Robots/actrices : le grand remplacement ?

L’effet Blade Runner 2049 est passé par là. Aurons-nous très bientôt du sexe avec des robots plutôt qu’avec des gens ? Une question qui prêtait à sourire jusqu’à il y a peu mais qui ferait presque flipper si l’on en croit les spécialistes du trou de balle cybernétique. Si, si, ça existe…

Au commencement fut la poupée gonflable : une rustique chambre à air. Puis vint l’ère de la doll, dépeinte de façon grinçante par Dupontel dans le film Monique : un bloc de latex aux dimensions et poids d’une vraie femme. Désormais, selon le professeur Noel Sharkey, de la Fondation pour une Robotique Responsable, nous serions au seuil d’une nouvelle ère : la dolly dotée de sens, de mémoire, voire d’une conscience.

Un beau bordel catalan

En fait, certains ont déjà du sexe avec des poupées 3.0. Un bordel barcelonais vient en effet de remplacer ses pensionnaires de chair et d’os par d’autres en élastomère thermoplastique. Le Lumidolls a ainsi ouvert en février 2017 et moyennant 80 euros la demi heure, vous profiterez des joies de l’amour en plastique avec, entre autres, Brandy, Debora, Arwen ou Yoko. Si vous êtes du genre exclusif, cette véritable agence de casting pour real dolls vous proposera de choisir parmi 54 modèles à l’achat, affichés à un tarif de départ d’un peu moins de 2000 euros.

Le plastique, c’est fantastique

On le sait depuis Elmer Food Beat. Mais pour faire une poupée capable de rivaliser avec un être de chair et de sang, il faut paradoxalement que celle-ci ait avant tout une intelligence. Désormais, les dolls sont capables de se mettre dans plus de 50 positions pour niquer, personnalisent leur communication avec un logiciel de reconnaissance faciale, savent simuler l’orgasme et donnent des coups de reins d’avant en arrière pour se faire pistonner. La bouche suce et aspire. Les orifices sont chauffés et auto-lubrifiés. Certaines ont des pièces interchangeables pour jouer tantôt le rôle de la nana, tantôt celui du mec. L’une des plus évoluées est l’œuvre de Sergi Santos, un ingénieur espagnol (décidément…) qui l’a prénommée Samantha. La BBC lui a consacré un reportage ainsi que le Sun. Sam a différentes humeurs et plus d’une centaines de blagues à son vocabulaire.

Outre-Atlantique, les Yankees ne pouvaient rester les bras croisés, alors que les poupées affichent des prix oscillant entre 5 et 20 000 euros. Les Californiens de Real Doll, leader du marché, proposent ainsi Harmony, leur poupée à dix plaques, livrée avec un logiciel qui la rend susceptible de tomber amoureuse. Chez True Companion, Roxxxy dispose de plusieurs personnalités. Mettez le bouton sur l’option Farrah et elle se montrera frigide et pudibonde. Sur Abby, elle se se comportera comme une vraie femme au foyer. Laissez-la sur l’option Roxxxy, celle par défaut, et elle sera salope et libidineuse.

Du plan à trois à l’addiction

Ces différentes personnalités ne sont pas sans poser problème. Les concepteurs de True Companion ont publié une lettre ouverte dénonçant le détournement de l’option « Farrah la Frigide » sur leur poupée pour pénétrer la doll sous la contrainte, la violer pour ainsi dire. Oui, c’est déjà arrivé. Non, on n’est pas sur Pluton. À mesure qu’elles se perfectionnent, les dolls s’humanisent et font surgir des questions éthiques inédites. À ce titre, Noel Sharkey pointe les bénéfices de l’évolution technologique, mais aussi les risques. Ce Professeur à l’Université de Sheffield et Responsable de la Foundation for Responsible Robotics estime que les dolls peuvent notamment aider les couples en crise : « elles seraient utiles dans le cadre d’une thérapie par le biais d’un ménage à trois explique-t-il à la presse anglaise. Une androïde éviterait d’impliquer un être humain. Dans le cadre d’une relation à distance aussi, elles pourraient éviter les adultères. Pour les personnes infirmes ou les célibataires souffrant de solitude, elles se révéleront de plus en plus comme de vraies alternatives aux relations humaines ». Mais jusqu'à quel point cela serait-il souhaitable ? Le porte-parole de Real Doll confesse que certains possesseurs de leurs poupées se sont mariés avec. « Nous avons sauvé des vies car leurs propriétaires se sentaient totalement désemparés après la mort d’une épouse ou la fin d’une relation ». Pour le sexologue Lev Scheglov, les risques d’addiction et de déconnexion à la réalité sont réels. « Nous avons déjà assisté à des changements très rapides dans les relations humaines à travers Internet, les mobiles et les réseaux sociaux. La prochaine avancée majeure est l’utilisation de la technologie pour avoir de l’intimité avec la technologie en elle-même : tomber amoureux, se marier... C’est très dangereux. Ce sont juste des imitations factices qui peuvent mener à l’isolement et à des désordres psychiques ».

Tous sous (une) Androïde

Pourtant, l’opinion publique est déjà préparée et semble étonnamment réceptive. Une étude publiée en 2016 et relayée notamment par Newsweek montre que sur un panel de 100 adultes de 21 à 61 ans, deux tiers des hommes et un tiers des femmes seraient réceptifs à l’idée d’avoir du sexe avec un robot. En outre, 86 % des personnes interrogées se sont déclarées convaincues qu’un robot serait capable de satisfaire leurs désirs sexuels. Plus fort, une autre étude de 2016 montre qu’un quart des participants étaient prêts à accepter d’avoir une romance avec un humanoïde. On peut expliquer ces résultats par l’abondance de références culturelles déjà présentes dans l’imaginaire collectif, du film AI de Steven Spielberg au dernier Blade Runner 2049 dans lequel Ryan Gosling fait un plan à trois avec son replicant et un hologramme. Bien plus loin, la mythologie grecque narrait déjà l’histoire de Pygmalion, sculpteur tombé amoureux de sa création en ivoire, qu’Aphrodite matérialisa en vraie femme. Complétez le tableau avec le mythe de Prométhée et vous avez un cas concret illustrant l’homme apprenti-sorcier.

2045 : le début de la fin du cul à l’ancienne ?

Ray Kurzwell, directeur de l’ingénierie de Google et véritable gourou de la Silicon Valley prédit le point de singularité pour 2045. À cette date, l’intelligence artificielle dépassera l’intelligence humaine et personne ne sait comment ça se goupillera, d’où le fameux nom de singularité, emprunté à la physique des trous noirs. Selon lui, par le biais des méthodes de Deep and Reinforcement Learning, « les machines vont emprunter le même chemin que l’évolution des êtres humains, jusqu’à devenir conscientes et être capables de se développer toutes seules sans que l’homme ne puisse les comprendre, ni en garder le contrôle ». Un futur qui fait flipper jusqu’à Stephen Hawking, Bill Gates et Elon Musk, mais pas seulement. Les pornocrates ont toutes les raisons d’être perplexes. Les films avec des poupées existent déjà et constituent une niche à part entière. Les perspectives de faire des films de plus en plus réalistes avec des dolls évoluées sont réelles. Pour Noel Sharkey, « la compagnie qui créera la partenaire la plus réaliste au bon prix est celle qui capturera la plus grosse part de marché ». Le business des novelties et autres jouets sexuels est sur le pied de guerre. Les poupées se contrôlent désormais à distance via wifi comme un sextoy connecté aux webcameuses. Toutefois, dans le climat actuel délétère et de défiance envers toutes les activités considérées comme liées de près ou de loin à l’exploitation de la condition féminine, qui dit, qu’à l’avenir, le porno entre humains ne sera pas interdit ? Qui dit que le législateur ne verra pas dans les androïdes un parfait substitut aux actrices, potentiellement interdites de profession au nom de l’image qu’elles renvoient ? Qu’on le veuille ou non, le futur, c’est maintenant.

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.