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Leonid Radvinsky (1982–2026) : la mort de l’homme qui a transformé OnlyFans en empire à 7 milliards

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OnlyFans a confirmé ce lundi 23 mars le décès de Leonid Radvinsky, survenu le 20 mars 2026, « paisiblement, après un long combat contre le cancer ». Sa disparition ouvre un chapitre d’incertitude pour la plus rentable des plateformes du web pour adultes, au moment même où des négociations de cession étaient en cours.

I. D’Odessa à la Silicon Prairie : LES DÉBUTS D’UN PROFIL DISCRET

Leonid « Leo » Radvinsky naît en 1982 à Odessa, en République socialiste soviétique d’Ukraine. Sa famille émigre aux États-Unis alors qu’il est encore enfant et s’installe dans la région de Chicago. C’est chez son grand-père que le jeune Leonid découvre l’informatique, apprenant seul le BASIC sur du matériel d’époque. À 15 ans, il anime déjà un site de fans consacré au jeu vidéo X-COM: Apocalypse — un détail anodin qui révèle une précocité numérique remarquable.

En 2002, il sort diplômé summa cum laude de la Northwestern University avec un diplôme en économie. Mais sa carrière d’entrepreneur a en réalité commencé trois ans plus tôt : dès 1999, à 17 ans, il incorpore Cybertania Inc., une société de redirection de trafic vers des sites pornographiques par le biais de programmes d’affiliation.

Au tournant des années 2000, Radvinsky développe plus d’une dizaine de sites — Password Universe, Working Passes, Ultra Passwords — qui promettent des mots de passe « hackés » ou « illégaux » donnant accès à du contenu pour adultes payant. En réalité, selon Forbes, rien n’indique que ces sites aient réellement fourni du contenu illicite : le modèle reposait sur la monétisation du clic et la collecte de données. Ultra Passwords aurait rapporté 1,8 million de dollars par an au début des années 2000.

En 2004, Microsoft poursuit Radvinsky, l’accusant d’avoir envoyé des millions de courriels trompeurs à des utilisateurs Hotmail. L’affaire sera finalement classée. La même année, il fonde MyFreeCams, un site de webcams pour adultes en accès libre financé par les pourboires, qui deviendra l’une des plus grandes plateformes de cam au monde. Connu de ses utilisateurs sous le pseudonyme « AdminLeo», il cultive dès lors un profil d’une opacité totale : pas de photos publiques, pas d’interviews, pas de présence sur les réseaux sociaux.

II. OnlyFans : la naissance d’un phénomène (2016-2018)

Pour comprendre OnlyFans, il faut d’abord raconter Tim Stokely. Né en 1983 à Harlow, dans l’Essex britannique, ce fils d’un banquier d’investissement de Barclays s’essaie très tôt à l’entrepreneuriat — adolescent, il livre des commandes de fish and chips dans son quartier en prenant une marge au passage.

Avant OnlyFans, Stokely lance GlamWorship.com (un site de fétichisme BDSM en 2011), puis Customs4U, une plateforme de vidéos personnalisées pour adultes. Ces premières expériences lui enseignent une chose cruciale : les créateurs de contenu pour adultes ont besoin d’un outil leur permettant de monétiser directement leur relation avec leurs fans, sans intermédiaires prédateurs.

En novembre 2016, avec un prêt de 10 000 livres sterling de son père — Guy Stokely, qui lui dit alors « Tim, ce sera la dernière fois » —, il lance OnlyFans. Son frère Thomas devient directeur des opérations, son père directeur financier. L’entreprise est une affaire familiale, logée au sein de Fenix International Limited, enregistrée à Londres.

Le concept est simple : n’importe quel créateur peut ouvrir un compte, fixer un prix d’abonnement mensuel (entre 4,99 et 49,99 dollars), et conserver 80 % des revenus générés. La plateforme prélève une commission de 20 %. Les deux premières années sont modestes : la croissance est lente, organique, portée par des créateurs du milieu adulte qui cherchent une alternative aux tubes et aux sites de cam.

III. l’entrée de ravindsky : Le rachat qui change tout (2018)

En 2018, Leonid Radvinsky rachète 75 % de Fenix International aux Stokely. Le prix exact n’a jamais été offciellement confirmé, mais selon Celebrity Net Worth, il aurait avoisiné les 30 millions de dollars. À l’époque, OnlyFans génère moins de 100 millions de dollars de volume brut annuel. Radvinsky apporte trois éléments décisifs : une expertise technique en matière de paiement et d’infrastructure dans le contenu pour adultes, forgée par des années à la tête de MyFreeCams ; des ressources financières considérables ; et une vision stratégique centrée sur l’autonomisation des créateurs avec un reversement élevé (80 %), bien supérieur aux standards de l’industrie du cam (où les plateformes conservent 65 à 75 %). Tim Stokely reste CEO mais revend progressivement ses parts. Il quitte la direction en décembre 2021, remplacé par Amrapali Gan, puis par l’avocate Keily Blair en juillet 2023. En 2021, sa fortune personnelle est estimée à 120 millions de dollars.

IV. L’EXPLOSION PANDÉMIQUE : QUAND LE MONDE ENTIER DÉCOUVRE ONLYFANS

La pandémie de Covid-19 agit comme un catalyseur sans précédent. Entre mars et avril 2020, la base d’utilisateurs et de créateurs bondit de 75 %. Tim Stokely déclare alors que la plateforme enregistre environ 200 000 nouveaux utilisateurs et 6 000 à 8 000 nouveaux créateurs par jour.

En avril 2020, Beyoncé mentionne OnlyFans dans le remix de Savage de Megan Thee Stallion. Le trafic augmente de 15 % en quelques jours. Des célébrités comme Cardi B, Bella Thorne, Tyga et BhadBhabie ouvrent des comptes, propulsant la plateforme dans la culture populaire mainstream. Bella Thorne aurait récolté un million de dollars en 24 heures lors de son lancement sur la plateforme.

« Tu peux vraiment construire ton propre univers. C’est notre business. C’est notre vie. »

Bryce Adams, créatrice OnlyFans, au Washington Post (2023)

 

La croissance financière est spectaculaire. Le volume brut du site (montant total payé par les fans aux créateurs) passe de 1,2 milliard de dollars en 2019 à 2,2 milliards en 2020, puis explose à 4,8 milliards en 2021 — une hausse de 118 % en un an.

V. Une machine à cash : l’évolution financière

Les résultats financiers de Fenix International, déposés chaque année au registre britannique Companies House, dessinent la trajectoire d’une entreprise d’une rentabilité exceptionnelle — le tout avec une quarantaine d’employés seulement (42 en moyenne en 2023), complétée par des centaines de prestataires externes.

Année Volume brut Revenu Net Créateurs Utilisateurs
2019 ~270 M$ ~50 M$ ~120 000
2020 2,2 Md$ 358 M$ ~1,4 M
2021 4,8 Md$ 932 M$ ~2,2 M 188 M
2022 5,55 Md$ 1,09 Md$ 3,2 M 239 M
2023 6,63 Md$ 1,31 Md$ 4,1 M 305 M
2024 7,22 Md$ 1,41 Md$ 4,6 M 377,5 M

La progression est éloquente : en cinq ans, le volume brut a été multiplié par 27. Même si la croissance ralentit (de +118 % en 2021 à +9 % en 2024), la plateforme reste un mastodonte financier. Le marché américain représente plus de 40 % de l’activité, et environ 66 % du revenu net.

Dividendes de Radvinsky

2021 : 284 millions $

2022 : 338 millions $

2023 : 472 millions $

2024 : 701 millions $

En 2024, il percevait 1,9 million $ par jour. Fortune : 7,8 milliards $.

VI. Le mirage des gains : QUE GAGNE RÉELLEMENT UNE CRÉATRICE ONLYFANS ?

Le contraste entre les fortunes de Radvinsky et la réalité quotidienne de l’immense majorité des créatrices est saisissant. La plateforme a reversé 5,8 milliards de dollars à ses créateurs en 2024. Mais ce chiffre, divisé par 4,6 millions de comptes créateurs, donne un revenu moyen annuel d’environ 1 300 à 1 570 dollars — soit à peine 130 dollars par mois.

Cette moyenne est d’autant plus trompeuse que la distribution des revenus est extrêmement inégale. Le coefficient de Gini d’OnlyFans avoisinerait 0,85 — un niveau d’inégalité comparable à celui des revenus dans les pays les plus inégalitaires au monde. Le top 1 % des créateurs capte à lui seul 33 % des revenus totaux, le top 10 % en capte 73 %, tandis que les 50 % les moins bien payés ne se partagent que 1,5 % du gâteau. Environ 40 % des créateurs gagneraient moins de 10 dollars par mois.

Revenus par niveau de créatrice

• Top 0,01 % : +300 000 $/mois

• Top 1 % : ~4 000 $/mois

• Top 10 % : ~5 000 $/an

• Médiane : 100 à 180 $/mois

• Bottom 50 % : Moins de 50 $/mois

En France, le revenu médian d’une créatrice OnlyFans serait d’environ 900 euros par mois, porté par un marché du pay-per-view particulièrement actif. Mais ces chiffres masquent une réalité souvent difficile : horaires extensifs, pression à produire du contenu toujours plus explicite, gestion de communautés de « fans » parfois toxiques, et recours croissant à des « chatters » (agents qui répondent aux messages en se faisant passer pour la créatrice) — une pratique qui a fait l’objet de deux recours collectifs aux États-Unis.

VII. La crise Visa/Mastercard : QUAND LES BANQUES DICTENT LE CONTENU

Aucun récit d’OnlyFans ne serait complet sans l’épisode le plus traumatisant de son histoire : la tentative d’interdiction du contenu sexuellement explicite en août 2021.

Le 19 août 2021, OnlyFans annonce que, à compter du 1er octobre, la plateforme n’autorisera plus le « contenu à caractère sexuellement explicite » — c’est-à-dire les actes sexuels filmés. La nudité simple resterait tolérée.

L’annonce fait l’effet d’une bombe.

Pour des centaines de milliers de créatrices qui dépendent de la plateforme comme source principale de revenus, c’est une trahison.

Sur les réseaux sociaux, l’annonce est comparée à « McDonald’sinterdisant les hamburgers ». Que s’est-il passé ? La raison officielle invoque la nécessité de se conformer aux exigences des « partenaires bancaires et fournisseurs de paiement ». Mais le diable est dans les détails.

En avril 2021, Mastercard avait annoncé de nouvelles règles pour les sites de contenu adulte : vérification de l’identité et de l’âge de toute personne figurant dans du contenu pour adultes, processus de revue du contenu avant publication, mécanisme de plainte avec résolution sous sept jours, et procédure de suppression du contenu. Ces règles, entrées en vigueur le 15 octobre 2021, avaient été activement poussées par des groupes conservateurs comme le National Center on Sexual Exploitation (NCOSE, ex-Morality in Media) et Exodus Cry.

Interrogé par le Financial Times, Tim Stokely pointe pourtant non pas Mastercard, mais les banques. Il cite nommément JPMorgan, BNY Mellon et Metro Bank : BNY Mellon « signalait et rejetait » systématiquement les transactions d’OnlyFans. Metro Bank avait retiré son soutien brutalement dès 2019. Stokely affirme qu’OnlyFans était « déjà pleinement conforme » aux nouvelles règles de Mastercard.

Le tollé est tel que six jours plus tard, le 25 août, OnlyFans fait volte-face. La plateforme annonce que « les changements proposés ne sont plus nécessaires grâce aux assurances de nos partenaires bancaires qu’OnlyFans peut prendre en charge tous les genres de créateurs ».

Mais la cicatrice reste. L’épisode illustre de manière brutale le pouvoir des réseaux de paiement — qualifiés de « duopole de facto » par les observateurs — sur le contenu publié en ligne. Visa et Mastercard avaient déjà suspendu les paiements vers Pornhub en décembre 2020 après une enquête du New York Times sur des contenus d’abus sexuels sur mineurs hébergés sur la plateforme, forçant le site de MindGeek à se tourner vers les crypto-monnaies.

L’ACLU (American Civil Liberties Union) a depuis déposé une plainte auprès de la Federal Trade Commission contre la politique de Mastercard, qualifiant ses exigences de « discriminatoires », « vagues » et particulièrement préjudiciables aux travailleurs du sexe noirs, immigrés et transgenres. En janvier 2025, un lanceur d’alerte spécialiste de la conformité bancaire a déposé une plainte auprès du FinCEN (la cellule anti-blanchiment du Trésor américain) accusant Visa et Mastercard d’avoir « fermé les yeux » sur des flux de revenus illicites — incluant des contenus pédocriminels — transitant par OnlyFans depuis au moins 2021.

VIII. Succession et Vente

La structure de propriété d’OnlyFans est, à l’image de son propriétaire, d’une simplicité opaque. Fenix International Limited, domiciliée à Kean Street à Londres, est la société mère. Leonid Radvinsky en est l’actionnaire majoritaire et directeur. Un second directeur, L. Taylor, figure dans les documents déposés au Companies House. La société n’emploie qu’une quarantaine de salariés en interne.

En 2024, Radvinsky a transféré sa participation dans un trust, un dispositif qui soulève aujourd’hui des questions cruciales de succession après son décès.

Depuis 2025, Radvinsky cherchait activement à monétiser son empire.

En mai 2025, Bloomberg révèle qu’il explore une vente totale de la société pour une valorisation pouvant atteindre 8 milliards de dollars. Des discussions sont engagées avec Forest Road Company, un fond d’investissement de Los Angeles.

En août 2025, le montant record de 701 millions de dollars de dividendes versés est interprété comme un prélude à la cession.

En janvier 2026, le Wall Street Journal révèle qu’OnlyFans est en négociations exclusives avec Architect Capital, un fonds de San Francisco, pour la cession de 60 % du capital. La valorisation des fonds propres est fixée à 3,5 milliards de dollars, soit une valeur d’entreprise d’environ 5,5 milliards (dette de 2 milliards incluse) — bien en-deçà des 8 milliards espérés, reflet des diffcultés structurelles liées au contenu adulte et à l’accès aux marchés financiers. Architect Capital envisageait une introduction en bourse à l’horizon 2028.

Le décès de Radvinsky, survenu alors que ces négociations étaient encore à un stade préliminaire, jette une incertitude majeure sur l’avenir de la transaction et de la gouvernance de la plateforme.

IX. Philanthropie : VIE PRIVÉE ET CONTROVERSES

Radvinsky aura vécu comme il est mort : dans une discrétion quasi absolue. L’homme évitait systématiquement les interviews et les apparitions publiques. Il résidait principalement au Royaume-Uni —un manoir à 25 millions de livres dans le Surrey, selon certaines sources — tout en conservant des propriétés aux États-Unis, notamment en Floride.

Malgré ce profil bas, quelques éléments de sa vie publique sont connus. De confession juive, il a fait don de 5 millions de dollars pour l’aide humanitaire en Ukraine en 2022. Il soutenait également la recherche contre le cancer — un engagement personnel qui prend un relief tragique à la lumière de sa propre maladie.

En 2024, lui et son épouse étaient d’importants soutiens d’un programme de subventions de 23 millions de dollars pour la recherche sur les cancers gastro-intestinaux. Il a aussi contribué à des causes liées au bien-être animal et à la recherche sur les troubles cutanés.

Sur son site personnel, Radvinsky avait exprimé son aspiration à signer le Giving Pledge, l’engagement public pris par des milliardaires de consacrer la majorité de leur fortune à la philanthropie.

Côté controverses, au-delà de ses activités de jeunesse, des investigations ont révélé que les banques avaient déposé des rapports d’activité suspecte (Suspicious Activity Reports) concernant MyFreeCams dès 2009, signalant des transferts offshore, du « layering » de paiements entre comptes américains et des flux transitant par des processeurs au Curaçao et au Belize. Par ailleurs, en 2023, The Lever a rapporté que Radvinsky et son épouse auraient contribué 11 millions de dollars à l’AIPAC, le lobby pro-israélien américain — une information que Radvinsky a contestée.

X. HÉRITAGE : L’ONLYFANS APRÈS RADVINSKY

La mort de Leonid Radvinsky à 43 ans laisse l’industrie du contenu pour adultes face à un vide sans précédent. Aucune autre plateforme n’a autant transformé le rapport de force entre créateurs et distributeurs. En reversant systématiquement 80 % des revenus à ses créateurs — quand les sites de cam comme MyFreeCams en conservaient 65 à 75 % —, OnlyFans a imposé un nouveau standard qui a contraint l’ensemble de l’écosystème à réviser ses pratiques.

Depuis 2016, la plateforme a versé plus de 20 milliards de dollars à ses créateurs. En 2024, elle comptait 4,6 millions de comptes créateurs et 377,5 millions d’utilisateurs inscrits. La CEO Keily Blair, nommée en 2023, a amorcé une stratégie de diversification vers les contenus non-adultes — sport, cuisine, fitness — en nouant des partenariats avec des marques grand public.

Mais la question de la succession reste entière. Le transfert de la participation dans un trust en 2024 offre un cadre juridique, mais l’identité du ou des futurs décideurs demeure inconnue. Les négociations avec Architect Capital, si elles aboutissent, dessineront un OnlyFans potentiellement coté en bourse d’ici 2028 — un scénario encore impensable pour une plateforme dont le cœur d’activité reste le contenu pornographique.

Tim Stokely, de son côté, a lancé en mai 2025 Subs.com, une plateforme concurrente qui ambitionne de couvrir tous les types de créateurs, des podcasteurs aux athlètes en passant par les créateurs adultes. L’ancien fondateur, désormais estimé à 150 millions de dollars, revient ainsi dans l’arène qu’il avait quittée quatre ans plus tôt.

Une chose est certaine : dans l’industrie pour adultes, il y aura un avant et un après Leonid Radvinsky. L’homme le plus discret du secteur en aura été, paradoxalement, le plus transformateur.

Sources : Bloomberg, Reuters, Financial Times, Wall Street Journal, Variety, Forbes, BBC, CNN Business, Fenix International (Companies House UK filings), Wikipedia, ACLU, The Globe and Mail, Celebrity Net Worth.

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