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Ma cam gay et moi : l’ultime plaisir voyeuriste et virtuel

Thomas Fap

Publié

le

L’utilisation de webcams pour s’exciter n’est pas nouvelle. Elle s’est démocratisée en même temps que le porno sur Internet. Aujourd’hui, il se murmurerait que les sites de Cam seraient même les premiers concurrents des labels x. Pourquoi un tel succès et quelles perspectives pour les années à venir ?

A l’origine : les duos cams

Telle une Madeleine de Proust, on se souvient de sa première webcam qu’on avait sur son premier ordinateur. On l’utilisait d’abord pour chatter avec des amis sur MSN et puis on en a découvert un tout autre usage. Pour beaucoup de gays, la cam est l’occasion de vivre les débuts de sa sexualité. De nombreux jeunes hommes ont ainsi goûté pour la première fois au plaisir de l’exhibition lors de duos sur des sites de rencontres ou plus tard via Skype, où ça se chauffe avec les mots ou un micro et ou, installé devant l’ordinateur, ça se met à se caresser, à montrer son sexe en gros plan ou ses fesses (que les passifs écartent pour chauffer encore plus leur interlocuteur).

Ce qui excite davantage avec la cam, c’est le caractère authentique et « live ». On ne se branle pas devant de la fiction ou un vieux plan, on le vit ! C’est un échange, un vrai plaisir de l’instant. Certains mecs entretiennent des sortes de correspondance masturbatoires via Skype comme en témoigne Fabrice, 28 ans : « J’avais dialogué avec ce mec sur un site de rencontres. On passait des soirées à parler de tout et de rien et puis un soir on était chauds et on s’est branlés. Il était plutôt dominateur, je n’avais jamais été pris en main et ça m’a énormément excité. Le lendemain il y avait un peu de gêne et puis il m’a mis à l’aise et on a commencé à se branler ensemble régulièrement. J’ai même  fini par investir dans des sextoys pour le chauffer un peu plus et le surprendre. Cela fait deux ans qu’on jouit ensemble chacun devant notre écran. On ne vit pas dans la même ville, on ne se verra probablement jamais et c’est sans doute ce qui fait que je me lâche plus avec lui qu’avec n’importe quel autre. Je me branle aussi régulièrement avec un mec un peu macho qui vit au Maroc et que j’avais rencontré sur Chatroulette. A un moment, j’étais en couple et c’était une façon pour moi de rester fidèle. J’avais mon mec mais je pouvais me branler avec ces garçons, ça variait sans qu’il n’y ait une véritable tromperie ou un danger pour ma relation ».

Les sites de Cam Pro ont pris le pouvoir

camgayAu début des années 2000, les sites de dialogue en cam se sont multipliés. Et puis petit à petit ce sont les sites pros qui ont eu la côte jusqu’à être aujourd’hui à leur apogée. Dans le fond c’est comme pour la drague gay : tout le monde ne plait pas forcément, certains sont plus démunis et le fait de payer permet d’avoir accès à des garçons qui seraient sinon inaccessibles.

Cam 4, gros mastodonte dans l’univers de la cam gay, impose un autre rapport à la cam : celui qui mate n’allume en général jamais sa webcam. Il se contente d’être voyeur, de parler aux pros qui s’exhibent et de leur donner des tokens (la monnaie Cam4) pour les inciter à davantage s’exhiber. Les modèles établissent un objectif pour laisser le show en public et ,s’il n’est pas atteint, ils restent dispo pour des shows privés.

Le terme de « show » s’est imposé assez naturellement et comme il le laisse entendre, ceux qui matent s’attendent à de l’animation. Comme dans le porno amateur, on trouve de tout sur un site comme Cam4. Des mecs hétéros des pays de l’Est qui acceptent de se sucer ou de coucher ensemble contre des tokens, des minets passifs prêts à se goder en jockstrap, des machos dominateurs latinos ultra fiers de leur grosse teub et qui exploitent à fond les clients aptes à se transformer en « money slave », des acteurs pornos, des inconnus qui veulent juste arrondir leur fin de mois, des couples exhibs…

Une nuit sur Cam 4

Personnellement, la cam était pour moi excitante dans l’échange qu’elle permettait, la réciprocité, le fait de voir et d’être vu. Je décide de tester Cam4 le temps d’une soirée. On « zape » assez facilement d’une cam à l’autre, on est surpris par le fait qu’il y ait tant de shows en libre accès, de mecs généreux qui rincent tout le monde permettant au show de rester public.

cam4-gayJe tombe sur des hétéros fatigués qui n’ont pas l’air très motivés, sur deux latinos qui se pompent… C’est assez excitant mais pas non plus le feu à la braguette. Et puis j’atterris sur un drôle de show. Il s’agit d’un diner entre plusieurs mecs parisiens. La cam est placée en face de la table, ce qui donne l’impression d’être en compagnie des convives. On suit leurs conversations, assez banales. Ils sont 4 : un qui est plutôt hors champ, un mec type quadra, un garçon genre jeune latino un peu modasse / vulgaire et un jeune trentenaire lisse type avocat. Les types n’ont rien à voir les uns avec les autres, c’est un peu le choc des cultures. Ils mangent, boivent du vin, fument clope sur clope. Ca dure une heure, deux heures… Sur le forum, ça commence à s’exciter : « Mais quand vont-ils enfin baiser ? Vont-ils d’ailleurs finir par le faire ou juste couper la cam ? ». Le texte qui va avec le show entretient la confusion : il s’agit d’une annonce du genre « Ch mecs pour partouze à Paris ». Jamais les convives ne viennent interagir avec ceux qui matent. Du coup, le doute plane. Est-ce un canular ou ces mecs qui ne parlent que de la pluie et du beau temps sans jamais aborder le sexe vont-ils touzer ?

Je me retrouve, comme des dizaines d’autres, pris au piège : j’ai l’impression de passer la soirée avec ces mecs et je ne peux plus couper le show, je veux voir s’ils vont baiser. Sur le forum, on donne des surnoms à chacun des membres visibles du diner, surnommés les « 3 C » : Chauve (pour le mec plus âgé), Casquette (pour le latino un peu fofolle) et Chemise (pour l’élégant et séduisant avocat qui s’exprime bien et dont on se demande ce qu’il fait là). Ca s’excite beaucoup sur Chemise : il n’a pas la gueule du mec qu’on imagine dans une orgie, il est parfois un peu pédant et en même temps quand Chauve va aux toilettes ou s’isole, le voilà qui embrasse ou caresse Casquette. Tout cela arrive au bout de 3 heures de show : pas de doute, celui qui gère ça sait faire monter la sauce.

Je réalise en matant tout ça la suprématie certaine de la cam sur le porno traditionnel : on vit complètement le moment par procuration, la montée en puissance, l’attente, l’ennui, la surprise d’un baiser, l’excitation… En regardant de près, on voit que c’est Casquette qui a lancé le show. Il passera deux trois fois discrètement devant l’écran pour augmenter les objectifs et inciter les voyeurs à mettre des tokens.

Ça s’embrasse et puis Chauve revient et c’est reparti pour une heure de bla bla. Une fille est présente à la soirée, des gens passent et repartent… Sur le forum, l’humeur vacille entre désespoir (au bout de 4h d’attente, certains clament qu’il faut se rendre à l’évidence et qu’il ne se passera rien) et curiosité aiguisée (on veut savoir si ça va dégénérer quand même, l’alcool coule à flot…).

Au bout de 5h ( !!), tout bascule. Il ne reste plus que les 3 C. Chauve se fout à poil et va sur le lit non loin de la table où avait lieu le repas. Casquette et Chemise le rejoignent. On devine que les 3 mâles sont à poil, on entend des bruits de pelles baveuses mais on ne voit rien : la cam n’a pas été déplacée. Frustration générale. Ca dure plusieurs dizaines de minutes comme ça : les gens se déconnectent, un peu furax, puis se reconnectent quand même 10 minutes plus tard pour voir si ça n’a pas bougé, à tout hasard…

cam4_gayÇa sonne à la porte de l’appartement : un mec entre, se met nu mais ne reste pas et repart. Et puis ça sonne encore et de nouveaux mecs restent. Casquette s’approche de la cam et la tourne : cette fois ça y est, ça arrive : une partouze se lance ! Chemise n’est plus lisse et se montre tel un libertin actif un peu dominateur, Chauve prend les mecs à la chaine et les fait hurler. On croit deviner que certains prennent de la drogue hors champ. L’annonce était bien réelle : après avoir fait languir l’assemblée, les mecs touzent pour de bon et pas qu’à moitié. Ça t’entasse, se mélange et baise dans tous les sens sur le lit.

Pendant que ses invités couinent et gémissent, Casquette est sur son téléphone en plein recrutement. Je vais faire un tour sur Grindr histoire de voir si je l’y croise. Après une petite recherche, je tombe sur son profil et lui parle. Il m’invite à sa partouze. Si les premiers invités étaient conscients d’être filmés, les nouveaux qui pénètrent dans l’appartement n’ont absolument aucune idée qu’ils le sont. Faisant genre que je rejoins le groupe, j’obtiens les détails d’adresse et d’accès mais jamais on ne me précise que des gens peuvent tout voir en live sur Cam 4.

Sur le forum, forcément, les gens sont fous : ce qui se passe est inespéré et ça envoie du lourd. Ca va baiser pendant 3 bonnes heures, dans une atmosphère perverse (des mecs un peu défoncés qui se font prendre sans savoir que des tas de voyeurs se rincent l’œil). Je m’étais connecté à 20h, il est 4h du matin et ça continue encore. Quand je coupe mon ordinateur et vais me coucher, j’ai l’impression d’avoir vraiment participé à cette partouze, de l’avoir vécue, comme si j’avais été dans un coin de la pièce. Troublant.

La réalité virtuelle sera-t-elle le futur de la cam ?

gayvrCette expérience m’a permis de réaliser à quel point on peut devenir accro à la cam et y passer des heures. Pour certains mecs, aller voir tous les jours un modèle, c’est comme partager son quotidien. Une autre vie, une autre sexualité, dans l’univers parallèle du virtuel.

Les barrières risquent de tomber encore un peu plus avec l’annonce de la démocratisation d’ici 5 ans des casques de réalité virtuelle. Imaginez donc : mater et/ou dialoguer avec des mecs, le regard captif, avec l’illusion qu’ils sont juste en face de vous. Pas de doute : il va y avoir pour les sites de cam beaucoup d’argent à se faire. Et pour nous, spectateurs et consommateurs, c’est notre sexualité qui va évoluer, laissant encore un peu plus le virtuel et ces garçons chauds aux allures de mirages investir notre réalité…

Thomas s'abreuve de porno depuis ses 15 ans. Après les premiers émois des VHS hétéros, il développe une passion débordante pour le x gay alors qu'Internet fait son apparition. Pornophage et curieux, tous les genres et fétiches attisent sa curiosité. Il partage ses fantasmes et addictions sur son propre blog, Gaypornocreme, et régulièrement pour le magazine gay Qweek.

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