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Interview portrait : Dorian Del Isla – Vous avez dit Alpha ?

Clint B

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Croiser Dorian Del Isla sur un plateau de tournage pour la première fois laisse généralement une impression marquante. Grand et baraqué, son port strict et son visage dur lui donnent un air taciturne qui inspire le respect. En clair, il en impose. Et ce n’est certainement pas le passé militaire qu’on lui prête dans les murmures de coulisses qui viennent l’amoindrir. Attention, au sein du petit monde plein de testostérone des acteurs porno, nombreux sont ceux qui prétendent avoir fait ceci, qui jurent avoir fait cela, ambitionnant ainsi de conquérir quelques places dans le concours de bite le plus littéral de tous les temps. Dorian, c’est l’inverse. Il préfère laisser les autres prétendre pour lui. Les sept ans qu’il a passés chez les commandos parachutistes suscitent chez lui plus de sobriété que de vanité, bien qu’il définisse volontiers cette expérience comme fondatrice de ce qu’il est aujourd’hui.

« Ça marque une vie, puisqu’en plus c’était au début de ma vie d’adulte. Je reste un grand soutien à l’armée, qui est une institution que je respecte énormément. J’y ai appris à être un bon militaire, mais j’étais moins un bon militaire qu’un bon soldat. Je suis carré, ce qui plaît assez aux productions. Tu me dis : ‘RDV à 7h du matin sur le plateau.’ Je suis là à 6h55. J’ai acquis cette rigueur… et ce côté combatif, combattant. Même s’il y a des problèmes, des difficultés, je n’abandonne jamais. Si on me demande de rester douze heures sur un plateau, j’y resterai. Je souffrirai en serrant les dents. J’ai grandi en tant qu’adulte pour être un combattant. Toute ma vie je réagis comme ça. Ce n’est pas forcément idéal pour tout, mais c’est comme ça que je me suis construit et j’en suis fier. »

Cette voie du guerrier, Dorian la poursuit autant par l’esprit que par le corps. Pratiquant les arts martiaux depuis ses dix ans, le bushi s’est exercé voire illustré à des disciplines aussi variées que le judo, le kung-fu, la boxe thaïlandaise. Bagarreur dans l’âme, il valorise autant l’état d’esprit imposé par les sports de contact que la discipline athlétique qu’ils impliquent. Et s’il a effectivement abandonné la compétition, il aime chausser les gants à chaque fois qu’il en a l’occasion, pour taquiner le sac de frappe ou le sparring partner, collectionnant ainsi les ronds de serviette dans des salles de boxe aux quatre coins de la planète.

« Quand tu es quelqu’un d’un peu nerveux, l’engagement physique et le combat te rappellent que tu n’es rien, que ta vie peut s’écrouler en un instant, en un coup de poing ; qu’il faut toujours rester humble et motivé pour relever la tête. Être combattant ce n’est pas seulement par les muscles, c’est arriver à un objectif. Quand tu montes sur un ring, ton objectif, c’est de gagner, par K.O. ou aux points, mais de gagner. On te donne le même leitmotiv à l’armée. Et c’est pareil dans la vie professionnelle, notamment dans le porn. Ce que tu veux c’est gagner, atteindre tes buts. Si tu veux rentrer dans cette compagnie, tu vas y arriver. Il y a des compagnies dans lesquelles je voulais rentrer, elles ne voulaient pas entendre parler de moi. J’y suis rentré quand même. Ma femme est comme ça aussi ; c’est dire si à deux, on commence à être dangereux. »

Sa femme n’est nulle autre que la talentueuse Cassie Del Isla avec qui ils forment l’un des couples les plus torrides du X-business. En plus d’asseoir leurs statuts de performeurs de Los Angeles à Sydney, les deux tourtereaux mènent des vies de libertins plutôt généreuses, que la presse internationale a pris un malin plaisir à détailler. Aussi, les Del Isla sont aujourd’hui connus comme les loups blancs dans les parties fines les plus glamours de la planète. Mais, eu égard aux partouzes angelines et aux boîtes à cul barcelonaises, la France reste à leurs yeux le flambeau de la débauche mondiale.

« On a fait de bonnes soirées un peu partout, mais en France, il n’y a pas de jugement là-dessus, on s’amuse ; même si en ce moment on devient un petit peu plus politiquement correct, ce qui est dommage. La France vue des Etats-Unis, vue d’Australie, c’est « Ouh, la, la ! » et « ménage à trois ». On fait beaucoup de bonnes rencontres, dans les soirées françaises. On s’éclate, tout le monde est là pour baiser, s’encanailler et boire du champagne. Vive la France ! »

Chez les Del Isla, baiser n’est pas tromper. Et pour cause ; leur amour est antérieur à la pléthore de partenaires, professionnels ou amateurs, qui peuplent leurs aventures sexuelles. Leur secret : être eux-mêmes, en toutes circonstances, et tout partager.

« Cassie, c’est ma femme, ma maîtresse et ma meilleure amie. On se retrouve sur tout, et tout ce qu’on fait à côté, libertinage et autres, c’est très naturel. On a fait plein d’orgies, on a beaucoup tourné, beaucoup travaillé partout dans le monde. Mais dès qu’on a besoin de se voir, hop ! On se fait un ciné, un resto ou un pub. Et on se parle de nos expériences, pour le simple plaisir de passer un moment ensemble. On a besoin de personne pour sortir. »

 

Ce qu’il admire le plus chez sa moitié : « son côté caméléon », capable de passer pour un top-model dans les cocktails branchés de Beverly Hills et de se changer, l’instant d’après, en tigresse insatiable invitant cinq mecs à partager sa nuit. Ils se rencontrent 2013, à l’époque où lui gère le Private, un club olé-olé du Sud de la France où sa future promise fait montre de ses charmes. Mariés en 2015, c’est ensemble qu’ils se lancent dans le X l’année suivante, à la faveur des propositions insistantes de Tristan Seagal, réalisateur émérite et ami de longue date du couple. Pour autant, Cassie et Dorian n’avaient rien de novices. Ils ont même été à « bonne école », comme il le dit si bien, puisque déjà, ils trustaient la première place des sites de webcam.

« On s’exhibait aussi dans un théâtre à Barcelone : le Bagdad. On y montait toute une semaine pour faire un show par soir. Venir au X était assez naturel, puisque finalement, c’était con de rester enfermer dans un petit milieu comme les boîtes de nuit et les théâtres. Pour notre première scène, Tristan nous a dit : « Faites ce que vous voulez. » Qu’est-ce que tu veux de plus ? Beaucoup de réalisateurs chez Jacquie & Michel disent ça aux débutantes. C’est plus naturel, et l’intensité y est réellement. Pas de direction, juste une caméra qui shoote tes « activités ». Puis, vu qu’on avait fait pas mal de shows en webcam, on savait comment se positionner, faire des « ouvertures » (montrer la pénétration, ndlr). On s’était construit des bases tout seuls. »

Le succès est tout de suite au rendez-vous, leur première apparition enregistrant des millions de vues sur le site Jacquie & Michel. Et l’ascension de Dorian ne s’arrête pas là puisqu’en 2018, le voilà nommé aux prestigieux AVN Awards, dans la catégorie du meilleur espoir masculin pour sa prestation dans La Détective, production haut de gamme du label Elite.

« J’étais le personnage principal, ce n’était pas une femme. Ça changeait et ça a fait parler de moi, du coup. Ma première agence aux Etats-Unis trouvait ça très bien. Je me sentais effectivement plus international, parce que des gens aux Etats-Unis connaissaient mon nom et ma tête. Les nominations sont importantes : j’ai été nommé meilleur acteur étranger, plusieurs fois. Mais cette année, j’ai aussi été cité pour le meilleur performeur tout court, avec les Américains. C’est une consécration : je suis rentré dans le business. »

Et par la grande porte, puisqu’il est aujourd’hui représenté par LA Direct Models, la « fabrique de star » qui chapeaute Adriana Chechik, Lexi Belle, Tori Black ou encore Anissa Kate. Excusez-nous du peu. Ceci dit, il ne suffit pas d’avoir un bon agent, encore faut-il performer, la ligue californienne étant la plus exigeante et la plus compétitive de toute la profession. Sérieux, ponctualité, endurance et surtout humilité sont les conditions sine qua non pour y prétendre. Et c’est encore loin de suffire.

« On ne vient pas aux Etats-Unis en imposant sa loi, son style. C’est un milieu qui n’a pas besoin de toi et il faut leur prouver que si, justement, tu pourrais leur être bénéfique. Le business US, tout comme LA Direct Models, si tu n’as pas quelque chose en plus, qui leur plaît, en plus d’être un performeur impeccable, tu vas combler les trous et dégager. Si les Américains sont très excentriques, d’un Européen, ils attendent de la discrétion et une certaine classe. Il ne faut pas être Cyril Hanouna, mais Daniel Craig, James Bond. C’est ce qu’ils attendent de toi. Ma personnalité et les efforts que je fais, c’est ce que je leur apporte. Puis il y a mon côté « homme », parce que les « garçons », ils en ont marre… J’ai reçu beaucoup de commentaires d’actrices américaines qui étaient contentes de tourner avec un « homme », qui n’était pas une « pussy », qui ne regardait pas l’angle de la caméra pour savoir s’il était sous son meilleur profil. »

Ce rêve américain sied parfaitement aux ambitions et à la rigueur de l’ancien soldat, qui envisage sérieusement s’installer là-bas durablement avec madame. Réclamés à cors et à cri par les studios, il n’attendent que de se mesurer aux feature movies, le long-métrage pornographique, haut de gamme du biz’ US, avec pour objectifs de s’imposer comme des figures incontournables.

« J’aime beaucoup le gonzo, du point de vue personnel. Mais professionnellement, j’ai envie de faire des trucs beaux. On est demandés pour des longs-métrages, les feature movies des grands studios américains ; des trucs énormes qui sont toujours nominés, qui passent à la TV américaines, partout dans le monde. 50% acting, 50% performance. Et ça, ça me plaît. Je n’ai aucun rêve hollywoodien, à proprement parler, mais je veux bosser pour ce genre de projets de plus en plus. Parce que quand un réalisateur t’aime bien, il aime ton charisme, il aime ta gueule, là c’est bon ; il te fait tourner dans ses films et tu t’éclates. Voire même, il t’écrit tes rôles. Là, on parle de « porn acting » »

En véritable globe-trotter, il ne boude pas pour autant l’industrie européenne qui a passablement développé son goût du « porn acting ». Car outre La Détective, qui l’a propulsé sur le devant de la scène mondiale, il livre toujours de vibrants témoignages de ses expériences sur les plateaux français.

« Sur le plateau de Secret, j’ai découvert ce que c’était que de tourner du cinéma traditionnel, avec Luka, et Ludovic qui est aussi un cinéaste. Et c’était bon ! C’était extrêmement dur, mais c’était très, très bon à faire. Il y a quelque chose chez eux, ils peuvent faire du tradi… Ils font du tradi, en y rajoutant des scènes X. Ça, c’est une des meilleures expériences françaises que j’ai eues. Je ne me suis pas senti « acteur porno », mais acteur tout court. Ça a éveillé une ambition que je ne soupçonnais pas. Il fallait que je le refasse. On peut dire ce qu’on veut, mais insuffler cet enthousiasme pour le cinéma, ils savent faire. »

 

Ce qui nous ramène justement à cette fameuse première rencontre avec Dorian Del Isla, sur le set de Secret, voilà maintenant un an et demi. Le colosse, en short de boxe, y taquine alors les paos au moyen de high kicks virevoltants qui rompent le silence, comme les poignets de son sparring, dans un fracas mat. Un peu plus tard, pour les besoins d’une séquence charnelle brûlante, le voilà qui honore sa moitié plusieurs heures durant dans le décor d’une planque de brigands quelque peu frisquette. Sans broncher, sans haleter, Dorian décoche ses répliques avec la même précision, la même passion qu’il décoche ses coups de pieds et de reins, son torse bombé plastronnant très haut le charisme viril qui le caractérise. Alors, Dorian Del Isla, mâle alpha ?

« Le statut de mâle alpha, je ne le cultive pas consciemment du tout. Déjà parce que ce statut est perverti par ceux qui se disent « mâle alpha » parce qu’ils ont besoin de l’entendre. Avoir des muscles, une barbe (le nouveau Wonderbra de l’homme), c’est être alpha maintenant. L’adjudant-chef de mon commando, lui c’était un mâle alpha. Il faisait soixante kilos tout mouillé et il fumait clope sur clope. Par contre, quand il parlait tout le monde se taisait. Le mâle alpha, c’est celui que tu te sens obligé d’écouter. Dans les rapports hommes-femmes, c’est celui qui prend les choses en main, parce qu’il sait prendre les choses en main. Un dominant calme, sécurisant. L’alpha, c’est le papa, même s’il a une grosse bedaine, qu’il est dégarni et mesure un mètre soixante ; le papa qui prend soin de son clan et qui le protège quand il en a besoin.

Auprès des femmes, ça marche sans qu’on l’affiche. Elles sentent si c’est vrai ou faux. Quand c’est faux, elles se rient de toi. Quand c’est vrai, elles ne se sentent pas dominées, elles te respectent. Mais ce n’est pas une question de muscle ou de boxe thaïlandaise. Cette combativité, tu peux la développer autrement. Ça peut être celle d’un journaliste à la recherche de vérité, celle d’un chef d’entreprise qui préserve sa société pour pouvoir payer ses employés et garder leurs boulots. Et les femmes trouvent ça très sexy aussi… »

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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