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Sexemodel, rebaptisé Meslibertines : le parquet de Paris enquête sur la plus grosse plateforme d’escorts de France

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À retenir avant tout
  • Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur Sexemodel, rebaptisé Meslibertines.com. Elle est confiée à sa section de lutte contre la cybercriminalité.
  • Déclencheur : un signalement de Sarah El Haïry, haute-commissaire à l’Enfance, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. L’Arcom a aussi été saisie.
  • Selon France Inter, le site relaie plusieurs centaines de pages qui proposent les services de jeunes filles mineures, présentées comme majeures.
  • La procureure Laure Beccuau confirme : la fermeture du site est « un de nos objectifs ». Une demande d’entraide a été adressée aux autorités suisses.
  • Le fondateur, un Suisse installé à Dubaï, a déjà été condamné en France en 2011 pour proxénétisme aggravé. La Suisse avait refusé d’exécuter le mandat d’arrêt international.

Ce que révèle France Inter

Tout part d’un « Grand reportage » de 4 minutes 19, signé Antoine Giniaux et diffusé jeudi 10 septembre dans la matinale de France Inter. Estampillé « info France Inter », il révèle que le parquet de Paris a ouvert une enquête sur Sexemodel, la principale plateforme d’annonces d’escorts et de prostituées en France, récemment rebaptisée Meslibertines.com.

Le cœur du sujet, ce sont ces « plusieurs centaines de pages » qui concerneraient des adolescentes. Le mode opératoire décrit est toujours le même. Les fiches affichent 19 ou 20 ans. Mais les photos, souvent à visage découvert, montrent des corps d’adolescentes. Les annonces insistent sur un poids très faible, autour de 40 kilos, et utilisent des mots-clés codés qui, selon la radio, servent à signaler des mineures aux initiés. Les jeunes filles ne restent jamais plus de deux jours dans la même ville : leurs proxénètes louent des chambres, puis publient les tarifs sur le site.

Michel Amas, avocat spécialisé dans la protection de l’enfance, dit suivre plusieurs centaines de dossiers bâtis sur ce schéma : un enfant extrait de son lieu de vie, souvent un foyer, puis exposé en ligne. Ce qui le révolte, c’est que tout est à portée de main. Le numéro du proxénète figure la plupart du temps sur l’annonce, le paiement par carte bancaire est possible et la géolocalisation permet de retrouver les personnes « au mètre près ». Sa conclusion tient en une phrase : tous les moyens existent pour interpeller, et rien ne se passe.

« La vitrine, c’est ce site. Les enfants sont achetés comme sur Uber, en quelques secondes. »

Michel Amas, avocat spécialisé dans la protection de l’enfance, sur France Inter

Une saisine venue du sommet de l’État

À l’origine de la procédure, il y a Sarah El Haïry. La haute-commissaire à l’Enfance a saisi la procureure de la République de Paris sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale, qui oblige toute autorité ayant connaissance d’un crime ou d’un délit à en aviser le parquet. Elle a aussi saisi l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel et du numérique. Sa ligne est simple : elle dit avoir saisi toutes les entités capables de fermer le site, parce que c’est « une urgence et une nécessité ».

Elle rappelle au passage qu’une relation sexuelle avec un enfant de moins de 15 ans est un viol au regard de la loi, et insiste sur la responsabilité de toute la chaîne, du concepteur du site jusqu’au client. Elle anticipe déjà la suite : d’autres sites tenteront d’émerger, d’où sa demande de condamnations « extrêmement lourdes et extrêmement fermes ».

Ce que dit la procureure de Paris

Invitée de France Inter le même matin, Laure Beccuau a confirmé l’enquête et donné sa feuille de route. Le dossier est confié à la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris. Les magistrats ont enclenché une demande d’entraide avec les autorités helvétiques, qui collectent en ce moment des éléments pour structurer la procédure. La fermeture du site fait partie des objectifs affichés, et la procureure vise aussi les autres noms sous lesquels il peut se cacher. La procureure a d’ailleurs fait le parallèle avec Coco, le tchat fermé en juin 2024 à l’issue d’une enquête de son parquet : sur Sexemodel, ses magistrats « ne lâcheront rien ».

Deuxième front, plus classique : la brigade de protection des mineurs (BPM) ouvre des enquêtes chaque fois qu’elle constate que Sexemodel, ou l’un des autres noms sous lesquels le site se présente, a servi à mettre en contact proxénètes, clients et victimes. Laure Beccuau a cité un dossier jugé récemment, soldé par une peine de six ans d’emprisonnement.

« La fermeture du site est un de nos objectifs. »

Laure Beccuau, procureure de la République de Paris, sur France Inter

Qui est derrière Sexemodel ?

Le site a été créé par David Azzato, ressortissant suisse aujourd’hui installé à Dubaï, que France Inter présente comme le principal facilitateur de la prostitution en France. Il s’est lancé au début des années 2000 avec une agence d’escorts hongroises, avant de bâtir Sexemodel vers 2010. Le site lui rapporterait aujourd’hui plus de 20 millions d’euros par an.

Ce n’est pas sa première rencontre avec la justice française. Il a été condamné en 2011 pour proxénétisme aggravé. Un mandat d’arrêt international a été émis, mais la Suisse a refusé de l’exécuter : les sites d’annonces de prostitution y sont légaux. En 2025, Mediapart et ses partenaires de l’European Investigative Collaborations, dans l’enquête « Dirty Payments », décrivaient un empire de la prostitution en ligne piloté depuis vingt ans via des prête-noms et des sociétés-écrans, surtout en Suisse et à Chypre, et pointaient la tolérance du géant français du paiement Worldline.

Côté police, le constat est le même. Julien Bataille, commissaire divisionnaire et chef de l’OCRTEH (Office central pour la répression de la traite des êtres humains), explique que la société est basée en Suisse et que, quand on lui adresse des réquisitions, elle répond par mail. Il dénonce « une posture extrêmement hypocrite » : le site sait très bien que certaines de ses milliers d’annonces constituent un délit. Sa conclusion : l’autorité judiciaire française ne peut pas agir seule, il faut une coopération avec la Suisse.

Un quasi-monopole, y compris pour les travailleuses du sexe

Pour comprendre pourquoi ce site pèse autant, il faut regarder le marché. Selon le média L’Appel, la plateforme cumulerait environ 430 000 visites par jour et plus de 45 000 annonces actives. Anaïs de Lenclos, travailleuse du sexe et porte-parole de la Fédération Parapluie Rouge, parle d’un « quasi-monopole ». Une annonce visible pendant 30 jours coûte 459 euros. Et le site vend aussi de la sécurité : moyennant paiement, on accède à un fichier des clients à risque, alimenté par les travailleuses du sexe elles-mêmes. C’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup s’y abonnent.

Le revers de la médaille, c’est l’absence de contrôle. Tout le monde peut s’inscrire, explique-t-elle, et personne ne vérifie la véracité des photos, des textes ou des âges. C’est exactement la faille que décrivent les enquêteurs.

Ce point compte pour la suite. Une fermeture pose la question classique du report vers des canaux moins visibles et moins sûrs pour les travailleuses du sexe majeures, un argument déjà entendu lors des débats sur la loi de 2016. Face à cela, les acteurs de la protection de l’enfance répondent que la vitrine actuelle facilite d’abord l’exploitation de mineures. Le débat n’est pas nouveau, mais il n’avait jamais été posé à propos d’une plateforme de cette taille.

« Tout le monde peut s’inscrire, il n’y a personne pour aller vérifier la véracité des photos, des textes ou des âges. »

Anaïs de Lenclos, porte-parole de la Fédération Parapluie Rouge, citée par France Inter

Les chiffres à retenir

Des centaines
de pages liées à des mineures sur le site, selon France Inter
20 000
enfants prostitués en France au minimum, selon les associations
x 20
victimes mineures identifiées par la police en dix ans
459 €
le prix d’une annonce visible pendant 30 jours
20 M€ +
de revenus annuels estimés pour le site
430 000
visites par jour et 45 000 annonces actives, selon L’Appel

Ce que dit la loi, en France et en Suisse

En France, la prostitution des adultes n’est pas interdite, mais depuis la loi du 13 avril 2016 l’achat d’un acte sexuel est sanctionné, et le proxénétisme est un délit puni de 7 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende (articles 225-5 et 225-6 du code pénal). Les peines passent à 10 ans et 1,5 million d’euros quand la victime est mineure, et à 15 ans de réclusion et 3 millions d’euros quand elle a moins de 15 ans. Servir d’intermédiaire entre une personne prostituée et un client, même en ligne, entre dans cette qualification. Le recours à la prostitution d’un mineur est lui-même un délit.

En Suisse, la prostitution est légale et encadrée au niveau cantonal, et les plateformes d’annonces sont autorisées. Un site qui se borne à héberger des annonces revendique en outre le statut d’hébergeur, avec sa responsabilité limitée. C’est tout le nœud du dossier : la France a le droit, la Suisse a la société et les serveurs. L’exploitation de mineurs y est en revanche strictement interdite, ce qui laisse une porte ouverte à la coopération.

Le rôle exact que pourra jouer l’Arcom n’a pas été précisé à ce stade. Ses pouvoirs de blocage récents visent d’abord les sites pornographiques qui ne vérifient pas l’âge de leurs visiteurs, pas les plateformes d’annonces. La voie judiciaire reste donc la principale.

Chronologie
Date Événement
Début des années 2000 David Azzato lance une agence d’escorts hongroises.
Vers 2010 Création de Sexemodel, qui devient la première plateforme d’annonces d’escorts en France.
2011 Condamnation en France pour proxénétisme aggravé. La Suisse refuse d’exécuter le mandat d’arrêt international.
13 avril 2016 Loi pénalisant l’achat d’actes sexuels : la France adopte le modèle abolitionniste.
Juin 2024 Fermeture du tchat Coco après une enquête du parquet de Paris, précédent cité par la procureure.
2025 Enquête « Dirty Payments » de Mediapart et de l’EIC sur l’empire Azzato et le rôle de Worldline.
2026 Sexemodel est rebaptisé Meslibertines.com.
11 août 2026 Dépôt de la proposition de loi n° 3106, dont l’article 25 vise les actes sexuels rémunérés à distance.
10 septembre 2026 France Inter révèle l’enquête du parquet de Paris. Laure Beccuau la confirme à l’antenne.

Et maintenant ?

Trois scénarios se dessinent, et ils ne s’excluent pas.

1. La coopération suisse. C’est la clé. Si Berne répond favorablement à la demande d’entraide, le parquet pourra obtenir les données de la société, identifier les responsables et étayer des poursuites. En 2011, la Suisse avait dit non. Le contexte a changé : les faits visés concernent des mineures, ce que le droit suisse réprime aussi.

2. La fermeture, puis le rebond. Même fermé, un site de ce type peut renaître sous un autre nom, sur d’autres serveurs, avec d’autres intermédiaires. La procureure le sait, elle parle déjà des autres noms sous lesquels le site se cache. Le passage de Sexemodel à Meslibertines montre qu’il a déjà commencé à bouger.

3. Le travail dossier par dossier. La BPM continue d’enquêter à partir des mises en relation constatées, client par client, proxénète par proxénète. C’est plus lent, mais c’est ce qui aboutit aujourd’hui à des condamnations.

En toile de fond, le législateur s’active. La proposition de loi n° 3106, déposée le 11 août, veut notamment étendre le proxénétisme aux actes sexuels rémunérés à distance (son article 25, que nous avons décrypté début septembre), et le Sénat a planché cet hiver sur les « proxénètes 2.0 » qui opèrent via OnlyFans ou Mym. Après Coco en 2024 et l’enquête préliminaire visant Wyylde cet été, le parquet de Paris fait clairement des plateformes de mise en relation une priorité. Pour l’industrie du X, la frontière entre hébergement neutre et intermédiation active devient le sujet central.

Au moment où nous publions, ni le site ni son fondateur n’ont réagi publiquement.

En résumé

Parquet de Paris Enquête confiée à la section cybercriminalité, demande d’entraide à la Suisse, fermeture du site visée, sous ce nom ou un autre.
Sarah El Haïry Haute-commissaire à l’Enfance. Signalement au parquet (article 40) et saisine de l’Arcom.
Brigade de protection des mineurs Enquêtes au cas par cas dès qu’une mise en relation via le site est constatée. Une peine récente de six ans.
David Azzato Fondateur suisse basé à Dubaï. Condamné en 2011 pour proxénétisme aggravé, mandat d’arrêt non exécuté par la Suisse. Plus de 20 M€ par an.
Travailleuses du sexe Un quasi-monopole : 459 € pour 30 jours de visibilité, fichier des clients à risque, aucune vérification des profils.
La suite Réponse suisse attendue, risque de renaissance sous un autre nom, contexte législatif chargé (proposition de loi n° 3106, article 25).
Important
  • Cet article est un décryptage journalistique fondé sur le reportage de France Inter du 10 septembre 2026 et sur les informations publiées par les médias cités ci-dessous.
  • Les personnes visées par l’enquête sont présumées innocentes tant qu’une décision de justice définitive n’est pas intervenue.
  • Les chiffres d’audience et de revenus sont des estimations rapportées par la presse, non confirmées par le site.
Sources principales
franceinfo, « Pédocriminalité : le parquet de Paris ouvre une enquête sur le site Sexemodel, l’Arcom saisie », 10 septembre 2026
https://www.franceinfo.fr/societe/pedocriminalite/info-radio-france-pedocriminalite-le-parquet-de-paris-ouvre-une-enquete-sur-le-site-sexemodel-l-arcom-saisie_8185814.html
Actu17, « Des enfants achetés comme pour un Uber : le parquet de Paris ouvre une enquête visant le site Sexemodel », 10 septembre 2026
https://actu17.fr/faits-divers/des-enfants-achetes-comme-pour-un-uber-le-parquet-de-paris-ouvre-une-enquete-visant-le-site-sexemodel.html
macommune.info (avec AFP), « Suspicion de prostitution de mineures : le parquet de Paris ouvre une enquête sur le site Sexemodel », 10 septembre 2026
https://www.macommune.info/suspicion-de-prostitution-de-mineures-le-parquet-de-paris-ouvre-une-enquete-sur-le-site-sexemodel/
ASH, « Prostitution de mineures : le site Sexemodel visé par une enquête », 11 septembre 2026
https://www.ash.tm.fr/protection-enfance/prostitution-de-mineures-le-site-sexemodel-vise-par-une-enquete-974870.php
Entrevue, « Prostitution en ligne : le parquet de Paris ouvre une enquête sur la plateforme Sexemodel », 11 septembre 2026
https://entrevue.fr/police-justice/prostitution-en-ligne-le-parquet-de-paris-ouvre-une-enquete-sur-la-plateforme-sexemodel/
L’Appel, « Meslibertines ou le refuge suisse de la prostitution française », 11 septembre 2026
https://www.lappelfrance.fr/2026/09/11/meslibertines-ou-le-refuge-suisse-de-la-prostitution-francaise/
Mediapart / European Investigative Collaborations, enquête « Dirty Payments » sur David Azzato et Worldline, 2025
La Voix du X, « OnlyFans, MYM : l’article 25 qui pourrait bouleverser le X en ligne en France », 2 septembre 2026
https://www.lavoixdux.com/2026/09/02/onlyfans-mym-larticle-25-qui-pourrait-bouleverser-le-x-en-ligne-en-france/
Code pénal, articles 225-5 à 225-7-1 (proxénétisme) et 225-12-1 (recours à la prostitution de mineurs), Légifrance
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGIARTI000006417861/

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