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Choking, inceste simulé, age play : Londres sort l’arme pénale

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Depuis ce vendredi 6 novembre, posséder ou publier des images pornographiques de strangulation, d’inceste réel ou simulé, ou d’adultes jouant des enfants de moins de 16 ans est un délit en Angleterre et au pays de Galles. Jusqu’à cinq ans de prison pour la publication. Les plateformes, elles, ont déjà commencé à couper.

C’est fait. Depuis ce vendredi, trois catégories de contenus pornographiques sont illégales en Angleterre et au pays de Galles. Elles tombent sous le coup du Crime and Policing Act 2026, une vaste loi pénale qui a reçu la sanction royale le 29 avril. La pornographie entre adultes reste légale : le texte vise des scènes précises, et il frappe aussi bien ceux qui les publient que ceux qui les conservent.

Le gouvernement a résumé la consigne en deux phrases. « Si vous avez ce contenu, supprimez-le. Si vous le partagez, arrêtez », a lancé mi-octobre la secrétaire d’État à la Justice Alex Davies-Jones, en annonçant la date d’entrée en vigueur. Elle assure qu’il ne s’agit pas de « criminaliser des préférences sexuelles inoffensives ».

Trois catégories dans le viseur

Selon le guide publié le 16 octobre par le ministère de la Justice, la loi vise les images pornographiques qui montrent, « de manière explicite et réaliste » :

1La strangulation ou la suffocation. La première suppose une pression sur le cou. La seconde non : couvrir la bouche et le nez de quelqu’un, ou lui comprimer la poitrine, peut suffire.

2La pénétration entre personnes apparentées, ou qu’une « personne raisonnable » jugerait apparentées ou faisant semblant de l’être : père et fille, frère et sœur… Les liens par alliance (le fameux « step ») ou d’accueil ne sont visés que si l’un des protagonistes est mineur, ou joue un mineur.

3Toute activité sexuelle impliquant une personne de moins de 16 ans, ou qui en joue le rôle. Les images de vrais mineurs relevaient déjà des lois sur la pédocriminalité : le nouveau délit vise les adultes qui jouent des enfants. Le seuil de 16 ans, âge de la majorité sexuelle au Royaume-Uni, permet de cibler la mise en scène d’actes illégaux dans la vie réelle.

Trois précisions comptent. Pour l’inceste et les moins de 16 ans, la « personne raisonnable » juge l’image en tenant compte du son et des informations qui l’accompagnent : un titre, un tag ou une réplique peuvent donc peser. Les images générées par intelligence artificielle sont concernées dès lors qu’elles paraissent réelles. Les textes, eux, ne le sont pas : la loi ne vise que des images.

Jusqu’à cinq ans de prison

Contenu Possession Publication
Strangulation ou suffocation 2 ans 5 ans
Inceste, réel ou mis en scène 2 ans 5 ans
Personne de moins de 16 ans, ou qui en joue le rôle 3 ans 5 ans

Peines maximales d’emprisonnement. Source : ministère de la Justice, guide du 16 octobre 2026.

La possession est traitée comme un acte continu. Une vidéo téléchargée il y a dix ans devient donc illégale aujourd’hui si elle est toujours là, sur un téléphone, un ordinateur, un compte personnel ou un cloud. Même logique pour la publication : un contenu mis en ligne avant le 6 novembre et toujours accessible tombe sous le coup de la loi.

Quelques moyens de défense existent : ne pas avoir vu l’image et n’avoir eu aucune raison de soupçonner son contenu, l’avoir reçue sans la demander et ne pas l’avoir gardée trop longtemps, avoir participé directement à la scène (sous conditions), ou justifier d’un motif légitime.

Les plateformes coupent déjà

Pour les sites, l’enjeu dépasse le droit pénal. Le gouvernement classe les trois délits parmi les « infractions prioritaires » de l’Online Safety Act de 2023. Les plateformes doivent donc évaluer ce risque et agir en amont pour que leurs utilisateurs britanniques ne tombent pas sur ces contenus. À la clé, des amendes de l’Ofcom, le régulateur des communications, pouvant atteindre 18 millions de livres ou 10 % du chiffre d’affaires mondial.

Certaines n’ont pas attendu. Le 28 octobre, la plateforme de clips fétichistes iWantClips a annoncé qu’elle fermait 17 catégories à ses utilisateurs britanniques, y compris pour les vidéos déjà achetées : choking, breath play, hand over mouth, face-sitting, smothering, scissor hold ou encore trampling. Les créateurs basés au Royaume-Uni voient ces vidéos retirées de leur boutique, et celles des créateurs étrangers ne sont plus accessibles depuis le pays.

L’application concrète reste floue. Selon l’agence spécialisée MLex, l’Ofcom n’avait toujours pas annoncé, le 23 octobre, de calendrier de consultation pour mettre à jour les lignes directrices dont il a besoin pour faire respecter ces nouvelles obligations.

Le marché britannique était déjà sous tension. Depuis le 25 juillet 2025, les sites pornographiques doivent vérifier l’âge de leurs visiteurs, et Aylo, maison mère de Pornhub, a fermé ses sites gratuits aux nouveaux utilisateurs britanniques le 2 février, jugeant que le dispositif ne protégeait pas les mineurs.

Face-sitting, fellation, « daddy » : les zones grises

La loi ne définit ni la strangulation ni la suffocation. Les tribunaux trancheront au cas par cas. D’où la question qui agite les réseaux sociaux britanniques depuis plusieurs jours : quelles pratiques courantes peuvent gêner la respiration au point de tomber sous le coup du texte ? Le face-sitting revient dans toutes les conversations, et iWantClips a préféré le retirer.

La polémique a enflé cette semaine avec la députée travailliste Jess Asato, qui a contribué à porter l’interdiction. Pour défendre la loi sur X, elle a invoqué les règles du BBFC, l’organisme britannique de classification des films, sur l’étouffement et le gagging pendant une fellation, rapporte Newsweek. Un autre message, depuis supprimé, renvoyait vers un article liant sexe oral et cancer de la gorge : ses détracteurs ont rappelé que ce lien passe par le papillomavirus, sans rapport avec l’étouffement ni avec la pornographie. L’épisode a relancé une question très concrète : certaines scènes de fellation, où la respiration est entravée, peuvent-elles être visées ?

Autre zone grise : l’inceste « joué ». Dès avril, l’avocat britannique Neil Brown relevait que la notion de personnes « faisant semblant d’être apparentées » pourrait viser de simples dialogues de type « daddy ». Et puisque le son et le texte associés à l’image comptent, le vocabulaire des titres, des tags et des dialogues devient un sujet de conformité à part entière.

Pour les plus anciens du secteur, le débat a un air de déjà-vu. Le 12 décembre 2014, des manifestants avaient organisé un face-sitting collectif, tout habillés, devant Westminster, contre des règles qui bannissaient déjà cette pratique et la strangulation de la vidéo à la demande britannique.

Comment on en est arrivé là

Tout part du rapport indépendant de la baronne conservatrice Gabby Bertin, publié le 27 février 2025. Il décrivait une strangulation omniprésente dans la pornographie en ligne et pointait des jeux de rôle incestueux ou mettant en scène des enfants. Le gouvernement travailliste a repris ses recommandations par amendements successifs.

Le volet « step » s’est joué à une voix. Le 2 mars, les Lords ont adopté par 144 voix contre 143 un amendement de Gabby Bertin pour l’inclure, contre l’avis du gouvernement. Au banc des ministres, la baronne Levitt craignait de « criminaliser des relations sexuelles légales entre adultes dans la vie réelle ». L’exécutif a fini par céder le 10 avril, avec une version limitée aux scènes où l’un des protagonistes est mineur ou joue un mineur. Le même jour, il ajoutait l’interdiction des adultes jouant des enfants.

Repères

27 févr. 2025
Le rapport Bertin préconise d’interdire strangulation et inceste.
25 juil. 2025
Vérification d’âge obligatoire sur les sites pornographiques au Royaume-Uni.
3 nov. 2025
Le gouvernement dépose l’interdiction de la strangulation.
23 févr. 2026
Le gouvernement y ajoute l’interdiction de l’inceste.
2 mars 2026
Les Lords intègrent le « step », par 144 voix contre 143.
10 avril 2026
Le gouvernement cède sur le « step » et ajoute l’interdiction de l’age play.
29 avril 2026
Sanction royale du Crime and Policing Act 2026.
16 oct. 2026
Le ministère de la Justice fixe l’entrée en vigueur au 6 novembre.
6 nov. 2026
Les trois délits entrent en vigueur.

Selon l’Institute for Addressing Strangulation, un organisme britannique, plus d’un tiers des 16-34 ans interrogés en 2024 disaient avoir été étranglés au moins une fois lors d’un rapport consenti. En 2025, 43 % des 16-17 ans sexuellement actifs déclaraient l’avoir subi.

Gabby Bertin a salué une entrée en vigueur qui n’arrive « pas une minute trop tôt ». La coalition End Violence Against Women se félicite aussi de l’interdiction, mais demande au gouvernement d’en garantir l’application.

Un texte jugé flou par ses détracteurs

En face, les défenseurs des libertés dénoncent un texte vague et intrusif. La Free Speech Coalition, qui représente l’industrie américaine du X, accuse Londres de faire entrer la politique dans les chambres à coucher, selon Newsweek. Le magazine libertarien Reason rappelait dès novembre 2025 que beaucoup de femmes pratiquent le breath play par goût. Il citait la journaliste Ana Valens, pour qui l’interdiction rendra surtout la pratique plus transgressive, sans rien apporter à l’éducation aux risques.

Côté juristes, Neil Brown pointe des notions clés laissées sans définition, de la strangulation à la pénétration, ce qui renvoie l’essentiel de l’interprétation aux juges.

Et maintenant ?

À ce stade, seuls l’Angleterre et le pays de Galles sont concernés. La loi prévoit un volet strangulation pour l’Écosse et l’Irlande du Nord, mais il n’entre pas en vigueur aujourd’hui.

Surtout, le gouvernement prévient que « ce n’est qu’un début ». Son équipe dédiée à la pornographie mène un chantier de six mois pour que ce qui est interdit hors ligne le soit aussi en ligne, et pour traiter les « zones grises » que ces délits ne couvrent pas. La loi l’oblige aussi à remettre au Parlement, d’ici fin avril 2027, un rapport sur le rôle des plateformes dans la vérification de l’âge et du consentement des personnes filmées, avec un pouvoir de réglementer à la clé.

Pour les producteurs et créateurs français qui vendent au public britannique, l’enjeu est désormais autant commercial que juridique. Les plateformes trient, et elles trient large. Mieux vaut passer ses catalogues au crible, scènes, titres, tags et descriptions compris, avant qu’elles ne s’en chargent elles-mêmes.

Sources : ministère de la Justice britannique, guide « Crime and Policing Act 2026: Offences relating to pornography » (16 octobre 2026) ; Home Office, « Crime and Policing Act 2026: pornography factsheet » (mise à jour du 30 septembre 2026) ; communiqué du gouvernement britannique (10 avril 2026) ; ITV News/PA (15 octobre 2026) ; Sky News (16 octobre 2026) ; LBC (3 mars 2026) ; PinkNews (30 octobre 2026 et 12 décembre 2014) ; IBTimes (décembre 2014) ; Newsweek (5 novembre 2026) ; MLex (23 octobre 2026) ; Biometric Update (janvier 2026) ; Reason (12 novembre 2025) ; decoded.legal, Neil Brown (avril 2026).

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