Au Japon, le porno se noue les couilles

Le porno vit des heures difficiles au Japon, pourtant dans le peloton de tête des pays pornocrates. Raréfaction des tournages, dérive craspouilles sans queue ni tête et haro sur les délires pédo-malsains. Bref, le soleil se lève toujours en premier pour les Japonais, mais les queues se couchent et le taux de suicide est en constante hausse. Enquête.

Réputé premier marché porno au monde, sans que l’on sache sur quels chiffres se basent les estimations, le marché porno nippon semble en berne. La faute à une législation de plus en plus stricte et à une mutation de son marché, désormais largement pénétré par le porno occidental. Signe des temps, de plus en plus d’actrices japonaises n’hésitent plus à quitter le pays pour tourner en Europe ou à Los Angeles.

Le porn japs, enfant de la censure

S’il est si diversifié (anime, jeu, manga, photo, video), le porno japonais le doit paradoxalement à la censure qui sévit sur le pays depuis 150 ans. Sous le règne de l’Empereur Mutsuhito, connu sous le nom d’ère Meiji à partir de 1868, les shunga sont interdits. Les shunga, ce sont des tablettes de bois sur lesquelles sont gravées des images pornographiques. Soucieux de renforcer l’Empire qui commence à se montrer très belliqueux envers ses voisins russes, chinois et coréens, le gouvernement souhaite à tout prix renforcer la natalité. Les spermatozoïdes perdus sur les shunga serviront plutôt à donner naissance aux futurs guerriers que le Japon fera déferler sur l’Asie dans la première moitié du XXème siècle. En 1945, pour des raisons similaires de natalité, les Américains n’abolissent pas l’article 175 datant de 1907 et qui interdit aux Japonais la représentation des parties génitales dans les films et les photos. Puisqu’ils ne pourront pas voir une bite, une chatte et encore moins un coït sans un floutage pixellisé, les Japonais font marcher leur imagination et s’intéressent aux façons détournées de montrer un cul à travers le dessin, le jeu vidéo et l’anime, des domaines que la censure néglige. En parallèle, les paraphilies investissent le champ porno profitant là aussi d’une censure plus souple sur les marges. Les poils pubiens, à l’origine pour dissimuler le clito et les grandes lèvres, deviennent une source de fascination. Un soupçon d’art graphique, une grosse pincée de trauma post-nucléaire et une bonne dose d’imagination alimentée par l’interdit donne naissance au marché du manga porno en BD et en anime : le hentaï qui déferle sur le monde dans le sillage lointain des bagnoles et de la tech made in Japan au début des années 80. Au menu : tentacules, monstres aux plantes et bave spermo-cosmique sur des sylphides bleues aux oreilles de chat et tétines sur-gonflées. Pendant des décennies, tous les délires sont autorisés pour peu que le Japonais conserve la productivité économique qui fait l’orgueil d’un pays privé d’armée. Jusqu’à la fin des 90’s, le porno japonais reste fermé et tourne en vase clos. Le réseau va bien entendu changer la donne. La censure devient obsolète. L’ouverture sur le monde impossible à contenir.

Janvier 2019. Le couperet tombe sur la presse magazine

Le premier secteur à déguster est la presse papier. Une agonie sur deux générations. Ironie du sort, le dernier coup de pelle sur le cercueil de la presse porno japonaise a probablement été donné ce mois-ci par la « faute » du sport. Avec la Coupe du Monde de Rugby en septembre et les Jeux Olympiques de Tokyo l’été 2020, les magazines porno si populaires doivent disparaître des étals des supermarchés 7-Eleven et Lawson, 34 000 points de vente à eux deux dans tout l’archipel. Telle est la décision de leurs directions. Oui, on achetait son mag porno avec sa canette de Kirin, H24, à la supérette du coin. End of the game.

Junior Idol et Lolicon

C’est l’aspect le plus choquant pour un Occidental : la fascination qu’ont les Japonais pour les modèles qui font très gamines. Attention, dans la plupart des cas, les filles qui sont sur les covers des AV (pour Adult Video) et dans les pages des magazines ont entre 20 et 30 ans, mais paraissent bien plus jeunes par la grâce de Photoshop. Dans d’autres, elles ont en effet l’âge qu’elles semblent avoir et pour peu que l’on soit un peu sanguin, on se dit naturellement qu’ils sont tarés de naissance, mais entre lolicon, shotacon, yuri, yaoi et autres joshikosei, difficile de s’y retrouver. Sous les pressions de la communauté internationale, notamment des Etats-Unis et de l’Unicef, la pédopornographie a été pénalisée en 2014.  Une date aussi tardive qu’hallucinante et les zones grises demeurent nombreuses pour peu que les prods se targuent de faire du « soft ». En 2016, l’ONG Human Rights Now a dénoncé le fait que de nombreuses jeunes femmes qui pensaient percer dans l’industrie du divertissement étaient dupées et contraintes à tourner pour l’industrie porno. On se gardera d’ériger en généralités des faits divers sordides, dans la mesure où d’autres actrices ont publiquement défendu l’industrie locale, mais les producteurs louches doivent être très nombreux parmi ceux qui distribuent leurs cartes de visite dans les quartiers de Konbini, Akihabara et Nipponbashi et les petites annonces proposant la célébrité.

Le marché (noir) chinois pour débouché

Toutefois, l’internationalisation du marché porno n’a pas que des effets contraignants mais néanmoins salutaires sur le porno nippon. Le Japon profite en effet à fond du puritanisme qui règne en Asie alors que la prostitution est institutionnalisée ou à ciel ouvert quasi partout. Seul pourvoyeur de vidéos avec des actrices asiatiques (les Etats-Unis, voire le Brésil suivant loin derrière avec des perles comme Asa Akira par exemple), le Japon a inondé le continent de ses productions (Japan Home Video, DMM, Core Magazine, V&R et des dizaines d’autres) et en premier lieu son gigantesque voisin chinois, chez lequel tout est officiellement interdit. Sur les marchés des métropoles chinoises, les DVD pirates des productions japonaises cohabitent avec le chou. Piratés ou pas, les Japonais trouvent leur compte en situation de monopole. En parallèle, les actrices nippones n’hésitent plus à sortir du pays, histoire de voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Des actrices comme Tsubasa Amami, Sora Aoi, Ameri Ichinose, Tina Yuzuki et Maria Ozawa (peut-être la plus connue) ont non seulement dépassé les frontières du porno au Japon en officiant dans le divertissement mainstream, mais se sont exportées jusqu’à Los Angeles, Londres et Budapest.

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.