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Mater beaucoup de porno, est-ce inquiétant ?

Clint B

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Alors que le (premier) confinement s’achève, nombre d’entre nous entendent retrouver une vie sociale à peu près normale, ce qui signifie généralement arrêter de mater des boulards à la moindre occasion faute d’activité constructive à accomplir. Il faut dire que pendant le lockdown, la consommation mondiale de porno a explosé (essuie-tout > papier toilette), or il semble normal de s’inquiéter quant aux effets d’une exposition pornographique prolongée, maintenant que la bienséance reprend ses droits. Accoutumance oblige, n’aurions-nous pas développé ce mal ignoble dont nous parle tous les torchons pour psychologues de comptoir, l’abominable addiction au porno ? Une étude publiée dans le Journal of Sexual Medicine arrive justement à point nommé pour faire la lumière sur cet éminent problème de société.

Sobrement intitulée « La consommation pornographique à haute fréquence ne serait pas toujours problématique » (High-Frequency Pornography Use May Not Always Be Problematic), le papier scientifique annonce d’emblée la couleur. Mais la couleur de quoi, au juste ? Une petite explication de texte s’impose.

Une recherche menée, entre autres, par l’Université de Yale

Déjà, concernant le support, on s’accorde sur le fait le Journal de la Médecine Sexuelle n’a rien à voir avec la presse de salle d’attente. Avec un facteur d’impact de 3,649, sorte de note de pertinence dans la communauté scientifique, il fait figure de canard fiable, car plutôt cité par ses pairs. Pour ce qui est de l’étude en elle-même, un questionnaire en ligne rempli librement et anonymement, elle a concerné jusqu’à 14 006 sujets hongrois (la nationalité de Beáta Bőthe, auteure du papier), dont 30% de femmes, répartis entre 18 et 76 ans. Parmi eux, 28,6% de célibataires, 69,9% se réclamant d’un couple et 1,5% d’une autre forme de relation. Enfin, elle concerne aussi bien les personnes hétérosexuelles, 92,6%, que LGBTQ. En clair, on tape large, avec une question toute simple : peut-on corréler consommation pornographique intensive et consommation pornographique problématique ? Si oui, quelle est cette corrélation ?

Premier constat, la consommation moyenne s’avère hebdomadaire. Autant dire que le cours du Kleenex n’est pas prêt de s’effondrer. Ensuite, l’étude parvient à isoler trois types de profils parmi ses contributeurs : les consommateurs occasionnels non-problématiques (68,7%), les consommateurs assidus non-problématiques (23,9%) et les consommateurs assidus problématiques, sujets aux changements d’humeur, au manque, aux conflits et aux rechutes vis-à-vis de la pornographie (7,4%). On constate ainsi un rapport de 3 pour 1 entre les pornophiles investis et ceux pour qui le X vire à la compulsion. L’argument est donc un peu faible pour qualifier tous nos passionnés de maniaques de la pougnette.

Tableau issu du générateur de corrélation aléatoire proposé par le Monde

En outre, corrélation n’est pas causalité ; et de nombreux critères entrent en jeu dans la relation entre fréquence élevée et consommation problématique. Etonnamment, ni les capacités relationnelles, ni la satisfaction sexuelle ne semblent différencier l’usage occasionnel du régulier. En revanche, l’étude met à jour quelques prédispositions plutôt intéressantes :

« Selon les présents résultats, un haut niveau d’hypersexualité (des besoins sexuels élevés et compulsifs virant à la pathologie. cf : nymphomanie, satyriasis, ndlr), la dépression, la tendance à l’ennui, la frustration relationnelle, le sentiment d’incompétence, et globalement la frustration de besoins psychologiques basiques, le sentiment d’inconfort vis-à-vis de la pornographie, le manque d’estime de soi et de satisfaction relationnelle sont autant de facteurs de risque à développer un usage problématique. »

Dépression, ennui, frustration, la pornographie servirait alors de panacée pour surmonter les idées noires. Une évidence. Art de la gratification physiologique, puisque propice à la sécrétion d’endorphine, le porno fait figure de moyen d’évasion particulièrement commode lorsqu’on est tristoune. Un paquet de mouchoir, quelques clics, un peu d’huile de coude, et c’est reparti comme en quarante. D’où le « cercle vicieux » souligné par l’article : mal-être -> porno -> soulagement -> culpabilité -> frustration -> mal-être -> porno -> soulagement… Ad libitum.

« Qu’est-ce qui m’a pris de taper ‘granny fist prolapse’ dans Google ? »

En somme ni la pornographie, ni sa consommation, même intensive, ne sont réellement des motifs d’inquiétude. Ce sont plutôt les raisons personnelles et psychologiques qui poussent à s’y réfugier au-delà de toute mesure que l’on doit questionner. Lorsque l’abandon à la luxure ne se conçoit plus comme une activité ludique ou une passion raisonnée mais comme le remède lénifiant aux aléas d’une vie pas toujours folichonne, il peut être judicieux d’envisager le sevrage. Ceci dit, si vous vous êtes fait des ampoules aux mains à force de répéter les gestes barrières avec Popaul ou Nénette pendant la quarantaine, rassurez-vous. Vous aurez sans doute mieux à faire d’ici peu. Ou alors, vous vous êtes trouvé un nouveau hobby ; auquel cas, félicitations ! Et bienvenue parmi nous !

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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