Qu’est-ce c’est, un bon hardeur ?

Mensurations, âge, regard, teint, origine ethnique, pratiques sexuelles, énumération sans fin de mensurations… Les critères ne manquent pas pour dresser autant de tops aussi innombrables qu’illusoires de nos actrices porno préférées. Certes. Mais qu’en est-il des hommes ?
 
N’en déplaise à notre société patriarcale, le mâle reste le parent pauvre, le sexe faible de la reconnaissance pornographique. Dans le X hétéro, le hardeur est souvent réduit au statut de phallus anonyme, soldat inconnu livré à la petite mort.
Certains arrivent toutefois à percer le plafond de verre pour devenir les icônes masculines du milieu. Et cela n’a rien à voir avec la chance. Petit point sur ce qui sépare le quidam moyen et sa sextape du Rocco Siffredi de sa génération.
 
Parlons tout de suite de l’éléphant dans la pièce. Oui, la taille de la trompe importe. Sauf public de niche, les grandes ont plus de succès que les petites. Mandingo, Lexington Steele, sont autant de stars qui ont su profiter de préjugés avantageux pour valoriser les dimensions hors du commun à la base de leurs longues carrières. Cependant, même avec un anaconda de 25 cm, les gentlemen sus-nommés ne se sont pas reposés sur leurs lauriers.
Ce qui nous amène au deuxième point : la condition physique. Les plus grands ont tous un point commun : un physique irréprochable. Et pour cause : mollets, quadriceps, fessiers, abdominaux pour le mouvement de piston, biceps et triceps pour les portés, trapèzes et deltoïdes pour les scènes en POV, et enfin, nuque et langue pour l’art du cunnilingus (si ça ne brûle pas à la fin, c’est que vous le faites pas bien).
 
La pratique du sexe à haut niveau met l’ensemble du corps à rude épreuve. Un entraînement quasi-quotidien est obligatoire pour maintenir un tel niveau d’exigence. Et c’est d’autant plus vrai que le public féminin ne faisant que croître, l’attrait pour les beaux corps masculin augmentera en conséquence.
Ajoutons l’hygiène de vie impeccable à laquelle s’astreigne la plupart des hardeurs célèbres. Pas d’alcool, pas de tabac : le secret d’une trique au top (d’autant que fumer dénature le goût du sperme, autant entretenir de bonnes relations de travail avec ses partenaires). En plus d’abîmer le corps, les substances amoindrissent les performances sexuelles, elles sont donc à bannir.
 
Seule exception : Ron Jeremy, qui entretient depuis toujours une fière bedaine et possède même une marque de rhum à son nom, el Ron de Jeremy, ça ne s’invente pas. Mais la légende est l’ambassadeur ultime de la porn’stache.
Indétrônable.
Maintenant, parlons technique. Si être capable de limer inlassablement pendant des heures est un pré-requis, un tournage n’est pas une compétition d’endurance, plutôt une épreuve fractionnée. Aussi, il faut savoir raidir avant chaque prise et éjaculer sur commande, entouré d’une équipe qui n’attend que de rentrer chez elle et d’un réalisateur stressé qui fait les gros yeux. Un effort aussi physique que mental, exigeant tout à la fois maîtrise de l’afflux sanguin, contrôle du périnée, faculté d’abstraction, gestion du plaisir, du désir, plusieurs heures durant, tous les jours, pendant plusieurs années.
 
Car ces carrières ne se construisent pas en un jour, mais à force de travail, avec abnégation, même les fois où la fille nous plaît moins, même les fois où on n’a pas la tête à ça, même les fois où on a froid au cul, à 7h du mat,’ dans un entrepôt humide pour une scène de bondage industriel.
Alors seulement, on peut se prétendre professionnel reconnu et émérite du X-business. Mais la légende est encore un cran au-dessus. Ce petit plus qui sépare le technicien consciencieux du mythe phallique personnifié se divise en deux catégories.
 
En premier lieu, il y a les acteurs doués, Evan Stone, Phil Hollyday. Des performeurs qui, sans texte et sans directive, dans un costume de farce et attrape, la bite à l’air, rendent crédible voire hilarante cette histoire de plomberie qui fuit. D’un mot, d’un regard, d’une mimique, ils tutoient la grâce de leur présence burlesque. Quoi qu’on en pense, le jeu d’acteur transcende le porno car il change ces scénarios outrageusement insultants pour l’intellect du spectateur en purs moments d’anthologies. Les mots d’ordre : répartie et
spontanéité.
En second lieu, on trouve les baiseurs spectaculaires, Rocco Siffredi, Manuel Ferrara. Les maîtres absolus du gonzo. Contrairement aux précédents, amateurs de verbes, eux font vivre les silences car chez eux. La bouche mord, baise, souffle, et lorsqu’elle parle, c’est à eux-même ou à leur partenaire, jamais à la caméra. Oubliés, les artifices, ils retournent à l’essence même du sexe, un festival primitif de râles, de soupirs et de chuchotement,
comme une fresque d’art premier. Les mots d’ordre : passion et intensité.
Au-delà du physique, de l’ascèse, et de la technique qui les caractérisent, c’est
finalement le discours que tous ces artistes inventent sur la pornographie qui fait d’eux les immenses hardeurs qu’ils sont : spectacle comique et absurde pour les premiers et bacchanale sauvage et animale pour les seconds.
 
Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.