L’Insoumise, le #balancetonporc de Jacquie et Michel

Peut-on aborder un thème de société brûlant dans un film porno ? A fortiori, le porno est-il le médium adapté pour traiter d’un sujet aussi sensible que le harcèlement sexuel ? Avec L’Insoumise, le réalisateur Luka et les productions Jacquie et Michel jettent un pavé dans la mare : la réponse est oui. Et il était temps…

Il était temps, car depuis l’ouragan déclenché par l’affaire Weinstein en octobre dernier, le porn-business fait le dos rond, laissant passer la tempête, de peur qu’un changement de vent opportun ne le désigne comme « ce genre qui fait de la femme un objet d’humiliation ». Pourtant, qui de mieux que les personnalités de ce milieu, ces travailleurs qui contractualisent quotidiennement les conditions de leurs rapports sexuels, ces professionnels qui détaillent précisément le sexe en tant que rapport de pouvoir, ces hommes et ces femmes, enfin, qui dressent en permanence la frontière entre le professionnel, l’amical et l’intime dans leurs rapports aux autres ; qui de mieux qu’eux pour s’exprimer au sujet du harcèlement sexuel ? 

L’Insoumise prend donc le sujet à bras le corps et, sans cynisme ni angélisme, sans verser dans le grand-guignol ou se répandre dans un machisme crasse et irréfléchi, tient un propos aussi élégant qu’éclairé sur le sujet, amorcé par une scène d’introduction d’une grande maîtrise formelle.

Dans un troquet de province, la jeune Lilith, interprétée avec subtilité par Lolita Grey, fait le service pendant que le patron (Pascal Saint James) discute avec deux habitués autour d’un canon. De vannes graveleuses en réflexions beaufs, la conversation finit par dériver sur le physique de la serveuse, avant que l’un des compères ne s’interrompe pour aller prendre en photo son postérieur. 

Une situation simple et pourtant tristement banale. La finesse de l’écriture et du jeu des acteurs apporte ce que le résumé ne peut pas dire. Les trois personnages masculins ne sont pas des violeurs en puissance qui menacent, brutalisent et agressent. Ils sont simplement trois rustres accoudés à un comptoir qui trouvent drôle et innocent de manquer de respect à une jeune femme qui n’avait qu’à pas être si belle. Et c’est tout le problème…

Mais s’arrêter là serait se limiter à dénoncer un état de fait dont les causes et les conséquences animent déjà le débat public depuis plusieurs mois. Et le film va plus loin. Après avoir plaqué son boulot, Lilith trouve un travail de serveuse dans un club libertin de la capitale, où l’on n’exige d’elle qu’une seule chose : qu’elle serve à boire aux clients. Guidée par le gérant, Vince, elle découvre alors les arcanes du libertinage, un univers de plaisirs sans tabou dont le consentement constitue à la fois l’unique cadre et la seule limite. C’est toute la thèse du film : une sexualité saine, épanouie et respectueuse n’est pas une question de pratiques prescrites et d’abus acceptables, c’est une question de respect et d’accord entre ses participants. À partir de là, tout est permis : voyeurisme, candaulisme, pluralité, jeux de soumission… Des mises en scènes torrides auxquelles le récit fait la part belle.

Car si la pertinence de l’histoire nous ferait presque oublier qu’on mate un porno, les scènes de cul, dont l’intensité va crescendo, ne manquent pas de nous le rappeler. Et de quelle manière ! Entre Tiffany Leiddi, dont les fesses redéfinissent la rondeur elle-même, Valentina Nappi, son regard de braise, sa poitrine divine, Lucy Heart, qui fait montre de sa classe perverse dans une scène de trio à couper le souffle, et enfin Lolita Grey, dont la beauté éthérée crève l’écran à chaque apparition, le casting réunit certaines des performeuses les plus belles et les plus talentueuses du moment, chacune parée d’un écrin aussi somptueux que sophistiqué (amateurs de belle lingerie, vous voilà au paradis). La distribution masculine n’est pas en reste, avec notamment un Pascal Saint James toujours au top, tant point de vue du physique que de l’acting, et un Vince Carter dont la voix de velours doit inonder encore plus de culottes que son corps d’Apollon. La production se paie même le luxe d’une figuration investie et de seconds rôles efficaces, fait rare dans le milieu (on regrettera d’ailleurs de ne pas voir la belle serveuse au crâne rasé participer aux ébats).

S’il fallait encore le dire, L’Insoumise est une réussite formelle à tout point de vue (mention spéciale à la photographie, superbe), mais surtout, un film d’une qualité narrative et discursive fort bienvenue en cette période de questionnement sur les sexualités. Après avoir conquis, il y a quelques mois, les sommets de la performance gonzo avec sa collaboration avec Manuel Ferrara, le studio Jacquie et Michel revient ici aux fondamentaux de la pornographie à la Française, un cinéma du verbe et du propos, et signe, indubitablement, le film de la maturité.



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Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.