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En couple gay mais sans sexe : quand l’amour fait débander

Thomas Fap

Publié

le

C’est quelque chose dont peu de garçons parlent et pourtant la tendance prend de plus en plus d’ampleur. Si la machine fonctionne en étant célibataire, quand certains se retrouvent en couple, rien ne va plus. On a tenté de comprendre avec deux témoignages.

Ils vécurent heureux… et eurent très peu d’orgasmes !

Tout allait plutôt bien dans la vie de Florent tant qu’il était célibataire. Âgé d’une vingtaine d’années, vivant à Paris, il accumulait les rencontres sans engagement. Et puis il est tombé amoureux d’un garçon, mais de façon un peu particulière : « J’étais habitué aux plans cul, à la vitesse, au plaisir anonyme. Et puis j’ai rencontré ce mec qui avait envie de prendre son temps. On a fait plusieurs rendez-vous, sans s’embrasser, en apprenant à se connaître. Il me plaisait beaucoup et j’ai senti quelque chose que je n’avais jamais  éprouvé jusqu’alors. J’étais en train de tomber amoureux. C’était magique, j’avais très envie d’une relation avec lui. Mais quand on s’est emballé puis retrouvé dans un lit ça a commencé à être compliqué. J’avais du mal à bander et vu qu’il était passif, ça n’aidait pas ».

Simple panne liée à la nervosité ? C’est ce qu’a voulu croire Florent. Il se persuadait que la fois d’après serait la bonne. Mais le problème a persisté. « Je ne comprenais pas, j’étais totalement dépassé par ce qui se passait ou plutôt ne se passait pas (rires). Je le trouvais pourtant beau, j’avais de vrais sentiments pour lui mais sexuellement je n’avais pas très envie. J’avais plutôt envie de lui faire des câlins, de l’embrasser ».

Même son de cloche pour Benjamin, lui aussi la vingtaine : « J’étais habitué à coucher avec des mecs et alors que pour une fois je m’attachais à quelqu’un, je n’étais pas excité. Je me sentais con. J’y suis arrivé, plusieurs fois, mais en devant me forcer, en pensant à autre chose. Je trouvais ça terrible pour lui ».

L’amour n’est pas bandant

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Florent et Benjamin se rejoignent sur un point : ils sont tombés amoureux, ont fait une rencontre qui les a apaisés, à côté de laquelle ils ne voulaient pas passer, mais plus ils ressentaient des sentiments forts pour la personne et moins ils avaient envie de coucher avec.

Florent tente d’expliquer cette drôle de situation : « Je me suis rendu compte que quand je tombe amoureux de quelqu’un, j’ai tendance à l’asexualiser. Il correspond à l’image d’un bon petit mari, d’un mec lisse, la fin d’un cycle où je ne vivais mon homosexualité que dans l’accumulation de plans cul ».

Benjamin est plus direct dans sa réflexion : « J’ai fini par comprendre que ce qui me fait bander, c’est l’inconnu. Découvrir un nouveau corps, partager un moment sauvage. La baise me fait bander, faire l’amour moins. J’ai du mal à avoir du désir sexuel pour une personne qui partage mon quotidien. Plus il y a d’intimité, plus j’en apprends sur lui, plus cela m’amène à l’aimer davantage et moins j’ai envie de jouir avec lui. C’est comme si l’amour et le sexe étaient devenus deux choses différentes, incompatibles dans ma tête ».

Une épreuve au quotidien

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Forcément, pas facile d’être amoureux sans sexe. La société, la norme, voudraient que quand on est en couple, on couche forcément ensemble. Florent et Benjamin ont ainsi ressenti une forte pression de la part de leur copain et de leur entourage. Benjamin a même fini par rompre car il n’arrivait plus à assumer son couple : « Personne autour de moi n’arrivait à comprendre ma relation. Mon mec, par amour, avait accepté la chose. On avait trouvé un arrangement : on allait chacun de notre côté tirer un coup de temps en temps. Mais c’était dur à assumer. Je m’entendais dire que ce n’était pas ça être amoureux, que quand on aime, on bande forcément quand on embrasse l’autre, que quand il y a des vrais sentiments, il y a du désir. Les gens ont une idée étonnamment précise et limitée du bonheur, de la façon de s’aimer. Ca m’a fait douter mais aujourd’hui avec le recul je peux le dire sincèrement : j’étais vraiment fou amoureux de mon partenaire. J’ai eu d’autres histoires sérieuses où j’avais une sexualité plus ou moins normale mais je n’étais pas amoureux. Avec lui c’était le cas mais il manquait cette partie d’intimité. Je m’en veux parfois d’avoir arrêté. Sur le coup, je pensais à le protéger, je me disais qu’il méritait mieux que ça. Mais moi, depuis, je n’ai pas retrouvé des sentiments aussi forts pour quelqu’un d’autre ».

Florent, lui, ne s’est pas laissé abattre et est toujours en couple avec son amoureux avec lequel il ne couche presque jamais : « Je milite pour faire comprendre aux gens que chacun est libre de mener son couple comme il l’entend ! Non on ne couche pas ensemble mais oui, on s’aime ! Et si on couche avec un autre pour assouvir un besoin purement sexuel, ça n’a pas d’incidence. On n’opte que pour des plans directs. On a essayé aussi les plans à trois mais ça nous rendait jaloux de nous voir directement avec un autre alors on a laissé tomber. Je pense qu’il ne faut pas se laisser influencer par les autres. Oui ça peut paraître bizarre d’aimer sans sexe mais si les sentiments sont là pourquoi gâcher une belle histoire ? Les gens qui vont se permettre de te critiquer, de remettre en cause ton union, qui sont-ils pour juger ? La plupart ne couchent plus ensemble au bout d’un an à cause de la routine ou font genre que tout va alors qu’ils se trompent dans leur dos. Nous, au moins on n’est pas hypocrites. Mon mec a accepté mon absence de désir sexuel, je trouve que c’est une belle preuve d’amour, peu de personnes accepteraient ça. Ça n’a fait que renforcer ce que je ressentais pour lui ».

Un problème ?

Si Florent préfère parler d’une « spécificité » plutôt qu’un réel problème, Benjamin lui avoue rêver d’être différent : « Le schéma se reproduit, inlassablement. Dès que je tombe amoureux, l’envie sexuelle est très faible. J’ai été me faire hypnotiser, vu des psys mais rien n’y fait. La solution de faire des jeux sexuels pour épicer la vie intime à deux ça ne fonctionne pas pour moi : c’est comme si je devais me forcer et je n’ai pas envie que le sexe soit un domaine où je me force ».

D’où vient donc cette façon de séparer systématiquement le sexe des sentiments ? Florent se dit souvent « accusé » de regarder trop de porno : « On me dit que c’est à cause des films pornos, que j’ai une vision déshumanisée de la sexualité. Mais depuis que j’ai commencé à me branler, je ne suis excité que par l’inconnu. Les gens que je connais bien ne m’excitent pas, c’est comme ça ! ».

Il avoue toutefois que la facilité à faire des plans cul a peut-être joué un rôle : « J’ai commencé ma vie sexuelle avec des plans. Je m’en suis satisfait pendant des années. CA aurait peut-être été différent si j’avais été « initié » en faisant l’amour avec quelqu’un que j’aimais. J’ai appris à prendre du plaisir autrement et aujourd’hui je n’arrive pas à changer ».

Vincent Franklin as Henry and Cyril Nri as Lance

Même constat pour Benjamin : « J’ai découvert le plaisir dans les rencontres d’un soir. Quand un inconnu me chauffe, je suis hyper chaud. Mais un mec que j’aime, je me sens dans un drôle d’état, presque obligé. Pour moi sexuellement le couple n’est pas attrayant. J’envie mes amis qui arrivent à faire les deux mais chez moi c’est le blocage ».

Changer ou assumer ?

Pour nos deux interlocuteurs subsistent un point d’interrogation. Florent avoue qu’il se demande parfois si avec quelqu’un d’autre que son copain ce ne serait pas différent : « Tu te dis forcément que c’est peut-être juste un soucis de compatibilité sexuelle, que peut-être qu’il y a quelque part un autre gars qui t’apportera tout. Mais je n’ai pas envie d’y penser. Moi je me sens bien avec mon mec même sans sexe ! Chaque couple à ses dysfonctionnements. Nous c’est ça. Mais tout le reste est super : on s’aime, on peut compter l’un sur l’autre, on partage tout le temps pleins de trucs ensemble. Je ne connais pas un couple autour de nous qui soit plus complices. Comme quoi… »

Benjamin, lui, aimerait parvenir à changer : « J’espère que ça bougera avec le temps. J’essaie de ne plus trop faire de plans, de regarder moins de porno. Ca ne change pas grand chose à mon fonctionnement mais au moins je tente. J’aimerais trouver quelqu’un avec qui ça marche naturellement, où je n’ai pas besoin de me forcer pour me dire que j’y arrive et que je peux rentrer dans le moule. Le plus dur là-dedans, c’est que c’est quelque chose dont personne n’ose parler vraiment alors que j’ai déjà rencontrés plusieurs mecs dans ma situation. On veut tous renvoyer l’image d’un couple au bonheur parfait, correspondre à un idéal, une norme. Mais est-ce qu’on n’est pas tous un peu bizarre dans le fond ? Je n’ai trouvé aucune réponse claire pour l’instant, je me dis qu’avec les années et l’expérience, je trouverai bien le moyen d’avancer ».

Thomas s'abreuve de porno depuis ses 15 ans. Après les premiers émois des VHS hétéros, il développe une passion débordante pour le x gay alors qu'Internet fait son apparition. Pornophage et curieux, tous les genres et fétiches attisent sa curiosité. Il partage ses fantasmes et addictions sur son propre blog, Gaypornocreme, et régulièrement pour le magazine gay Qweek.

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