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Que dire à un NoFappeur ?

Clint B

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Le NoFappeur est une créature étrange. Sorte de moine-guerrier des temps modernes, il vit de musculation intensive, d’ascétisme sexuel et de prêches grandiloquentes concernant la supériorité de son mode de vie sur l’existence dissolue du commun des mortels. Son Sheitan à lui, c’est l’onanisme, père de tous les péchés capitaux : paresse, orgueil, gourmandise, luxure, envie, colère et avarice. En triompher, ne serait-ce que le temps de quelques semaines, permettrait d’accéder à un état de conscience supérieur, d’ouvrir le septième chakra, de repousser les limites du corps humain ; la précieuse semence ainsi conservée agissant tel un catalyseur des performances humaines les plus folles. Autant dire que nos fantaisies pornographiques constituent un point de friction plutôt abrasif avec cette communauté aussi charmante que barrée. Alors, en cas de confrontation, que répondre à ce genre d’Ostrogoth ?

Absolument rien ! Il s’agit en réalité d’un guêpier argumentatif. Car si le NoFappeur a effectivement renoncé à tout tripotage, il n’a en rien fait une croix sur l’auto-gratification, repoussant toujours plus loin les limites de la pignole. En clair, il crève d’envie vous faire part de son décompte depuis la dernière branlette, de vous détailler les affres de la frustration auto-infligée, de vous faire savoir combien sa vie est plus fantastique que la vôtre depuis qu’il a arrêté d’emmener Popaul au cirque, non sans se caresser métaphoriquement les tétons tout au long de sa tirade. Votre opinion est sa vaginette intellectuelle. Certains arborent même des T-shirts calligraphiés exprimant au monde leur dégoût de la pougnette ; c’est dire si leur expérience tient plus du militantisme racoleur que de l’introspection philosophique. Seulement voilà, le débat est parfois inévitable, tant le NoFappeur peut se montrer opiniâtre. Aussi, il convient de connaître les fondements pas toujours bien propres de son discours, pour mieux le déboulonner.

Je suis NoFappeur, venez débattre… Non merci.

Branler c’est tricher

Dans la dialectique NoFap, le sexe revêt un caractère éminemment moral, vraisemblablement hérité de siècles de condamnation de la légèreté de mœurs. Le plaisir sexuel s’y conçoit alors comme une récompense. Et une récompense, ça se mérite. No pain, no gain. Ce n’est pas pour rien si le discours autour du NoFap est trusté par les apôtres du virilisme. Elle bâtit un pont d’or entre la mouvance incel (pour « involuntary celibate »), ces paumés de l’amour convaincus d’incarner le tiers-monde d’un marché imaginaire de la baise, et les méthodes de développement personnel inspirées par Chuck Norris.

Si tu ne trempes pas ton biscuit, c’est forcément que ta valeur sur le marché de la gaufrette est bien trop basse pour appâter la consommatrice de petit Lu. C’est pas de bol, quand même. Mais ne t’en fais pas, jeune padawan, avec cette méthode en 12 étapes* à base de pompes sans les mains, de frustration sexuelle et de répliques qui tuent, tu te forgeras un mental d’acier et un corps de titane à faire pleuvoir les foufounes. À toi les femmes, les orgasmes, la richesse et l’amour propre. (*Seulement 159,99€ TTC.)

Et la muscu du poignet, alors ?

Selon cette mentalité un poil rétrograde, conçue sur l’auto-dénigrement et l’abnégation, la branlette constitue le péché ultime : la jouissance sans la souffrance. Pire, elle cultive les penchants les plus sombres de l’âme humaine : faiblesse, indolence et perversion. Et les « penseurs » de cette doctrine de redoubler d’arguments scientifico-botulique justifiant le propos.

Spéculation boursière

On passera sur les diverses condamnations du porno (misogynie, immoralité, accoutumance, description surréaliste de la sexualité, etc.). L’argumentaire est invariablement repris par les pisse-froids de tous bords pour revendiquer tout et son contraire. Il est cependant un concept particulièrement fascinant dans la théorie du NoFap : la rétention séminale. Le fait de conserver son sperme bien au chaud dans ses testicules aurait des vertus insoupçonnées. L’occasion d’une foire aux affirmations pseudo-scientifiques les plus improbables. Chacun y va de son interprétation tordue du dernier Science et Vie Magazine, dans un joyeux Kamoulox. Les plus timides soulignent la relation, assez discrète au demeurant, entre abstinence et production de testostérone (un pic sensible au septième jour, puis basta). Sous l’influence de l’hormone mâle, le NoFappeur décuple sa volonté, son énergie, sa puissance physique (pour faire des pompes sans les mains, essayez de suivre un peu). Mais plus encore, bourré de testo et privé de soulagement masturbatoire, il retrouve la motivation pour courir la gueuse comme un homme, un vrai. C’est oublier les effets néfastes de cette hormone sur l’agressivité et la concentration. Après tout, on ne fait d’hommelette sans casser des œufs…

Le secret du NoFap : occuper ses mains

Plus exotiques, certains foutrologues de l’extrême vont jusqu’à invoquer la médecine traditionnelle chinoise, quand bien même le seul rapport qu’ils entretiennent avec l’Empire du Milieu est le menu C12, supplément nems au porc, qu’ils commandent tous les samedis au Lotus Doré. Le sperme devient alors, au choix, le fluide vitale, le Chi, le Jing, une substance quasi-mystique qui véhicule l’énergie dans tous les recoins du corps de l’homme. S’en séparer, c’est s’affaiblir, voire mourir un petit peu. Et tel le menu du Lotus Doré, mariant le maki au saumon à La Vache qui Rit, les théoriciens de l’abstinence amalgament les notions physiologiques avec une confondante décontraction. Pour les uns, les vitamines et minéraux contenus dans le sperme sauvegardé viennent directement alimenter les muscles ; pour les autres, les gamètes stockés finissent carrément par irriguer les cellules du cerveau, favorisant la créativité. Le charlatanisme confine souvent au génie.

Paluchage militant

Devant pareil étalage d’absurdités, le débat d’idées trouve vite sa limite. Le NoFappeur vit dans une réalité parallèle, sans SVT, où l’on vénère un mâle alpha chimérique, si puissant et désiré qu’il ne se fatiguerait même plus à se tirer sur la nouille, puisqu’une tripotée de gonzesses ruisselantes de passion se relaierait à l’envi pour le traire de sa semence divine. En outre, argumenter pied à pied avec lui se révèle aussi épuisant que stérile. Vous ne convaincrez pas un type qui claque son argent de poche dans des manuels de séduction pour Néandertaliens.

Conan ne se caresse pas. Fais comme Conan ! #NoFap

Ceci dit, l’abstinent qui sommeille en chaque NoFappeur n’est pas l’ennemi. Au fond, chacun est libre de vivre sa sexualité à sa guise, selon ses préférences et convictions. C’est au prosélyte fallacieux qu’il faut rabattre le caquet. Si l’on peut arguer des bienfaits de la rétention séminale, de nos jours nombre d’études soulignent le bienfondé de la masturbation. Se branler n’a rien d’immoral, de lâche, de vain. C’est apprendre à se connaître, à se satisfaire, à s’aimer. Quant au procès en improductivité… Dans une société dévorée par le rendement, la branlette ne s’impose-t-elle pas comme le dernier refuge de notre droit inaliénable à l’oisiveté ?

Révoltons-nous, tripotons-nous !

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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