L’organisation caritative Beyondblue refuse le don de David Marshall, un acteur porno gay

Beyondblue, une organisation caritative australienne de prévention contre l’anxiété, la dépression et le suicide, s’est vue remettre un généreux don de la part d’un certain David Marshall, lutteur professionnel ; don qu’elle a publiquement refusé. La justification d’un tel refus, si tant est qu’une telle décision soit justifiable : les pastilles pornographiques que le catcheur publie sur son compte OnlyFans. Une preuve, s’il en fallait encore, des discriminations institutionnelles dont sont victimes les travailleurs de l’industrie pornographique.

David Marshall a un parcours atypique. Révélé sur le tard dans le milieu du catch professionnel – à 26 ans -, le lutteur est en outre l’un des rares athlètes ouvertement gays de sa profession. Son homosexualité est d’ailleurs, elle aussi longtemps, restée dissimulée, même à ses propres yeux. Se pensant bisexuel, il partagea la vie d’une jeune femme pendant 7 ans avant de s’avouer son penchant sans équivoque pour les hommes, et de faire son coming-out, à l’âge de 25 ans. Ce n’est pas pour autant qu’il s’est tout de suite lancé dans l’aventure pornographique. Introduit à OnlyFans par un ex-petit copain, sans qu’il ne saute le pas, c’est un événement très particulier et profondément dramatique qui le pousse à se lancer devant la caméra : le suicide de son père.

L’idée semble incongrue ; elle ne l’est pas tant que ça. David n’a besoin ni d’argent, ni de renommée, ni d’occupation. Aussi, il n’a pas de raison particulière de monnayer les images de ses ébats sexuels sur la toile. C’est la disparition tragique de son père qui donne finalement un but à cette entreprise. En plus de lui ouvrir les yeux sur ce véritable fléau qu’est la dépression dans notre société, elle le renvoie à sa propre condition, lui qui a passé la majorité de sa vie dans le placard : « Les statistiques dans ce domaine [la dépression] concernant les personnes LGBTQ sont assez effrayantes elles aussi, alors j’espère que je peux d’une certaine manière aider ma communauté. Ce sont les initiatives positives qui font la différence. »

La pornographie lui permet alors de faire d’une pierre deux coups. D’une part, elle lui donne l’occasion de vivre et de revendiquer librement sa sexualité, normalisant par la même occasion le sexe gay auprès des homos qui vivraient plus mal que lui leur condition. D’autre part, elle lui offre l’opportunité de rendre hommage à son père et de lutter contre la détresse psychologique ; ses gains sont destinés à l’organisation Beyondblue, Marshall ayant été touché par leur programme en faveur de la communauté LGBTQ. La boucle est ainsi bouclée. Ou presque. Le chèque de 5 000 dollars australiens (un peu plus de 3 100 euros) est, en dernier lieu, refusé par son destinataire.

Dans quel monde un organisme caritatif peut-il se payer le luxe de refuser un don ? Tout simplement dans celui dans lequel nous vivons, où l’argent du X assimilé purement et simplement à de l’argent sale comme le signifie très clairement les représentants de Beyondblue dans leur réponse. Ils ne peuvent accepter de dons émanant d’activités telles que le jeu d’argent, l’alcool et la pornographie et ils reprochent en outre à David Marshall d’avoir utilisé leur nom pour « faire la promotion de produit dans le domaine de la pornographie ». Magnanime, l’organisation se dit en revanche prête à accepter cette donation à titre anonyme. Grand prince.

« Je ne veux pas me montrer discret sur ce que je fais. Ce n’était donc pas le bon organisme pour moi. » D’abord abasourdi par la réponse, le donateur ne s’est pas formalisé et a finalement donné à l’organisation Black Dog, qui œuvre elle aussi dans le domaine de la santé mentale, doublant au passage la mise.

Reste la question de l’image véhiculée, a priori primordiale pour Beyondblue. Car s’il est effectivement impensable pour une digne organisation caritative d’accepter l’argent vicié de la pornographie, en matière de communication, que dire du fait de s’asseoir sur plus de trois mille balles par pudibonderie ? D’autant qu’au vu du parcours de David Marshall, difficile d’y voir autre chose qu’une profonde sincérité.

Le lutteur n’est en tout cas pas le premier acteur du milieu pornographique à se voir nier son droit à aider son prochain à travers une action caritative. Du géant Pornhub qui, il y a quelques années, multipliait les coups de com’ à visée humanitaire, à l’actrice Sasha Grey qui s’était engagée dans un programme de lecture à l’école élémentaire de Compton, en Californie, de nombreux professionnels du porn-business sont et ont été stigmatisés à travers leurs actes de charité.

N’est-ce pas alors l’une des discriminations, des injures les plus graves qui leur est faite ? En plus de subir au quotidien la pression sociale qu’implique leur profession, on va jusqu’à nier leur humanité au sens moral du terme, c’est-à-dire leur légitimité à éprouver de la compassion et à l’exprimer.

Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.