Ivan ou l’empire de la pornstar

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Physiquement imposant et bling-bling en toutes circonstances, le réalisateur Ivan possède un style unique dans la Porn Valley. Pourtant, même s’il n’hésite jamais à se mettre en avant, c’est bien les actrices qu’il sublime à travers son travail.

Au milieu des spécialistes du marketing et du référencement qui s’approprient progressivement la pornographie moderne, on trouve encore quelques entrepreneurs du X à l’ancienne. Ivan compte parmi ces derniers et, en ce sens, il s’apparente à un Ovni du porn. Né en Union soviétique à l’époque de la guerre froide, bien avant que Sting ne s’intéresse à l’amour porté aux enfants russes, il a vécu dans plusieurs pays d’Europe avant de se fixer définitivement aux États-Unis et de se diriger vers une carrière dans le domaine cinématographique.

Néanmoins, c’est bien connu, pour espérer percer à Hollywood, il faut commencer par jouer le serveur dans une multitude de restaurants. Problème, si la balance fricote avec le quintal quand on pose les deux pieds dessus, les pourboires ont plutôt tendance à se faire rares.

Alors, c’est vers le X qu’il s’est tourné, pour boucler les fins de mois, en étant chargé de filmer les coulisses des longs-métrages de l’époque. Et à force de livrer du contenu de qualité, son producteur d’employeur lui a proposé de réaliser un film en lui-même plutôt qu’un making-of. Depuis, il a tenu la caméra pour des compagnies telles que Tom Byron Pictures, Dreamzone, Anabolic ou encore ATK et, surtout, il construit son empire.

Aussi fin connaisseur des pornstars que Stéphane Bern des têtes couronnées, Ivan a fini par fonder sa propre compagnie : Puba. L’idée de base était d’en faire un network [un réseau de sites interconnectés par un seul et même abonnement] un peu dans le genre de Reality Kings ou Brazzers sauf qu’il s’appuie sur une seule niche véritable : la star du X. Au fil des ans, il met en place les sites personnels d’une soixantaine d’actrices, bien souvent des têtes d’affiche telles que Samantha Saint, Christy Mack, Asa Akira, Natasha Nice, Dani Daniels, Lily Carter, Nicole Aniston, Taylor Vixen ou bien Skin Diamond.

Fan de bande dessinée, à tel point qu’il souhaitait devenir dessinateur quand il était jeune, il incorpore souvent une ambiance de comic book à ses projets. Cela se retrouve dans la police d’écriture utilisée sur nombre de ces sites ainsi qu’au niveau de l’habillage voire des illustrations qui sont parfois des dessins ! Reste encore à les alimenter en scènes…

L’amour des femmes et du Super-8

Diplômé de cinéma et réalisateur de films d’horreur indépendants, il prend lui-même la caméra et impose sa patte artistique. Ainsi, il n’hésite pas à s’aventurer hors des sentiers battus en proposant des scènes avec des petits scénarios, parfois angoissants, comme celle avec Dani Daniels en petit chaperon rouge surprise par le grand méchant loup ravi de pouvoir enfin lui bouffer la chatte !

C’est l’occasion pour lui de laisser libre cours à son imagination. « Outre le salaire, la raison pour laquelle je me suis lancé dans l’industrie pour adultes, c’est la liberté créative », expliquait-il, il y a déjà dix ans, dans les colonnes de Small Format Magazine. Passionné par le Super-8, Ivan a été obligé, avec le temps, de délaisser ces merveilles du passé pour se tourner davantage vers le numérique.

C’est que, comme la plupart des réalisateurs X, il travaille essentiellement sur du gonzo, même s’il compte parmi les rares producteurs qui s’appliquent à inclure une histoire originale en marge de la plupart des parties de baise. Quand ce n’est pas le cas, il travaille généralement le cadre pour proposer un environnement unique, souvent riche en couleurs.

C’est aussi pour se démarquer de la concurrence qu’il s’était mis en tête d’immortaliser les actrices de ses tournages en train de tenir une caméra. « J’adore les femmes et j’adore mes caméras. C’est une manière pour moi d’être unique dans cette industrie. La plupart des gens dans le porno ne connaissent rien au cinéma et aux caméras. Mais moi, c’est mon grand amour, alors j’aime le montrer », précisait-il, toujours dans le même magazine.

« C’est amusant parce que de nombreuses actrices sont perdues et certaines sont si jeunes qu’elles ne comprennent même pas qu’il s’agit de véritables caméras de cinéma. » Quelques-unes se prêtent vraiment au jeu, ce qui engendre un contenu particulièrement riche d’autant qu’il ne se prive pas pour autant pour laisser une caméra à une actrice et lui montrer comment ça marche. Dans I am Christy, c’est ainsi Christy Mack qui lance le tournage de la dernière scène en s’emparant de la caméra pour filmer la préparation avec Toni Ribas et Dahlia Sky [qui se faisait encore appeler Bailey Blue, à l’époque].

Fidèle à ses racines, il continue d’immortaliser les coulisses de ses tournages et de l’industrie du X dans son ensemble puisqu’il tient depuis des années un vlog sur Youtube. Loin des contraintes économiques du porno, il peut exprimer encore plus librement sa créativité.

À une époque, il se baladait avec une grosse chaîne autour du cou à laquelle était accrochée une GoPro. La chaîne était si tape-à-l’œil que la caméra passait totalement inaperçue et pouvait filmer librement à hauteur de décolleté. Bien vu ! Dans l’une des vidéos les plus récentes, il confie une caméra Super-8 à Nicole Aniston quand elle n’est pas en train de twerker. Une adaptation en vidéo de son ancienne série photo, en somme. C’est surtout un rappel que les pornstars seront toujours au cœur de son empire.

Vincent Lacrosse

À propos de Vincent Lacrosse

Pigiste globe-trotter, essentiellement pour la presse américaine.