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Ron Jeremy : l’effet Weinstein

Dimitri Largo

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L’acteur légendaire Ron Jeremy est dans de sales draps. Accusé de multiples viols, il croupit en détention préventive et les juges lui réclament plus de six millions de dollars de caution pour sortir. Logique, dans le sillage de l’affaire Weinstein, le climat est à la chasse aux prédateurs, à moins que ce ne soit la chasse aux sorcières… Retour sur une affaire symptomatique de l’époque.

Il fut un temps pas si lointain où Ron Jeremy déambulait dans les couloirs du casino Venitian de Vegas, entouré de bodyguards. La même scène se reproduisait en janvier depuis 30 ans à l’occasion des AVN Awards. Désormais, l’acteur aux quatre mille femmes en autant de scènes est cerné par les gangsters mexicains et les suprémacistes blancs dans une cellule de six mètres carrés au Twin Towers Correctional Facility de L.A Downtown. Un comble pour celui qui fut le Sodomaniac

De la lumière à l’ombre

Mais pourquoi ce vieux salaud de Ron est donc derrière les barreaux depuis le 23 juin dernier ? Car à cette date, les plaintes de deux femmes pour viol, ainsi que celles de deux autres pour agression sexuelle sont remontées jusqu’au bureau de Jackie Lacey, l’Attorney General de Los Angeles. Le temps d’examiner et de requalifier les faits pour la justice américaine et voilà l’acteur incarcéré avec trois accusations de viol sur les bras, plus cinq autres d’agression sexuelle, en l’occurrence, des introductions d’objets et des copulations orales forcées… Les faits se seraient déroulés entre 2014 et 2019 dans une maison et des bars du quartier ouest de Hollywood. A ce stade, ça ne sentait déjà pas bon pour Jeremy qui risquait 90 ans de prison, mais trois jours après son arrestation, la descente aux enfers s’est transformée en chute libre : 25 nouvelles plaintes se sont additionnées sur le bureau du proc’, dont 13 concernant des faits qui se seraient déroulés en Californie du Sud. De 90 ans de placard, on passait à plusieurs fois la perpétuité, mais bon, à ce niveau-là, vous me direz qu’il n’y a que le Highlander pour ne pas s’en battre les couilles.

6.6…6 ?

Afin de s’assurer qu’un prévenu n’a aucune chance de sortir de sa détention préventive, les juges ont recours à une arme offerte par le droit pénal ricain : la liberté sous caution (d’ailleurs, le cinéma et les séries américaines l’ont tellement rabâché dans les scénarii que la plupart des gens pensent que le principe existe en France). Avec pour caution de sortie une somme de 6,6 millions de dollars, le juge de la Superior Court Miguel Espinoza a délibérément fixé un montant prohibitif que Jeremy ne serait pas en mesure de payer. Dans le détail, l’acteur s’est vu infliger un million de dollars de caution par « acte de félonie » pouvant conduire à la perpétuité (six au total), plus 100 000 dollars par « acte de félonie sérieuse » (au nombre de six également). Le compte est bon. En dépit de la combativité de son avocat Stuart Goldfarb, qui a essayé de faire baisser la note, les crimes sont apparus trop graves aux yeux du juge et Jeremy est resté derrière les barreaux

Le crépuscule d’une idole

Alors, Ron Jeremy est-il un prédateur sexuel ou victime de son statut d’acteur porno ? Pour son avocat, sa carrière est la meilleure preuve de son innocence : « il a été avec plus de 4 000 femmes durant ces 40 dernières années (l’acteur est âgé de 67 ans) et il clame que dans ce domaine, il est devant le basketteur Wilt Chamberlain (sic), il n’y a absolument aucune raison pour lui d’être agressif avec les femmes ». Une défense logique, mais qui ne prouve rien. Poussé à l’absurde, ce raisonnement voudrait qu’aucun boucher ne soit capable de crime de sang vu qu’il débite déjà de la barbaque morte à longueur de temps… Malgré l’absence d’antécédent judiciaire le concernant, Ron Jeremy a déjà été accusé de faits du même ordre en 2016. A l’époque, il fut soutenu par son agent, le puissant Dante Rusciolelli de Golden Artists Entertainment, qui, signe que les temps ne sont plus les mêmes, a décidé de le lâcher, déclarant même au journaliste de The Hollywood Reporter que « cette fois, aucune preuve de son innocence n’avait été apportée ». A ce titre, le système judiciaire des Etats-Unis veut que l’on apporte les preuves de son innocence plutôt que les autres. Celles de la culpabilité ne jouent évidemment pas en faveur de l’acteur porno, coupable par essence au pays de la morale, et sa situation n’est pas sans rappeler celle dont est affligée l’actrice Mercedes Carrera, toujours en attente de jugement. Toutefois, à l’heure de la libération de la parole, de #Metoo, #Balancetonporc, des affaires Weinstein, Epstein et autre Polanski, il apparaît peu probable que des dizaines de prétendues victimes se soient concertées pour mettre la misère à un vieux septuagénaire bedonnant qui a cramé au moins une bonne partie de son fric dans les excès en tout genre au long de sa vie. Pour enfoncer le clou, des témoignages de victimes commencent à sortir dans la presse. Dans le Toronto Sun, une agent immobilière nommée Charity Hawke et se présentant comme « une amie de Ron Jeremy depuis 24 ans » l’accuse de l’avoir agressée dans un hôtel, en mai 2018, détails à l’appui. 

Ça fait beaucoup… Et si le talent d’un Polanski mérite que le débat sur la distinction entre l’artiste et son œuvre se pose selon certains, celui de Jeremy, lui, ne mérite pas d’être sauvé.

 

Une vidéo tournée lors de sa mise en accusation :

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.

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