Régulation du porno : le gouvernement britannique repousse l’échéance

Nous vous en parlions au tout début de l’année. Avec le Digital Economy Act 2017, le gouvernement britannique devait imposer la vérification d’âge sur tous les sites pornographiques du territoire au premier mai 2018, les contrevenants risquant alors le blocage pur et simple de leur domaine.

La mesure ne manquait pas de faire grincer les dents des professionnels du secteur et garants de la confidentialité des données privées. En cause : les méthodes de vérification d’âge et la potentielle ouverture de ce marché à des sociétés privées, et notamment Mindgeek, le géant du porno en streaming.

Face à la levée de bouclier, le Royaume-Uni a su entendre raison, reconnaissant tacitement son inaptitude à encadrer le processus et à rassurer ses administrés. Il délègue donc au British Board of Film Classification (BBFC), le Bureau Britannique de Classification des Films, la charge de conduire une consultation publique afin de déterminer les solutions qui satisferaient le mieux le public britannique. C’est en soi une victoire.

En effet, le BBFC est une organisation indépendante, non-gouvernementale et à but non-lucratif déjà en charge, comme son nom l’indique de la classification des films sur le territoire britannique. En clair, il n’est ni une société privée, ni un organisme d’état comme l’est le CNC en France, mais une institution fondée par l’industrie cinématographique du pays en 1912, qui fait autorité auprès de la population en matière de régulation du contenu cinématographique. En outre et faute d’auto-régulation, c’est encore le meilleur acteur neutre et indépendant en ce qui concerne le contrôle de l’âge des utilisateurs de sites pornographiques.

Aussi, l’obligation, pour les propriétaires de sites, de conditionner l’accès à leur contenu à une vérification d’âge rigoureuse et sécurisée est reportée à la fin de l’année, le temps que le BBFC rende les conclusions de sa consultation publique et élabore une réponse concertée à la problématique de la vérification d’âge offrant des garanties de protection des données à sa population.

Si, à terme, ce n’est pas le BBFC qui élaborera techniquement les processus de vérification d’âge que nous évoquions dans notre précédent article (par carte bancaire, par SMS ou par scan des réseaux sociaux, etc.), c’est malgré tout cette institution qui devra répondre des méthodes de vérification, de la quantité et de l’utilisation des données privées collectées auprès des usagers du Web, et non une société privée offshore dont on connaît la transparence quant à l’usage que ces dernières font des informations sensibles qu’elles traitent.

Ce rétro-pédalage du gouvernement britannique constitue donc la preuve qu’une mobilisation intelligente et intelligible des professionnels de la pornographie n’est jamais vaine, puisqu’elle a en mesure changée une loi, mettant en danger nos vies privées, en un compromis acceptable. Et, nous autres Français, serions bien inspirés d’en attendre autant de notre gouvernement. Il serait dommage que, précipité par l’urgence de la protection des mineurs sur Internet, ce dernier précipite nos vies privées dans le grand bouillon des futurs business numériques.

Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.