurité qui leur fait, aujourd’hui, défaut.

L’actrice, Tasha Reign, dans une position qui devrait plaire au nouveau maître du bureau ovale.

Tasha Reign explique : « J’ai l’impression que le pays dans lequel je vis a changé. Je ne me sens plus aussi protégée qu’avant. Si j’étais violée au cours d’une fête, qui me croirait ? » Pour elle, ce n’est pas le porno qui est visé, mais tout autre milieu considéré comme « marginal ». La sécurité et les droits pour les minorités seront-t-ils toujours au rendez-vous sous la présidence Trump ?

Quelles que soit leurs opinions ou bord politique, tous admettent que l’ère Trump à ouvert la voie à la normalisation du Bashing sur les réseaux sociaux. Les attaques violentes sur Twitter, relayées via Facebook, se sont démocratisées. Pour James Bartholet, qui a interprété plusieurs fois Donald Trump dans plusieurs parodies X, c’est l’impact le plus négatif du nouveau Président sur l’industrie pour adultes : « Il poste ses tweets […]. Il veut donner l’impression […] que tout peut se dire en ligne. Pourtant, L’intimidation peut être la cause de profondes dépressions. Ce n’est pas parce que l’on travaille dans le porno, que l’on a la peau dure. Certains d’entre nous sont fragiles […]. »

Dommages collatéraux

C’est bien là que réside tout le problème. Comment faire reconnaître les dangers du harcèlement sur les réseaux sociaux, alors que le premier homme du pays poste des tweets agressifs et la plupart du temps, irréfléchis. De plus les stars du X sont des proies faciles. J’en veux pour preuve le suicide de l’actrice August Ames, le mois dernier, suite à un harcèlement d’une rare intensité [menaces de mort] en réponse à un tweet controversé.

August Ames, l’une des dernières victimes du harcèlement sur les réseaux sociaux.

Pour Anikka Albrite, peu importe qui est au pouvoir. « Si l’on veut nous faire taire, lui ou un autre, ils le feront. Les conséquences pourraient être beaucoup plus sérieuses, à l’avenir, en cas d’alliance entre le gouvernement républicain et le Sénat. »

Son conjoint, Mick Blue, ressortissant autrichien et trois fois récompensé aux AVN Awards, est sidéré par le peu d’influence que les citoyens ont sur leur système politique. « En Autriche, les électeurs ont davantage leur mot à dire sur les candidats élus. Ici, vous avez le choix entre deux personnages déjà pré-élus par les deux partis politiques. J’entends, en permanence, les gens dirent que le système devrait changer, mais il semblerait que peu aient intérêt à ce que cela arrive. »

Calme plat pour tempête annoncée

2017 est arrivée à son terme, rien ne s’est encore produit et l’industrie du X semble avoir baissé sa garde. Mais une chose est sûre, Donald Trump, 45e Président des États-Unis, demeure un être totalement imprévisible. Le début de la nouvelle année a, d’ores et déjà, été marqué par la fin de la neutralité de l’Internet, donnant aux majors des FAI américains, tout pouvoir sur la toile et l’année ne fait que commencer.

Harriet Sugarcookie, réalisatrice et productrice de contenus pour adultes au Royaume-Uni soulève que les problèmes des productions pornographiques se sont accentués depuis que « le gouvernement britannique a sapé la liberté d’Internet pour s’attaquer à l’industrie pour adultes. » Elle explique que les mesures prises en Grande-Bretagne [contrôle de la majorité des internautes, au moyen de leurs cartes de crédit] ont été plus contraignantes que tout ce que Trump a fait jusqu’ici. Il faudra, comme elle le dit : « garder un œil, sur la façon dont les nouvelles lois sur la vérification de l’âge seront mises en œuvre au Royaume-Uni, car je pense que l’Amérique pourrait suivre son exemple, si cette forme de censure est couronnée de succès. Cela changerait les habitudes des consommateurs de porno. »

La Londonienne Harriet Sugarcookie, productrice de contenus pornos geek, se dit très inquiète de la fin de la neutralité de l’Internet en Grande-Bretagne.

Un futur décomposé

Un tel bouleversement modifierait en profondeur la façon dont l’industrie pour adultes gère et tire profit de ses contenus. Si, pour sa première année au pouvoir, Donald Trump n’a pour l’instant encore rien tenté pour paralyser l’industrie du X, il lui reste encore trois ans devant lui.

Alex Harper ajoute : « Il est peut-être le Président des États-Unis, il n’en demeure pas moins le porte-flambeau du sexisme, du racisme, de l’ignorance, de la bigoterie et du chauvinisme. »

Que fera Donald Trump en 2018 ? La question est sur toutes les lèvres. Internationalement, ses provocations, face à la Corée du Nord et au régime de Pyong-Yang, s’enchaînent. Ses prises de position unilatérales sur le Moyen-Orient, déstabilisent, de plus en plus, une région fragilisée. Il a d’ores et déjà supprimé l’idéal d’un Internet libre et d’autres pays, dont la France, semblent vouloir suivre ses pas. Quel avenir pour tous ceux qui travaillent dans le divertissement pour adultes aux USA ? Une chose est sûre, l’année à venir, si elle n’est pas celle de tous les dangers, sera pour le moins, celle de tous les possibles.

Jason Cold

À propos de Jason Cold

Reporter bilingue basé aux États-Unis, spécialiste du Xbiz américain.