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Comment (et pourquoi) contacter sa pornstar préférée

Clint B

Publié

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Perpétuellement à trois clics de nouer le contact avec l’objet de ses fantasmes pornographiques, la tentation est grande de franchir le Rubicon pour aller tailler le bout de gras avec sa star du X préférée. Soit. Mais alors quoi dire et surtout ne pas dire dans une telle situation ?

Les réseaux sociaux ont aujourd’hui aboli la distance sociale entre le commun des mortels et les personnes illustres de notre monde ; enfin virtuellement, du moins. On a toutes les chances de se voir répondre par un Community Manager dépressif, car sous-payé, dès lors qu’on interagit avec un profil dépassant le million d’abonnés. Communauté plus modeste, relation privilégiée avec le fan et goût de l’autonomie professionnelle, les pornstars ont toutefois rarement recours à cet artifice. Elles sont ainsi en première ligne pour recevoir les doléances de centaines d’admirateurs émoustillés ; des mignons, des gentils, des discrets, des drôles, mais aussi des relous, des chelous, des érotomanes, des radins, des malades, sans compter la poignée de connards moralistes toujours prompts à condamner non seulement leur métier, mais également l’entièreté de leur vie de débauche. Aussi, la première question qu’il convient de se poser lorsqu’on envisage d’écrire à son actrice, son hardeur, sa camgirl ou son modèle préféré, c’est pourquoi faire ?

Au même titre que les plateformes de webcam, les sites de diffusion ou les applications de fan-club, les réseaux sociaux sont avant tout un outil de travail aux yeux des professionnels du business. Non que les relations qu’ils y nouent soient nécessairement hypocrites ou intéressées. Simplement, le temps qu’ils allouent à ces supports est particulièrement précieux : faire leur promo, relayer leurs dernières news, partager leur humeur, avant de retourner aux fourneaux préparer de nouvelles gourmandises érotiques. Autant dire qu’ils n’ont pas forcément le temps de faire la causette. Plus prosaïquement, leur attention a un prix, et les modèles de charmes seront généralement bien plus enclins à échanger avec leurs fans les plus prodigues qu’à tenir le crachoir aux gratteurs de nudes.

En outre, il est essentiel de choisir judicieusement le canal de communication approprié en fonction du message à transmettre. Comme on l’a vu, les réseaux sociaux ont une fonction promotionnelle. Répondre à un statut, transmettre une information pertinente ou relayer un post de l’intéressé y est permis, et même vivement encourager, ne serait-ce que pour soutenir l’élu de votre slip dans la course à la fame numérique. On veillera malgré tout à éviter le spam, au risque de se retrouver définitivement bloqué. Si ses DM (Direct Messages) sont ouverts, ils doivent être réservés aux demandes d’ordre professionnel, pas aux « Cc ! Sava ? ».

Tout ce qui concerne les GFE, ou GirlFriend Experience : mot doux, dragouille, flirt et autres déclarations d’amour inconditionnel, ont tout à fait leur place sur les fan-clubs, où les modèles s’appliquent généralement à correspondre assidûment avec leurs admirateurs. Cependant, encore une fois, les bombarder de questions et de relances ne peut avoir qu’une seule issue raisonnable : le bannissement définitif. Dans le love game virtuelle, seule la patience est récompensée.

Courrier du cœur 2.0

Il est enfin un médium à proscrire absolument : les coordonnées personnelles. Mise en situation :

Par le plus grand des hasards (et l’aide du cousin de votre beau-frère, qui a été à l’école avec), vous mettez la main sur le numéro de téléphone de votre actrice préférée. Que faites-vous ? Evidemment, vous finissez par prendre votre courage à deux mains, pour lui envoyer un message « certes intrusif, mais rempli de bonnes intentions » où vous lui témoignez toute votre fascination, en même temps que votre désir de « faire connaissance autour d’un verre, d’un dîner, et plus si affinités… » Vous trouvez même judicieux d’ajouter que vous êtes un garçon sincère et bien élevé, qui « comprendrait parfaitement » si elle ne donnait pas suite. Grand seigneur !

Arrêtez un peu de rêver, le plan Goût de Foutre à Notting Hill, où un nerd anonyme pécho une superstar affolante, ça n’arrive que dans les films ; d’autant que vous n’êtes franchement pas Hugh Grant. Les travailleurs du sexe, et a fortiori les travailleuses, exercent avec l’inquiétude sourde de voir leur identité exposée publique, devenant ainsi la cible des moralistes, des harceleurs, des obsédés sexuels jusque dans l’anonymat censément rassurant de leur quotidien. L’idée qu’un inconnu probablement libidineux puisse à tout moment leur envoyer un SMS ponctué d’intentions troubles n’est ni touchant, ni flatteur, encore moins romantique. C’est juste terriblement angoissant. Ne faites pas ça.

Vous savez ce que ferait un vrai good guy dans cette situation ? Il contacterait l’actrice en question, via ses canaux officiels, pour lui signifier que son numéro circule, qu’elle aurait tout intérêt à en changer. Puis il retournerait se pignoler sur une séquence achetée sur la marketplace de son égérie, avec le sentiment du devoir accompli. Et basta !

Après avoir tissé sa toile, le héros anonyme repart combattre le crime…

Passons maintenant au petit guide pratique du savoir-vivre à l’usage du fan expansif.

À noter que, quel que soit l’objet de la requête, la courtoisie la plus élémentaire est de mise, au risque de se voir opposer une fin de non-recevoir prématurée. Comme dans la vraie vie, quoi !

Ce qui est permis :

Faire un compliment. « Un compliment, ça fait toujours plaisir. » Certes, encore faut-il que le contexte s’y prête. On ne loue pas les compétences anales d’un modèle sous l’annonce du décès de son chat. C’est un brin maladroit. Par ailleurs, un compliment est un acte désintéressé, pas un prétexte à extorquer des marques d’attention.

Faire une réclamation. Parfois, tout ne marche pas comme prévu. Le fichier reçu ne s’ouvre pas, le son de la vidéo déconne, la culotte commandée n’a pas été livrée… Ça arrive. L’erreur est humaine. On s’arme donc de patience et de compréhension pour résoudre au mieux ce quiproquo avec un artisan souvent indépendant, et donc débordé. En cas de fraude flagrante, on se tourne alors directement vers l’intermédiaire de distribution (plateforme vidéo, site de vente en ligne), pour réclamer son dû sans verser dans le concours d’injures.

Passer une commande. Avant toute chose, on réfléchit précisément à ce qu’on veut, à l’argent qu’on est prêt à y mettre et à la faisabilité du projet par le prestataire choisi. Ensuite, on envoie un message précis, concis et circonstancié à l’intéressé(e), en s’assurant d’emprunter le canal prescrit (DM Twitter, fan club, marketplace…). Enfin, on attend que sa demande soit prise en compte, on ne conteste pas le prix et on paie en avance. C’est aussi simple que cela.

« Nous disons donc un soft dom foot fetish, supplément crème fouettée, et une grande frite. Et avec ceci ? »

Ce qui est déplacé :

Demander une ristourne, un échantillon gratuit. On le connaît le coup de l’échantillon gratuit, la tactique du fantasmeur fauché par excellence. Le web déborde de contenu porno gratos spécialement destiné aux mendiants de la branlette. Si l’on se tourne vers un(e) professionnel(le), c’est qu’on attend de la qualité. Et la qualité a un prix. Idem pour la fameuse ristourne. Si les performeurs et performeuses accordent parfois des faveurs à leurs fans de la première heure, c’est pour récompenser la fidélité et la générosité, pas le harcèlement.

Faire part de son opinion/désapprobation quant à un choix de carrière. « Tu devrais faire de l’anal, bosser avec untel, participer à un gang bang, faire de la chirurgie, retirer tes implants… » Il n’y a rien de plus oppressant, déstabilisant et contradictoire que les injonctions d’une fanbase vociférante. C’est en outre le meilleur moyen de foutre le cafard à un artiste, alors incapable de satisfaire une communauté qui pourtant le chérit. On aime, on soutient. On n’aime pas, on le garde pour soi. Et si on n’est décidément pas satisfait du service, on change de crèmerie, un point c’est tout.

Ce qui est carrément débile :

Envoyer sa candidature. On ne perce pas dans le X-business en arrosant les sex workers de propositions de collaboration douteuses. Si on ambitionne vraiment de devenir la prochaine superstar du porno, on prend son courage à deux mains et on ouvre un compte Swame. Mais harceler ses futurs collègues dans l’espoir de négocier un « entretien professionnel », c’est non !

Apprendre à se connaître. Draguer sur Internet, c’est déjà super-lourd en temps normal ; quand ça concerne des modèles érotiques, ça devient franchement risible. Qui a envie de faire des confidences au premier inconnu venu ? L’initiative n’a même pas le charme de l’audace, tant les prétendants se bousculent au portillon. À oublier !

Se rencontrer. Idem, si l’idée d’un séjour « Campanile avec un inconnu » faisait rêver qui que ce soit, on en aurait fait une WonderBox. Cette assertion est aussi (surtout) valable pour l’immense majorité des pornstars. Les autres se désignent généralement comme FSSW, pour Full-Service Sex Workers, et les seuls rendez-vous qu’elles prennent sont tarifés. On s’assure donc poliment que la concernée propose ce genre de prestation avant de réserver la piaule, et on prévoit un budget très conséquent, parce qu’à ce compte-là, ce serait dommage de se contenter de la formule « découverte ».

Destination plaisir

En résumé, les actrices, performeurs, modèles et autres camgirls avec qui vous interagissez sur la toile ne sont a priori pas vos amis. Ils délivrent une performance artistique plus ou moins permanente, destinée à flatter le désir et la satisfaction sexuelle de leurs contemporains. De là à les percevoir comme des partenaires de substitution, il n’y a qu’un pas qu’il vaut mieux ne pas franchir, sous peine de passer du statut d’amateur averti à celui de stalker problématique. S’il est naturel de reconnaître le talent d’illusionniste nécessaire à cet exercice, il convient de ne jamais oublier le professionnel et, a fortiori, l’être humain qu’il y a derrière. Et si vraiment on veut embrasser le miroir aux alouettes, les fan-clubs sont aujourd’hui des supports tout trouvés pour assouvir ce fantasme de boyfriend/girlfriend virtuelle, en gardant évidemment à l’esprit que tout cela n’est rien d’autre qu’un tour de magie.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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