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Comment bien simuler – Maîtriser l’acting porno

Clint B

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Souvent décrié pour sa profondeur intellectuelle soit-disant au raz des pâquerettes, le film de gymnastique serait dépourvu de toute valeur éducative. Que nenni ! Organiser une soirée pyjama réussie, donner une seconde jeunesse à une visseuse-dévisseuse en bout de course, apprendre l’art de la négociation en nature ; le X est riche d’enseignements divers et variés. C’est d’ailleurs grâce à cette formidable ressource documentaire que nous pouvons aujourd’hui proposer un tutoriel essentiel pour le devenir de l’humanité et du couple : « Comment bien simuler ». Parce qu’on pourrait tous, à un moment où l’autre de notre vie sexuelle, avoir besoin d’un brin de savoir-faire porno pour édulcorer une partie de jambes en l’air pas forcément très palpitante…

En matière d’acting, s’il y a bien un domaine où les acteurs et les actrices porno excellent, c’est lorsqu’il s’agit de retranscrire à l’image « le plaisir bouleversant qui traverse leur corps » au bout de la douzième prise d’une scène de brouette javanaise au milieu de l’escalier. Pour cela, pas de secret, il faut simuler. Spoiler alert : oui, les actrices porno, comme les acteurs d’ailleurs, simulent, au moins de temps en temps. Et il y a tout un tas de petits détails à intégrer pour transformer son théâtre de boule-vard en performance Actor Studio digne des Oscars de la baise.

Crescendo porno

Chez l’humain, il n’existe que deux émotions susceptibles de provoquer un hurlement immédiat : la douleur et la surprise. Aussi, se mettre à meugler à la première léchouille de son partenaire a plus de chance de susciter son inquiétude que de flatter son narcissisme. La base, c’est d’y aller piano au début, adagio au milieu et de conclure allegro fortissimo. Ainsi, l’introduction se fera toujours en murmures, gémissements et soupirs, ponctués de notes cristallines et rieuses. Car ce n’est pas tout de mimer des orgasmes tonitruants (nous y viendrons), encore faut-il tenir son personnage jusque-là.

Contention

Une idée reçue répandue au sujet du plaisir est de croire qu’on y cède immédiatement. Or le premier réflexe face à une situation gratifiante, c’est d’y résister, dans l’espoir d’une récompense encore plus grande. Dans le cadre du sexe tout particulièrement, la résistance au plaisir est le moteur fondamental du désir. Question simulation, c’est donc là que va se jouer toute la crédibilité de l’interprétation, les acteurs du dimanche ayant la mauvaise habitude de donner dans les décibels dès que la tension monte. C’est au contraire le moment d’étouffer les cris, de haleter des adverbes désordonnés dans le creux de l’oreille de l’autre, de dodeliner comme on refuse des chatouilles. Pour ce qui est du geste, attention aux pièges. Se mordre les lèvres est un classique si commun qu’il finit par trahir l’imposture, tandis que d’autres signaux plus subtils permettent de soutenir élégamment la plus tendre des supercheries. On peut, à l’envi, signifier le déni en fronçant le visage, fléchir les orteils comme pour garder les pieds sur terre, se raidir momentanément à la manière d’une poupée désarticulée, vaincue par l’extase. Comme dans n’importe quelle bonne fiction, le tout est d’instiller le calme, avant la tempête…

Libérer la bête

Après avoir soufflé le chaud et le froid pendant de longues minutes, votre audience est enfin à point. Il s’agit à présent de sortir le grand jeu, de lâcher les chevaux, de libérer la bête. Car au fond, le sexe est une affaire de pulsions animales et d’instincts ancestraux. C’est sans doute l’exercice le plus difficile du comédien : renoncer à son humanité, son amour-propre et ses inhibitions pour se fondre dans la créature organique et irrationnelle qu’il habite. On oublie donc les dissertations érotico-soporifiques sur les parties en présence et on rejoue La Guerre du feu. Râles et grognements, larmes et bave, griffures et morsures (en s’assurant bien sûr du consentement du récipiendaire)… Il n’y a plus de civilisation qui tienne, plus de cohérence, plus de grammaire ; rien que le claquement des chairs et le tumulte primitif du rut. On veillera tout de même à ne pas mutiler autrui, dans la fougue du moment. La mesure reste la clé, au moins jusqu’au bouquet final.

Les canons de Navarone

Normalement, à cet instant, le public est déjà conquis. Il n’y a plus qu’à l’achever comme il se doit. Paradoxalement, il faut alors crier grâce, si possible dans sa langue maternelle, afin de témoigner à l’autre son transport si saisissant qu’il confine à l’aliénation. Pour une telle conclusion, on a heureusement le choix des armes, entre l’indémodable hurlement de supplique à réveiller les voisins et la complainte étouffée, nouée au fond de la gorge, tout aussi convaincante. Ajouter un zeste de tétanie, deux doigts de convulsions, et le tour est joué. Il ne reste qu’à s’effondrer le souffle court et la mine radieuse, en attendant la tombée du rideau. 

À l’usage des femmes comme des hommes (qui ne sont pas les derniers à faire semblant), cette petite méthode ferait de n’importe qui le Daniel Day-Lewis des plumards, la Kate Winslet des cabrioles ; ce qui ne répond pas à la brûlante question : à quoi bon se livrer à une telle mascarade, lorsqu’on ne concourt pas aux AVN Awards ? La réponse est sans doute moins maligne qu’attendue. On ne sort généralement pas les violons lors de coïts minables avec des inconnu(e)s. On se décarcasse pour enjoliver des instants cruciaux avec quelqu’un qui compte, moins par vice que par complicité. Car comme au cinéma, le secret d’une bonne baise, c’est d’y croire. Et si l’appétit vient en mangeant, le plaisir sexuel, lui, pointe le bout de son nez lorsqu’on fait l’effort d’offrir un peu plus qu’un va-et-vient de circonstance. Ne culpabilisons plus d’en rajouter un peu, voire beaucoup… Invitons l’autre à faire de même, pour un moment de spectacle aussi ludique que jouissif !

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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