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The Gang Bang Theory – La pluralité est-elle inscrite dans nos gènes ?

Clint B

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La justification des préférences sexuelles par la biologie est un terrain pour le moins glissant, tant les démonstrations pseudo-scientifiques par la « nature des choses » ont pu servir d’arguments d’autorité aux discriminations les plus ignobles. La science est un débat d’initiés, de chercheurs rigoureux, et les propositions émises dans ce champ ont pour seule fonction, auprès du commun des mortels, de questionner la condition humaine et prendre du recul quant aux croyances collectives. Ceci étant dit, il est l’heure à présent d’aborder la théorie la plus fascinante de la biologie évolutive : l’être humain aurait une prédisposition naturelle au gang bang, façonnée par des milliers d’années d’évolution ; un postulat qui, une fois argumenté, semble beaucoup moins absurde qu’il n’y paraît…

À travers le mariage, concept partagé par la plupart des sociétés du monde, l’exclusivité sexuelle semble s’imposer comme une norme universelle. Pourtant, il se pourrait que la pornographie moderne, tout aussi universelle, remette en cause ce narratif si séduisant, si fédérateur. Où qu’on regarde, les séquences de pluralité masculine ont pignon sur tube, comme autant de coups de lame dans cet harmonieux tableau à la gloire de la monogamie triomphante. Elles rencontrent autant, sinon plus, de succès chez les hommes que chez les femmes. Plus révélateur encore, la majorité des hommes hétérosexuels connaissent le fantasme de voir leur compagne honorée par un autre. Peu importe qu’ils en ressortent jaloux, blessés, brisés, ils n’en seraient pas moins excités. Et si cette inclination, plutôt que d’être le marqueur de l’érosion des valeurs traditionnelles, était au contraire le signe d’un irrépressible atavisme primitif ? C’est l’un des points de départ de la théorie présentée aujourd’hui. Et de nombreux indices anatomiques, physiologiques et comportementaux tendraient à corroborer cette incroyable hypothèse.

L’incompatibilité fondamentale

Si homme et femme sont spécifiquement conçus pour s’unir par paire hétérogène, comment expliquer que les conditions de la satisfaction sexuelle soient si différentes entre l’un et l’autre ? Chez l’homme, l’orgasme survient généralement au bout d’une dizaine de minutes de stimulation. La jouissance est immédiatement suivie d’une période dite « réfractaire » durant laquelle l’érection et donc la poursuite du coït sont impossibles. En outre, la perspective d’une nouvelle insémination est illusoire durant ce laps de temps. Le beau sexe, lui, ne connaît pas l’épuisement. Le conduire à l’orgasme est beaucoup plus long, jusqu’à 40 minutes, et la seule pénétration se montre rarement suffisante. Qui plus-est, ce cap n’est en rien synonyme de mise en veille. Contrairement à son pendant masculin, l’appareillage féminin est tout aussi opérationnel avant qu’après et peut jouir à répétition, tant qu’il y a excitation. 

L’hypothèse la plus simple étant toujours la plus crédible, selon les préceptes du Rasoir d’Ockham, il n’existe alors qu’une solution à l’inéquation fondamentale de la compatibilité homme-femme, c’est d’ajouter des messieurs. Du point de vue évolutif, il n’y aurait guère que la pluralité masculine pour justifier à la fois l’endurance des unes et la hâte des autres.

La guerre du sperme

Mais la démonstration ne s’arrête pas là. D’après Sperm Wars, publication scientifique renommée du biologiste évolutif Robin Baker, la compétition sexuelle entre les mâles ne se jouerait pas en amont, mais en aval de la copulation. Et le chercheur d’étayer cette improbable assertion par l’hétéromorphisme des spermatozoïdes, c’est-à-dire le gabarit variable des plongeurs de combat produit par une même personne. Plusieurs études ont en effet montré que seuls 1% des spermatozoïdes auraient les caractéristiques morphologiques nécessaires pour féconder un ovule. Les autres seraient là pour faire le ménage parmi la concurrence ; ce qui implique, d’une part, qu’il y ait concurrence à l’intérieur même de l’appareil féminin et, d’autre part, que cette concurrence soit si prévalente que pareille fonction est devenue un impératif évolutif essentiel à la reproduction de son patrimoine génétique. C’est ainsi que la nature produit un cercle vertueux. Côté pile, la compétition induite par la pluralité amène l’homme à évoluer, développer des contre-mesures et concevoir des « spermikazes » pour partir au front sur le dernier champ de bataille. Côté face, la femme a tout intérêt à maximiser les rapports sexuels successifs pour sélectionner le sperme le plus vigoureux et, par extension, enfanter la progéniture la plus apte. Gagnant-gagnant.

Et même l’anatomie serait de mèche pour abolir le diktat monogame. En témoigne la forme du pénis de l’être humain, tout aussi efficace pour véhiculer sa semence que, selon les spécialistes, pour curer celle de ses concurrents du vagin de sa partenaire sexuelle. Ce serait d’ailleurs la fonction principale de la couronne du gland, une caractéristique spécifique à notre espèce parmi les grands singes. De là à y voir un avantage sélectif, il n’y a qu’un pas que les partisans de la Gang Bang Theory franchissent sans complexe, sur l’air de « si un trait naît et perdure à travers l’hérédité, c’est qu’il implique un bénéfice ». À tort ? À raison ? L’idée d’une forte relation entre forme et fonction du zob n’a en tout cas rien de marginale dans le champ de la biologie. Pour le coup, la libellule mâle est elle-même pourvue d’un pénis en forme de cuiller, l’édéage, servant, vous l’aurez deviné, à nettoyer les voies de Madame Dragonfly.

L’on pourrait encore citer la vocalité des femmes durant l’acte, qui servirait à ameuter d’autres donneurs, ou bien la taille des testicules humains, censément corrélé chez les primates à la propension aux mœurs polygames, mais vous voyez le tableau. Tout spéculatif qu’il est, ce faisceau d’indices illustre la profonde complexité du rapport entre biologie et comportements sexuels. Aussi, si on nous bassine à longueur de temps avec le caractère soi-disant naturel et héréditaire de l’infidélité masculine, opposé à une féminité emprunte d’ascèse et de dédain pour la chose, il est amusant de constater qu’on peut soutenir un propos parfaitement contraire au moyen d’arguments rigoureusement identiques : biologie évolutive et sélection naturelle. Charge donc à chacun de prendre un petit peu de recul quant à ce qu’il considère comme originel ou contre-nature. La pluralité pourrait bien être une manière tout à fait normale de penser la sexualité, du moins d’ici à ce qu’une nouvelle théorie révolutionnaire nous suggère combien les partouzes échangistes sont un mode de vie ancestral…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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