Découvrez le porno avec… des taches !

Ils ne savent plus quoi inventer ! Non pas que j’aie quoique ce soit contre nos amis belges ni contre l’art en général. Mais mélanger expérience artistique et X, tant éthique soit-il, me semble quelque peu trop abstrait, pour quelqu’un qui, comme moi, ne comprend déjà rien aux œuvres exposées à la FIAC.

On peut certes demander, aujourd’hui, à ce que l’industrie pour adultes se veuille plus éthique, pour éviter les débordements qui ont pu avoir lieu pendant de nombreuses années. Mais ! De là à virer toute image sexuée de vidéos dites « pornographiques », où peut bien être l’intérêt ? Car le fond du problème, du site sexblotch, est là.

« Et sur celle-ci ?
– Oh ! Mais quelle cochonne celle-là !
– Je vois que nous allons mieux… »

Alors moi, je veux bien, mais qu’est-ce qui pourrait bien vous donner l’envie de vous la palucher, pervers que vous êtes, devant les mouvements discontinus de taches de peinture accompagnés de la bande-son d’un film érotique, qui rappellent, nonobstant, les secondes parties de soirée de M6 ou TMC. Et surtout, la question qui m’interpelle, en mon for intérieur, est : mais pourquoi avoir classé ce site comme « pornographique », alors que sur YouTube, on trouve facilement la bande originale, bref les doublages, du film Maîtresses très particulières [Alpha France (Blue One), 1980], montage de séquences du film américain Jack and Jill de Chuck Vincent [1979, VCA] entrecoupées de scènes filmées à Paris, pour faire plus « de chez nous », par Burd Tranbaree, qui réalisa entre autres des chefs-d’œuvre d’époque tels que Parties de chasse en Sologne [1979] avec Brigitte Lahaie et Marylin Jess ou Petites culottes chaudes et mouillées [1982] avec Cathy Ménard.

On ne bouge plus le petit oiseau va sortir…

Mais qui donc est derrière ce « machin » ? Eh bien, il s’agit de deux artistes belges. Serge Goldwicht et Pierre Lebecque. Le premier « Artiste et […] réalisateur […], titulaire d’un master en philosophie de l’Université libre de Bruxelles » [Source] rencontre le second « Concepteur et compositeur sonore, […] diplômé en sciences sociales et thérapie familiale de l’Université Catholique de Louvain […] et titulaire d’une maîtrise en sociologie avec musicologie. » [Source : idem] au cours de l’année 2015. « Maître » Goldwicht a inventé « un dispositif qui lui permet de filmer des taches de peinture abstraites évoluant au rythme du désir humain, sans effets spéciaux. En utilisant la tache comme un catalyseur de l’expression, une porte à notre subconscient. » Sa rencontre avec le sieur Lebecque lui permettra de « fusionne[r] les images avec une partition musicale créée spécifiquement pour leurs mouvements uniques. »

Ne vous inquiétez pas c’est juste un petit toucher rectal pour évaluer vos symptômes psychologiques.

L’art ou la matière ?

Le travail de ces « artistes » repose sur les travaux du psychiatre suisse Hermann Rorschach [1884-1922]. Vous avez, sans doute, tous entendu parler de lui, puisqu’il est l’inventeur du fameux test. Mais si, enfin, rappelez-vous, vous savez ces taches d’encres que les messieurs en blanc viennent nous montrer pour que l’on exprime ce que ça nous évoque. À ce propos, mon dernier, hier soir à l’asile, s’est excessivement bien passé, puisque mon psychiatre m’a ouvertement confié : « eh bien, Monsieur de Baujouailles, nous faisons des progrès. Notre symptôme “Gilles de la Tourette” suit une régression parfaite. » Ce à quoi j’ai rétorqué : « Putain ! Enculé ! » et le personnel soignant a gracieusement augmenté les doses de mes petites pilules roses du soir…

Vous êtes sûr, Docteur, que ça va m’aider à lutter contre ma porno-dépendance ?

Mais hagard, je m’égare, revenons donc à nos moutons. Les travaux du susdit psy, concernant le « pouvoir » de l’inkblot [tache d’encre en bon français ou tintenklecks dans la langue de Goeth] comme outil thérapeutique, ont inspiré nos deux artistes. Partant du fait que différents courants avaient utilisé ce concept auparavant, qu’il s’agisse de la renaissance de de Vinci, du surréalisme de Dali [1920], du pop art de Warhol dans les sixties ou encore du psychédélisme de la période hippie. Ils ont donc décidé de l’adapter au porno afin « [d’] engager vos sens d’une manière hautement abstraite et libératrice. Sans chair ni corps […] seule votre imagination compte [pour] vous reconnecter à votre propre sensualité innée […] libérée des images oppressives […] de la pornographie mainstream pour explorer la sensualité selon vos propres termes. »

L’art est avant tout une question de barbouillage…

Alors tant que ça reste dans un courant artistique ou entre les murs d’un hôpital psychiatrique, je dis : « pourquoi pas », mais dans le porno… Nonobstant, je m’engage sur le site et regarde nonchalamment leur vidéo de présentation où effectivement ça glisse au pays des merveilles. Et afin de vous rendre compte de ce que l’on y voit et surtout pour vous éviter les 6’ 48” que dure la vidéo, et que j’ai dû me cogner jusqu’au bout, c’est-y pas héroïque ça, entre les « ah ! » « oui ! » « oh oui lèche-moi ! » « oh oui comme ça ! », « oh oui encore », les halètements et autres palots endiablés [Slurp ! Slurp !], sur des images de bulles, de mélanges de teintes qui a un moment, peut-être celui de l’éjaculation, rappelle un cargo dégazant au large de la mer Égée, au son d’une musique « flippante » qui m’a rappelé Prince des ténèbres ou Fog de John Carpenter, bah s’il y en a que ça fait bander… Félicitations ! vous avez gagné un divorce pour deux personnes.

Ça… à force de trop secouer son pinceau, forcément ça déborde.

Tout fou Lacan !

Parce que je peux vous dire une chose, ceux qui vont regarder un truc pareil, espérant que ça exacerbe leur libido au point de leur dresser le chibre avant une bonne partie anale, soit vont pioncer avant la fin des 2 h 40 min de vidéo annoncée, que dure l’originale, soit vont péter un câble et finir psychotiques ou sociopathes, déglinguant l’appartement, une tronçonneuse à la main, à la poursuite de la Madame, persuadé d’être désormais Michael Myers ou Jason Voorhees. Remarquez que moi, si vous lâchez Tiffany Leiddi, en porte-jarretelles, au beau milieu de la rédaction… Je ne garantis pas que l’ambiance, de mon côté, ne devienne pas tendue comme un string…

La psychanalyse étudie les choses en profondeur.

Déjà, plus jeune, on m’avait traîné à la FIAC [Foire internationale d’art contemporain], où je dus supporter les autopromos d’artistes français ou de plus loin, qui exposaient leurs œuvres qui, au passage, se vendaient soi-disant plusieurs centaines de milliers de dollars dans les galeries américaines. Mais ils en restaient à leur art et ne venaient pas nous râper les bonbons à venir s’incorporer dans un milieu qui ne les concernait en rien. Vous voulez du porno « éthique » ? Ça tombe bien, ça existe ! Des sites, comme celui de la réalisatrice Anoushka, lui sont consacrés et nombre d’actrices et d’acteurs francais actuels comme Lexie Candy, Doryann Marguet, Julie Valmont ou Titof y ont montré leurs talents ! Du porno se voulant « non machiste », plus dans la vision d’une relation de couple naturelle, même si personnellement je préfère mater Hardissime Anna ! ou Nikita, deux mecs dans l’anus ! sur le site de Jacquie & Michel, pour me mettre en forme…

Art et bien-être ou cuir et latex ?

Non, décidément, comme disaient les anciens, et parodiant le journal Libération du 11 septembre 1981, à la mort d’un autre « grand » psychanalyste, qui aurait certainement plu à nos deux amis belges pour exprimer d’une autre manière supplémentaire leur art, adaptant, cette fois, des concepts neurolinguistiques, encore plus obscurs, à la pornographie du XXIe siècle : Tout fou Lacan ! ma pauv’dame ! C’est moi qui vous’l’dit…

 

Vincent Lacrosse

À propos de Vincent Lacrosse

Pigiste globe-trotter, essentiellement pour la presse américaine.