Bio/Milieu du X
Tranche de X – Fabien Lafait : “Hot Vidéo, c’était la Bible !”
Rencontre avec Fabien Lafait, réalisateur culte de tout un pan de la culture pornographique française et créateur de fantasmes depuis 1995 !
Bien peu peuvent se targuer d’une telle longévité dans le business pour adultes, 30 ans de bons et loyaux services au nom de la gauloiserie polissonne. Routard du porno introduit aux affaires au crépuscule des vidéoclub, il a depuis été de toutes les tendances, des parodies burlesques au galipettes amateures chez l’habitante. Auteur du pastiche culte Bienvenue chez les Ch’tites Coquines, aujourd’hui redac’ chef de l’iconique Hot Vidéo, il a côtoyé les favorites du X Français aux yeux de toute une génération de millenials, écrivant lui-même quelques pages de ce panthéon. Symbole d’un X révolu ou témoin de son éternel recommencement ? La réponse dans cet entretien avec l’inoxydable Fabien Lafait.
Salut Fabien ! Peux-tu nous décrire tes premiers pas dans le X ?
À cette époque, je travaillais comme vendeur dans un vidéoclub : Maeva Video. Je faisais les résumés des films qu’ils sortaient tous les mois. Je regardais énormément de films, dont certains signés Patrice Cabanel. J’ai été frappé par la facilité avec laquelle on faisait un film, quand je regardais des productions américaines. Comparé avec les productions françaises, c’était le jour et la nuit. Les productions américaines, c’était des vrais films, avec des vrais décors, des filles pomponnées, maquillées et très belles. Avec Patrice Cabanel, on entrait dans la France profonde. Je me suis dit : “Si lui vend ses films, j’ai ma chance aussi. Je peux faire des films. « J’ai harcelé des patrons de Maeva Vidéo pour qu’ils me donnent ma chance.
J’ai donc fait mon premier film avec une certaine Élodie Chérie qui s’appelait Élodie tout court à l’époque, et son copain, juste deux acteurs. C’était une fille avec une très grosse poitrine, la muse d’Alain Payet. Ça s’appelait Positions et Pratiques sexuelles, tournée avec une caméra Hi8, c’est te dire la misère. Très vite, j’ai été amené à côtoyer Patrice Cabanel, un type adorable. C’est grâce à lui que je suis entré dans le monde des grands, que j’ai assisté à mes premiers Hot d’Or à Mandelieu. C’est lui qui m’a présenté Olivia Del Rio, qui n’avait pas encore débuté, mais était très tentée par le X. Et moi, j’étais très tenté par Olivia. On a fait son premier film. Il s’appelait Fist Overdose. À l’époque, on prenait des libertés avec les titres. Il y avait une toute petite scène de fist emballée dans une petite histoire, une historiette, prétexte à un film. Il a fait un chiffre de vente honorable, donc on m’en a donné beaucoup d’autres. C’est comme ça que tout a commencé.
Ou alors est ce que tu peux nous situer quand est le dernier film que tu as réalisé, histoire qu’on puisse borner ta carrière ?
Il y a quelques mois encore, je tournais pour Union, c’est pour te dire. Aujourd’hui, j’ai pratiquement arrêté ma carrière, mais je suis capable de reprendre ma caméra et de repartir sur les routes à tout moment.
Tu sais qu’Olivia Del Rio est revenue aux affaires très récemment ?
Bien sûr. Quand tu ouvriras le Hot Vidéo de ce mois-ci, tu verras justement l’article que j’ai fait à ce sujet. C’est moi qui édite le magazine aujourd’hui, donc j’en ai profité pour faire un grand papier : 4 pages sur Olivia Del Rio, avec des photos exclusives de son retour sur le devant de la scène. Je ne t’en dis pas plus.
Qui étaient les stars à ton époque ?
La première qui me vient à l’esprit, c’est Nina Roberts. C’était ma muse. C’est avec elles que j’ai fait mes plus belles parodies comme Pretty Nina, le pastiche de Pretty Woman, ou New Married, celui de Just Married. Ce qui est drôle, c’est que la première fois que je l’ai vue, je n’ai pas du tout cru en elle. Elle sortait d’un tournage pour Didier Parker. On s’était vu sur les Champs-Elysées, dans un café, en plein hiver. Elle ne portait rien d’autre qu’un manteau et une petite robe d’été. Elle me faisait plus pitié qu’envie. Pour moi, elle n’allait pas percer. Puis, une quinzaine de jours après, je l’ai rappelée, parce qu’il me fallait une fille pour l’un de mes films. Je tournais énormément à cette époque-là : 2 voire 3 films par mois.
C’est seulement quand je l’ai revue, sur le plateau, que j’ai été emballé par son aisance devant la caméra, son sourire enjôleur, sa gentillesse et sa simplicité. Elle ne se prenait pas la tête, elle se plongeait à fond dans ses rôles. Et elle jouait bien. Son grand visage lumineux nous faisait penser à Julia Roberts. C’est à ce moment-là que nous avons trouvé son pseudonyme. Il y avait aussi Lou Charmelle. C’est moi qui ai trouvé son pseudo. J’étais parti la chercher sur le quai de la gare. On lui a trouvé un nom dans le quart d’heure suivant, sur le trajet, en passant devant une pub de lingerie pour Lise Charmel. Il y avait également Océane, une fille déjà bien installée dans le X, la compagne de Ian Scott. C’est avec elle que j’ai tourné ma première parodie, un western X appelé Wild Wild Sex, dans lequel il y avait aussi Alain L’yle et Sébastian Barrio, qui tourne encore aujourd’hui.
Wikipedia te qualifie de spécialiste des parodies. Comment es-tu venu à ce genre ?
C’est simple, je suis un dingue de cinéma. J’adore le western. Et je voulais faire du cinéma, mais sans passer par une école. Je voulais apprendre par moi-même et rentrer dans ce milieu de la manière la plus simple possible. Et quoi de mieux que de faire du X ? C’est à la portée de tout le monde. J’ai eu envie de faire un western parce que j’en ai eu l’opportunité. J’avais des amis qui avaient un ranch, et un manège à chevaux dans le sud de la France, près du Pont du Gard. Ils avaient tout à disposition : des Winchester, des Colt. L’occasion de rendre hommage à ce genre avec mes petits moyens était trop belle.
Quelles sont tes références cinématographiques ?
C’est très simple. Il y a le western, bien sûr : Il était une fois dans l’Ouest, qui reste number one et la trilogie du dollar avec Clint Eastwood. Je ne regarde pas les John Ford, je préfère le western spaghetti. Ensuite, il y a les comédies franchouillardes à la Max Pecas. Je me suis d’ailleurs inspiré de cet esprit gaulois pour mon film Les Belles Étrangères, que j’ai réalisé pour la société Blue One sous le pseudonyme d’Eric Marchant. Il emprunte beaucoup de situations au cinéma de Max Pécas, à ses petits titres légers comme On se cale et on boit frais à Saint-Tropez.
Quel est le secret d’une bonne parodie porno ?
Une parodie où l’on parle le moins et où l’on baise le plus. Il ne faut pas beaucoup de dialogues. Un bon titre ne suffit pas. Il faut aussi proposer un minimum de crédibilité. J’ai vu trop de boîtes d’édition misaient tout sur leurs jaquettes : on prend un titre de film connu, on le parodie. Et quand on voit le film, on se rend compte qu’il y a quatre scènes de cul tournées dans un hôtel Ibis. Il ne faut pas se foutre de la gueule du client. J’ai fait exactement l’inverse dans ma parodie Bienvenue chez les Ch’tites Coquines, qui a été un succès immense. J’ai suivi le fil conducteur, que j’ai adapté à la sauce sexy. Je l’ai tourné là où ils ont filmé l’original. On passe devant la poste, la maison de Line Renaud dans le film, la place où Dany Boon et Kad Merad pissent dans le canal. Tout ça, on le retrouve dans mon film. Il fallait faire sophistiqué et crédible. C’est la parodie dont je suis le plus fier, avec Pretty Nina et Wild Wild Sex.
Comment se déroulaient tes tournages à l’époque ?
Je tournais beaucoup sur la durée. Je bloquais une semaine pour tourner un maximum de films dans les coins reculés de la France ou de l’Angleterre. J’y suis allé trois fois, pour tourner avec des petites Anglaises, du local, quoi. L’ambiance était très estivale, très “vacances”. On louait un cottage dans le Kent, et pendant une semaine, les filles défilaient à raison de 3 ou 4 scènes par jour, non-stop. On ne débandait pas, si j’ose dire. J’ai fait ça plusieurs années consécutives, en Angleterre, à la mer, à la montagne. Je partais avec Phil Holliday et Tony Carrera. Le duo gagnant, je les appelais. Ils faisaient bien la paire. Ils s’entendaient très bien et savaient se donner la réplique. Sur mes tournages, je tenais à ce que tout le monde soit heureux d’être là. Et avec eux, je ne prenais pas de risque. Et les filles étaient motivées. Il y avait une telle ambiance à la villa que des couples se formaient. C’était la maison de l’amour, le Loft avant l’heure.
Tu es aussi rédac’ chef de Hot Vidéo aujourd’hui. Comment es-tu venu à la presse ?
Ça s’est fait le plus simplement du monde. Je m’occupais de JTC Magazine, pour l’éditeur JTC. Le magazine a été revendu à une autre société qui distribuait plein d’autres magazines du genre : Busty, La Vie Parisienne, Chobix… Il y avait également Hot Vidéo et J&M Magazine. J’étais simplement là au bon moment.
Es-tu nostalgique du support papier ?
Plus que jamais ! Hot Vidéo, c’était la Bible. A cette époque, on attendait sa sortie tous les mois, on tremblait en espérant que nos films soient classés dans le Hot Parade. On feuilletait le magazine et on vibrait de plaisir. Je regrette que tout soit passé au numérique, qu’on ait perdu ce support qui participait de cette émotion.
Quel est le futur de Fabien Lafait aujourd’hui ?
Mon futur est tout tracé. J’ai toujours fait les choses que j’aime. On a parlé de mes premiers films, mais avant la presse, avant la réalisation, j’étais animateur radio pour RFM notamment. Je suis un mordu de musique. Être animateur radio me permettait d’écouter des disques, être réalisateur m’a permis de faire des films, être journaliste me permet d’écrire ce que je veux dans mes magazines. Maintenant, j’ai 63 ans, je continuerai à écrire dans les magazines et à faire ce que j’aime. C’est l’amour de mes passions qui me fait avancer. Voilà quel sera mon avenir.
Tu aurais quelques références musicales à nous partager pour finir ?
Alors là oui. J’ai découvert des groupes dans les années 70 comme j’ai découvert des filles dans les années 90. Mon initiation musicale s’est faite avec les Pink Floyd. Et j’ai très vite enchaîné avec un groupe d’une toute autre mouvance, les Sparks. C’est un duo qui a produit une trentaine d’albums, encore en activité aujourd’hui. Ils ont commencé avec du glam rock, puis ils ont fait du disco avec When I’m with you et aujourd’hui, ils font du jazz rock synthétique. Ils donnent un concert à Paris dans quelques mois. Tu as forcément déjà entendu.
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