Actrices
The East Bay Brats. Des pépés hors norme
Le X, ce n’est pas que des modèles aux mensurations de mannequin. Courtney, Chelsea, Ruby, Jupiter et Lita viennent d’Oakland, côté prolo de la Baie de San Francisco, et forment un collectif alt et queer : les East Bay Brats. Le quatrième opus de leurs aventures fut un des films vedettes du Porn Film Festival de Frisco et mérite grandement qu’on s’y attarde.
Présentation des East Bay Brats
Dans le X alternatif, en gros tout ce qui autre que l’hétéro et le lesbien pour hétéro, on ose. Le Venus 3000 est une milking machine, plus grossièrement une machine à traire et c’est avec cet instrument zarbi au possible que Lita Lecherous, Ruby Riots et Jupiter Nelson se sont occupées des seins de Chelsea Poe sous l’œil de Courtney Trouble à la caméra. Cette scène est la première du 4ème volume des East Bay Brats, le collectif formé par les cinq jeunes femmes, qui fut projeté lors du Porn Film Festival de San Francisco qui s’est déroulé l’été dernier. Pour comprendre leur démarche, un petit flashback est nécessaire.
À 5 dans le donjon
Très actives sur la scène queer franciscaine, Courtney et Chelsea se connaissent de longue date, du temps où l’Armory, le donjon du mythique studio Kink, existait encore. « Puis des tas de gens sont arrivés à San Francisco pour devenir pornstars, raconte Chelsea à Hotmovies. On a senti que quelque chose était en train de mourir. Je ne dirais pas qu’on était perdue, mais on cherchait des gens qui étaient dans la même démarche punk que nous. On est tombé sur Lita et Ruby. Ça a été comme un déclic. J’habitais à trois blocks d’un donjon, le Black Horn et nous en avons fait notre repère où les deux premiers films ont été tournés, en trois mois. Jupiter a voulu nous rejoindre. Elle et Lita sont plus impliquées dans le porno mainstream, mais Courtney et moi sommes totalement dans le DIY. Ensemble, on forme une sorte de collectif où tout est partagé ». En clin d’œil à un bar de bikers d’Oakland, l’East Bay Rats, elles se font appeler les East Bay Brats, ce dernier mot signifiant « mal élevé » ou « irrévérencieux » en slang. Lancées sur une bonne dynamique avec deux premiers films, les EBB voient leurs projets mis à l’arrêt par la pandémie, mais en 2022, elles remettent le couvert et accouchent d’un troisième film. Un succès d’estime qui leur permettra la mise en production du 4ème volet de la série, début 2024.
Impro, switch et Do It Yourself
Le plaisir est le maître-mot des E.B.B. Ce dernier passe par une bonne dose d’improvisation, loin des séances millimétrées des gros studios BDSM. « Il faut s’autoriser à être perdue dans une scène (…) On n’a pas de checklist, tout est assez vague, explique Chelsea qui se détache pourtant comme la leader du groupe. Au cadrage, Courtney Trouble est la plus impliquée dans la technique, mais la caméra passe de main en main au gré des envies. « Quelqu’un nous fait la musique aussi, Oakland est un super endroit pour le DIY, reprend Lita. Avant de faire du porn, j’étais dans la musique et tout était basé sur les collaborations et le Do It Yourself. Ça colle à l’esprit et à la communauté de la baie ». Du point de vue sexuel, c’est dito : les EBB switchent et ne se cantonnent pas à un rôle précis. « Je peux passer de dominante à soumise si j’ai envie, lâche Courtney Trouble en interview à Judy Hollogram de Hotmovies. En une journée, il y a une chance que je sois au-dessus et en dessous. C’est très excitant. On a atteint un tel niveau de confiance entre nous que c’est facile de prendre du plaisir et donc d’avoir de belles performances ». « Il n’y a aucun protocole, renchérit Lita Lecherous. Je n’aime pas être enfermée dans une case ».
Eloge de la différence
Ceux qui ne jurent que par l’esthétique à la Vixen passeront leur chemin. Les East Bay Brats ne sont pas des canons de beauté classique. Tatouées, colorées, rasées et pas proportionnées pour donner le nombre d’Or, elles s’inscrivent dans une démarche alternative, voire politique comme l’atteste leur proximité avec un autre collectif de la baie : Fuck To Fascism. Elles ne révolutionnent pas non plus le genre au niveau esthétique. Nombre de leurs codes, comme l’omniprésence du latex, sont empruntés au BDSM et elles ne nient pas que Kink est une source d’inspiration. Elles passent ainsi d’un donjon à l’autre comme autant de tableaux d’une pièce de théâtre. Plaisir non genré, exploration du corps et recherche des limites fondent l’esprit punk des East Bay Brats.
La suite de leur histoire est excitante mais incertaine. Désormais dispatchées entre la baie, la côte Est et Las Vegas, les Brats ignorent quand elles seront à nouveau réunies. « Le groupe va peut-être s’étoffer. La majorité des gens sont à Las Vegas maintenant, mais j’aimerais bien que l’on fasse le Pink Dungeon à Los Angeles », lâche Lita. Le Pink Dungeon, propriété de Veronica Vixen, a l’air de botter toutes les filles et ferait donc de L.A leur prochain meeting Point. « J’aime aussi l’idée que le concept évolue et que les Brats s’agrandissent, conclut Courtney Trouble. Elles ont tant inspiré de projets sur la scène BDSM queer qu’il serait beau qu’elles deviennent un mouvement global ». En attendant, le film est à retrouver sur le site de Trouble Films.
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