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Brigitte Lahaie : retour en images sur sa jeunesse d’actrice X

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Son nom fleure bon le 35 mm et la révolution sexuelle. Un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. Elle fit partie de cette génération d’actrices post-68 qui inventèrent le cinéma pour adultes moderne à la française.

C’était le bon temps ! Celui, oublié, de ces petites salles obscures qui fleurissaient dans un Paris classé X. Une époque désormais révolue. Le Beverley, rue de la Ville-l’Évêque dans le 8e arrondissement, dernier cinéma parisien consacré au genre, a définitivement baissé son rideau en janvier 2019, mettant un terme à près d’un demi-siècle d’histoire. Il succédait ainsi à la quinzaine d’établissements similaires qui avaient mis la clé sous la porte avant lui : le Midi-Minuit sur les Grands Boulevards, le New York et le Mistral le long du boulevard de Clichy, le Clichy Palace, le Triomphe… Ces salles avaient prospéré dans le sillage de la loi de juillet 1975 qui, en instaurant le classement X, légalisait et encadrait pour la première fois la diffusion publique de films pornographiques en France. L’essor de la VHS dans les années 80, puis d’Internet dans les années 2000, avait peu à peu vidé ces salles de leur public, avant que la pression immobilière ne signe l’arrêt de mort des derniers survivants. Ces lieux à l’atmosphère particulière, mémoire d’un autre rapport à la sexualité collective, appartiennent désormais à la mythologie d’un Paris disparu.

Le Beverley, 2e arrondissement de Paris, a fermé le samedi 23 février 2019.

Brigitte Lahaie reste le symbole de ce temps révolu. Vendeuse dans un magasin de chaussures, à l’âge de dix-huit ans, la jeune femme comprend très rapidement qu’elle peut jouer de ses charmes pour affoler les sens des hommes. Elle décide alors de franchir un premier pas et commence à poser pour des magazines de charme.

Je vous parle d’un temps…

Et puis, le virage s’enclenche et Brigitte emprunte la voie du cinéma pour adultes. Celui d’une époque où les scénaristes faisaient encore preuve d’humour et de créativité. Les scènes explicites étaient portées par une dimension érotique que l’on cherche en vain dans la production contemporaine. Les acteurs jouaient encore en costumes, dans des décors naturels, et ce n’était pas parce que l’on tournait en plein air, dans un pré au milieu des vaches, qu’il n’y avait pas là une certaine recherche esthétique, bien loin des plans anatomiques froids et mécaniques qui dominent aujourd’hui la production numérique. Oui, à l’époque, c’était champêtre. L’amour était dans le pré.

On ne peut, certes, pas dire, en comparaison des actrices actuelles et de leurs trois cents films au compteur en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, qu’elle fut très prolixe. Elle apparut dans environ soixante-quinze films au cours des quatre années que dura sa carrière (1976,1980). Si la quantité n’y était pas, la qualité était, elle, au rendez-vous. Elle tourna avec les grands réalisateurs de l’époque : Gérard Kikoïne, Burd Trandbaree ou Patrick Aubin. Les labels d’alors, Alpha France ou René Château, se l’arrachaient.

Rayon X et radios

Elle peut s’enorgueillir aujourd’hui d’avoir suscité l’émoi de bien des hommes, rien qu’à l’évocation de son nom. Et quels titres ! Ondées brûlantes, Parties de chasse en Sologne, Auto-stoppeuses en chaleur, Secrétaires sans culottes… Ça laisse rêveur, non ?

Et puis, comme pour toutes, vint l’heure où la retraite sonne. Désormais loin des plateaux, Brigitte se recycle. Pendant quinze ans, l’ex-star du X de ces années 70,80 sera chaque après-midi, de 14 à 16 heures, la conseillère en sexologie de couples perdus ou de solitaires en quête de repères sur les ondes de Radio Monte Carlo (RMC), dans l’émission Lahaie, l’amour et vous. Évincée de l’antenne en 2016, elle reprend immédiatement du service sur Sud Radio dans Deux heures d’envie, de joies et de plaisirs, basé sur le même concept et à la même tranche horaire. En 2026, à 71 ans, Brigitte Lahaie demeure une voix de référence sur les questions de sexualité, intervenant régulièrement dans les médias et poursuivant une carrière d’auteure engagée pour la libération des mœurs.

Des mots pour des maux

En janvier 2018, c’est la tempête médiatique. Signataire, aux côtés de Catherine Deneuve, Ingrid Caven ou Catherine Millet entre autres, de la tribune du Monde « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », destinée à alerter sur les effets pervers que pourraient avoir les hashtags #MeToo ou #BalanceTonPorc suite à l’affaire Weinstein, elle déclare quelques jours plus tard en direct à la journaliste Caroline De Haas sur l’antenne de BFM TV que « l’on peut éprouver du plaisir au cours d’un viol ».

C’est le scandale, et plusieurs des cosignataires de la tribune se désolidarisent de ses propos. Elle expliquera ensuite, au cours d’une interview sur TV5 Monde, que ce choc est dû à une mauvaise interprétation de sens et de contexte : non pas minimiser les violences sexuelles, mais « parfois, le corps et l’esprit ne coïncident pas », une réalité que la neurologie contemporaine reconnaît sous le terme de « réponse physiologique involontaire ». Lynchée dans les médias et sur les réseaux sociaux, Brigitte Lahaie sortira profondément blessée de cet épisode. « Je suis une femme qui a souffert dans sa chair et qui depuis trente ans aide les femmes à se libérer. C’est tout. Et quand on est incomprise à ce point, c’est vrai que ça fait mal. »

Près de dix ans après la polémique, la figure de Brigitte Lahaie s’est en partie réhabilitée dans le débat public : icône d’une époque charnière, pionnière d’une sexualité décomplexée à la française, elle incarne mieux que quiconque les tensions entre libération sexuelle et responsabilité, entre désir et consentement, des questions plus que jamais au cœur de notre société.

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