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Menace sur le porno, la FCC vote la fin de la Neutralité du Net

La Rédaction

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L’heure est grave. La Federal Communications Commission (FCC), l’agence fédérale chargée de réguler les télécommunications aux Etats-Unis, vient de voter l’abolition de la Neutralité du Net pour l’ensemble du territoire, à 3 voix contre 2. Cette décision, qui ressemble, au mieux, à une nouvelle absconse pour technophile désocialisé, est pourtant loin d’être anecdotique. Elle pourrait même être critique pour quiconque utilise Internet. 
 
La Neutralité du Net, n’est pas un texte législatif à proprement parler. C’est un ensemble de concepts veillant à ce que tous les contenus de l’Internet, indépendamment de leur teneur ou de leur émetteur, soient traités indifféremment par les propriétaires du réseau (ceux qu’on appelle les fournisseurs d’accès), qu’aucun ne soit caché, relégué, ou ne voit son accès perturbé. Et aux Etats-Unis, une assemblée de 5 personnes vient d’y mettre fin, alors que 80 % de leur peuple se déclarait en faveur de son maintien. 

La raison invoquée, sans rougir, par Ajit Pai, le Président de la commission : la liberté d’Internet. La neutralité du Web empêcherait les fournisseurs d’accès américains de mettre en place des accords lucratifs avec des partenaires pour privilégier leurs contenus, ou comment faire déguiser la dérégulation dévorante en Statue de la Liberté. Le Président, qui fut conseiller général associé chez Verizon Communciations, l’un des plus grands fournisseurs d’accès des Etats-Unis, se permet même d’être rassurant (complaisant ?) auprès de ces concitoyens : les autorisations à discriminer, ralentir, ou interdire le trafic seront assorties de « robustes protections pour les consommateurs ».

« Protection du consommateur », le terme révèle la méprise toute néolibérale de la démarche, le monde ne se résumant, pour eux, qu’à deux catégories : les investisseurs riches, propriétaires des moyens de production, et les consommateurs, le peuple, qu’il faut gaver de contenus payants, mais selon des règles précises, pour éviter toute indigestion qui l’empêcherait de faire ce qu’il est censé faire : consommer toujours plus. Ce n’est rien d’autre que cela « de robustes protections du consommateur », une chaîne de gavage « éthique ».

La Neutralité du Net est un pilier de la démocratie numérique, rien de moins. Internet est sans doute le plus fantastique exemple d’appropriation populaire d’un médium. Souvenez-vous du début des années 2000, où chacun créait son site Internet, comme, 30 ans auparavant, chacun créait sa radio libre. La seule différence : le monde, le monde entier, où tout un chacun n’est pas seulement consommateur ou investisseur, mais tout à la fois créateur, commentateur et collaborateur. Avec la fin de la neutralité, adieu Internet libre, bienvenue dans l’ère de l’Internet propriétaire. Les fournisseurs d’accès auront le pouvoir de prendre en otage les flux et pourront librement imposer une rançon sur tous les bénéfices générés par les gérants de sites, contre l’intégration de ces sites à leur catalogue. À l’autre bout du fil, tout service supplémentaire devient facturable à l’utilisateur.

D’accord, mais quel est le rapport avec le porno ?

Concernant le porno, le risque n’est pas la prise d’otage, mais la censure, purement et simplement. Et pas la censure d’Etat, ce qui serait déjà grave, celle des sociétés privées, que les profits intéressent souvent bien plus que l’éthique. Et ce risque est réel. 

Paradoxalement, les pontes de la Silicon Valley ont une profonde détestation de la pornographie, cette souillure pulpeuse et charnelle dans leur bel environnement immaculé et aseptisé. Il n’y a qu’à voir le traitement des contenus adultes sur les plateformes comme l’Apple Store, Facebook et autres Google Adwords, bannis sans autre forme de procès. 

Alors, bien sûr, le porno est sur Internet trop grand, trop répandu pour qu’on puisse s’en débarrasser complètement, puis, il rapporte tellement que ces grandes entreprises ne s’en priveront jamais, diront certains. Peut-être. Mais les FAI s’arrogeront alors le droit de déterminer quelles pratiques sont acceptables, diffusables, et factureront aux amateurs un bouquet de sites validés, en fonction de leurs préférences sexuelles. Ils connaîtront non seulement le contenu des fantasmes intimes de leurs abonnés (c’est déjà le cas), mais pourront en exiger une souscription mensuelle, nominative, à régler avec sa facture internet. 

Quant aux pratiques jugées déviantes, elles les feront disparaître. Ne riez pas, c’est tout à fait réaliste. L’Angleterre a, par exemple, déjà franchi le pas en 2014, en interdisant la diffusion de contenu BDSM. Et si vous pensez que ce désagrément ne concernera que quelques fétichistes amateurs de cravache et de gode-museau, pensez aux Etats où le mariage homosexuel est toujours proscrit, et où la sodomie est punie par la loi. C’est aussi la visibilité des sexualités alternatives, non hétéro-normées, qui est potentiellement en jeu. 

Certes, la fin de la neutralité du Web ne concerne, jusqu’à présent, que les Etats-Unis, et la mesure pourra être retoquée par le Congrès. Certains Etats ont d’ailleurs fait savoir qu’ils ne s’y plieraient pas. Mais le danger est tout proche et cette victoire n’a fait que renforcer les partisans de l’Internet propriétaire, chez nous aussi.

Il est donc plus que temps de se mobiliser pour le maintien de la Neutralité du Net, il en va de la survie d’un porno diversifié, mais surtout du devenir d’Internet tel que nous le connaissons.

La Voix du X vous propose les dessous du milieu du porno et tout ce qui gravite autour.

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