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L’Assemblée vote le contrôle d’identité généralisé : on vous la met !

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L’Assemblée nationale a adopté hier soir, dans une ambiance électrique, le texte rendant obligatoire l’identification via « France Identité » pour l’accès aux réseaux sociaux. Sous couvert de protection, c’est l’architecture même d’un Internet libre qui s’effondre.

C’est une bascule historique que la France vient d’opérer. Ce qui n’était autrefois qu’une dystopie lointaine est en passe de devenir la norme légale : pour tweeter, poster sur Facebook ou commenter sur TikTok, il faudra désormais montrer patte blanche, ou plutôt, montrer ses papiers. Le texte, fraîchement adopté par les députés et désormais en route vers le Sénat, impose l’utilisation de l’application régalienne France Identité comme unique sésame d’entrée vers les plateformes sociales.

Si le gouvernement célèbre une victoire contre « l’anarchie numérique », les défenseurs des libertés publiques, eux, sonnent le tocsin. Car derrière la mesure technique se cache un changement de paradigme total : la fin de l’anonymat et, par extension, la mise sous surveillance de la parole publique.

Le porno comme Cheval de Troie

Les observateurs les plus lucides l’avaient prédit depuis des années : la protection de l’enfance a servi de bélier pour enfoncer les portes de la vie privée.

Pendant longtemps, le débat s’est focalisé sur l’accès aux sites pornographiques. L’intention était louable et inattaquable : empêcher les mineurs d’accéder à des contenus violents. C’était le cheval de Troie idéal. Qui oserait s’opposer à la protection des enfants ? Une fois le principe technique de la vérification d’âge par tiers de confiance accepté, l’infrastructure de contrôle était prête.

Il ne manquait plus qu’une occasion pour élargir le spectre. Les réseaux sociaux, avec leurs lots de cyberharcèlement, de désinformation et leur rôle supposé dans les récentes émeutes, ont fourni le « coup de massue » nécessaire. Le glissement s’est opéré : on ne parle plus de protéger les enfants du porno, mais de surveiller les citoyens pour « pacifier » le débat public.

L’illusion du « Je n’ai rien à cacher »

Face à cette mesure, l’argumentaire gouvernemental est rodé : « Si vous êtes un honnête citoyen, vous n’avez rien à craindre. Seuls les trolls et les délinquants se cachent. »

C’est une rhétorique dangereuse qui nie l’essence même de la liberté d’expression. L’anonymat (ou le pseudonymat) n’est pas l’arme du criminel, c’est le bouclier du lanceur d’alerte, du militant politique, du salarié critique envers sa direction, ou du citoyen explorant des idées minoritaires.

Lier son identité régalienne (carte d’identité) à son activité numérique crée un fichier invisible mais potentiellement consultable. Aujourd’hui, cette mesure est portée par un gouvernement qui se dit démocrate. Mais qu’adviendra-t-il si, demain, une majorité aux tendances plus autoritaires accède au pouvoir ?

  • La critique politique deviendra-t-elle un délit ?

  • L’organisation de manifestations sera-t-elle préventivement bloquée ?

  • La censure ne sera plus technique, mais basée sur l’autocensure par la peur : « Je ne dis rien, car l’État sait que c’est moi. »

Vers un intranet d’État ?

Le texte adopté laisse entrevoir un avenir où l’Internet français ne serait plus qu’un vaste intranet surveillé. La logique de contrôle appelle mécaniquement des mesures complémentaires pour être efficace.

En effet, pour que ce verrouillage via France Identité fonctionne, il ne doit pas y avoir d’échappatoire. La prochaine étape logique — et redoutée — est l’interdiction ou la restriction drastique des VPN (réseaux privés virtuels) et des navigateurs anonymes comme Tor. Si l’on empêche les citoyens de contourner le bornage national, l’Internet libre cesse techniquement d’exister sur le territoire.

Nous glissons doucement d’un modèle de régulation a posteriori (on punit les propos illégaux) à un modèle de contrôle a priori (on identifie avant même que la parole soit prononcée). Le Sénat a désormais la lourde tâche d’examiner ce texte. S’il ne met pas un coup d’arrêt à cette mécanique, la France pourrait devenir le laboratoire occidental de la surveillance numérique de masse.

En résumé :

  • Le texte impose l’identification via France Identité pour accéder aux réseaux sociaux.

  • La vérification d’âge pour le porno a servi de porte d’entrée technique et morale (« Cheval de Troie »).

  • Les dérives des réseaux sociaux servent de prétexte pour généraliser la surveillance.

  • Le risque majeur réside dans l’utilisation de ces données par des gouvernements futurs potentiellement autoritaires.

  • La crainte d’une interdiction des VPN pour verrouiller le système se précise.

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