Suivez-nous

Actu/News

Ahegao, le nouveau visage du plaisir

Clint B

Publié

le

Les yeux qui louchent, révulsés vers le milieu du front, la bouche tordue en un rictus abscons, la langue pendante, du bout de laquelle s’élance joyeusement un filet de bave visqueuse ; il ne s’agit pas là des symptômes faciaux d’un accident vasculaire cérébral particulièrement spectaculaire, mais bien de la toute dernière tendance en matière de porno. « Ahegao », c’est le nom de cette nouvelle pose plutôt graphique, importée du Japon, qui enflamme la toile et les galeries photos des apprentis cosplayeuses les plus coquines, pour le plus grand bonheur des mordus d’érotisme geek.

« Ahegao », avec un nom aux consonances aussi étranges à nos oreilles occidentales, difficile de se représenter ce que signifie cette obscure expression nipponne. Elle est pourtant parfaitement limpide dans la langue de Bashō, puisqu’elle désigne littéralement un visage gémissant, cette tête transie de plaisir que l’on tire à l’apogée d’un orgasme bouleversant. Plus précisément le mot est la conjonction de deux termes japonais : アヘ (ahe) et (gao ou kao). Et si est le kanji du mot « tête » ou « visage », アヘ est l’abréviation de アヘアヘ (« ahe-ahe »), une onomatopée du gémissement si primitive qu’elle ne s’écrit qu’en katakana, l’alphabet phonétique des locuteurs de l’archipel. La tronche « iiaaahh ! », voilà un concept qui nous parle beaucoup plus…

Taimanin Asagi, monument du jeu vidéo hentai et des grimaces salaces

Nous ne saurions toutefois résumer l’ahegao à son étymologie, le charme d’un tel motif étant avant tout visuel. Et si je vous dis « art visuel », « porno » et « Japon », vous me répondez ?.. Hentai, évidemment ! C’est bien entendu le manga pornographique et ses différentes déclinaisons (anime, eroge) qui ont popularisé l’ahegao à travers le monde. Des œuvres telles que les jeux Taimanin Asagi ont même fait de ce visage tordu de plaisir leur marque de fabrique, à la faveur d’un graphisme reconnaissable entre mille. Il n’en fallait pas plus pour que le petit monde du porno « live action », de plus en plus friand de références geek, s’approprie le phénomène.

Belle Delphine (aussi en couverture), la « gamer girl » très coquine qui vendait l’eau de son bain aux nerds…

On ne compte plus les cam-girls et autres pornstars teenagers qui surfent sur la vague kawaii. Affublées de perruques fluos et d’oreilles pointues, les nymphettes du Web rivalisent de cosplays plus ou moins fidèles (mais rarement très chastes) pour incarner les égéries fictives de la génération Y et faire rêver les nerds, leur cible « number one ». Héroïnes de jeux vidéo, de films, de manga ou de comics, tout passe à la moulinette porno de leurs productions « maison » à la rigueur plutôt relative vis-à-vis du matériau originel. Et, comme un hommage à la culture érotique japonaise de laquelle tout est parti, l’ahegao s’est naturellement imposé chez ces demoiselles comme un symbole incontournable, presque un cri de ralliement. Pourquoi ? Peut-être tout simplement parce qu’il est « tout public ».

À l’heure où les réseaux sociaux, relais indispensables de la visibilité promotionnelle, mènent une inlassable campagne de harcèlement à l’encontre des travailleurs du sexe, traquant sans merci le moindre bout de fesse, de téton, de cuisse un petit peu trop apparent (surtout lorsque ce dernier appartient à une actrice porno), l’ahegao sonne comme une riposte malicieuse à l’inquisition. Sans enfreindre les sacro-saintes conditions d’utilisation, nouvelles Tables de la Loi numériques, l’ahegao évoque la chair carmin, les orifices béants, les fluides répandus et la jouissance sans bornes. L’ahegao, c’est le charme ridicule, excessif et un rien salace du plaisir sexuel ; sans le sexe. Parfaitement conforme aux impératifs virginaux de notre société 2.0, chacun peut s’essayer à l’exercice et partager ses tentatives plus ou moins heureuses de grimace érotique sur Facebook, Twitter et Instagram sans se condamner à l’exil. Après avoir contourné la censure pénienne dans le hentai, par le recours aux fameuses tentacules, l’art japonais vole à nouveau au secours d’un porno en proie à l’asphyxie morale, avec l’ahegao, nouveau visage numériquement correct du X.

Oups ! On voit un peu le téton…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

Populaire

Merci de désactiver votre bloqueur de publicité pour accéder à ce site.

ADBLOCK a cassé ce site en voulant supprimer son contenu publicitaire.
Désactivez ADBLOCK pour consulter nos articles.