Nicolin, l’homme qui raconte les tournages X avec des dessins

Quand on est un dessinateur talentueux, et que l’on a travaillé, six années durant, comme directeur artistique dans le X, forcément ça inspire pour éditer un album hilarant chez Fluide Glacial. C’est l’aventure qu’a vécu Nicolas Mazière, alias Nicolin, dont on vous parle aujourd’hui.

Nicolin, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, est un touche-à-tout. Auteur, dessinateur, il a été également, pendant six ans, le directeur artistique de la chaîne Libido TV [appartenant au groupe Canal Sat] et dont le slogan rigolo était : « La petite chaîne qui démonte ». Pour ceux à qui ça rappellerait les débuts de M6, je vous rassure tout de suite, on est loin dans leurs programmes, de la larmoyante Petite maison dans la prairie.

Mais Nicolin c’est avant tout un dessinateur doté d’un humour qui, personnellement, m’éclate. Tout a commencé par son blog, Le blog du petit Nicolin, sur lequel il publie ses dessins et narre avec un humour joyeusement décalé, des « souvenirs » d’enfance comme on en possède tous. Le meilleur pote, le pire ennemi et ces étranges créatures qui nous attirent comme des aimants, tout au moins par leurs formes : les filles. Ainsi, en 2007, il publie son premier album de BD reprenant le titre de son blog, parut chez Baboo Éditions.

Et puis, un an plus tard, quittons la primaire pour le collège. C’est la sortie des Puceaux toujours chez le même éditeur. Adieu l’énigme féminine, car rattrapé par leurs hormones bouillonnantes, deux potes tentent par tous les moyens de satisfaire leur voyeurisme précoce et les premiers désirs de cette puberté qui les assaillent.

Mais oui ! L’école est finie !

Le troisième album, parut en 2010 chez Drugstore, marque sa rencontre avec l’actrice Adeline Blondieau [que celui qui n’a jamais regardé Sous le soleil ou Les filles d’à côté, leurs jupettes ultracourtes et leurs décolletés plongeants, me jette la première pierre]. Leur collaboration donne naissance à Ma vie de people, qui montre que le statut de star au quotidien, à la merci d’être reconnu par des fans dans les situations les plus improbables voire les plus grotesques, n’est pas si simple à gérer, malgré le port obligatoire de lunettes noires.

Et aujourd’hui, avec Mes années les plus hard, c’est cette période 2010-2016 chez Libido TV, qu’il nous raconte en images. Quand on bosse en post-production [ou editing pour nos amis Britons], on gère le montage des séquences, parfois la réalisation, parfois même on titre. Alors moi qui me fais une joie chaque mois dans ce beau magazine qu’est Hot Vidéo de vous régaler de mes chroniques, sur lesquelles je passe des heures, voire des jours à tenter de trouver un titre qui vous accroche l’œil avant que vous puissiez vous le rincer, je vous avoue qu’en écoutant l’interview que Nicolin a accordée à Camille Bosshardt, pour son émission « L’invité du jour » sur la chaîne Provence Azur, dès qu’il a parlé titres, mon oreille s’est tendue, comme mon chibre lorsque je regarde un J&M.

Trouver un titre est nonobstant la partie la plus amusante du travail de directeur artistique. Évidemment, on n’est pas au Monde ou au Parisien, alors on évite l’informatif et on tente des jeux de mots improbables dignes de Libération ou du Canard enchaîné, pour capter votre attention, en faisant gaffe, toutefois, à ne pas tomber dans les pièges capillotractés [terme désignant le tirage de cheveux] à l’excès.

Une BD préfacée par la fée Morgane

À la lecture de planches dédiées aux titres, j’ai senti immédiatement le talent. C’est qu’il en a pondu, des petits chefs-d’œuvre, le Nicolas. Pinez-les haut et court pour un porn western à gros spaghettis, Le choc des tétons pour un peplum hardcore, Fist and furious pour un film axé bagnoles et cagoles, j’en passe et des meilleurs.

Et le zigue là, il en a quand même vu défiler sur les plateaux, des bombes anatomiques qui hantent vos nuits et nonobstant les miennes ! Rendez-vous compte : Nicolin a non seulement trouvé le titre À la recherche de Manon des bourses, d’après l’œuvre de Marcel Pignol, réalisé par David Caroll [à qui l’on doit entre autres de bien bandantes petites soirées passées devant Sodogirls dans la Lavande (Récréations Vicieuses) ou Leçons anales pour petites salopes], mais de plus, il a vu toute une journée, voire plus si affinités, Oksana, Jessie Volt et Nikita Belluci se faire déglinguer dans tous les sens du terme et de toutes les façons imaginables… Évidemment quand il rentrait le soir et qu’il se retrouvait seul avec son désespoir [il était à l’époque célibataire] ça devenait rapidement compliqué [Ne manquez pas : Je travaille dans le porno et il me reste deux dixièmes à l’oreille droite, l’un des prochains sujets brûlants de « C’est mon choix »]. Ce sont, bien évidemment, là les côtés quelque peu dérangeants du X, comme il le confie au cours de la même interview.

Et puis notons tout de même la préface signée de la main de la fée du X : Clara Morgane. Même si elle est retirée du hard depuis bien longtemps, elle restera à jamais cette magicienne oscillant entre charmes et braguettes magiques. Comme elle l’écrit à la fin de la préface, à propos de Nicolin : « Il relate de façon très amusante et bienveillante son expérience et vous fera partager son étonnant quotidien parmi celles et ceux qui font le porno. »

Pour conclure, si vous aimez la bande dessinée et le milieu du X, Mes années les plus hard est un must à dévorer sans modération et, pour une fois des deux mains, ce qui va en changer plus d’un…

Vincent Lacrosse

À propos de Vincent Lacrosse

Pigiste globe-trotter, essentiellement pour la presse américaine.